VI. — APPRÉCIATION DES ŒÜVRES HISTORIQüES DE VOLTAIRE
Nous croyons Utile de résumer en quelques lignes ce que le plus éloquent critique de notre époque a dit des œuvres historiques de Voltaire en général. Sa première entreprise historique, Charles Xll^ est un chefd’œuvre de narration; et le héros, les faits, l’époque, ne voulaient pas un autre mérite. Il ne jeta sur Charles XII rien de la pompe un peu factice qu’il donnait à ses Romains de théâtre. L-’ouvrage est dans un goût parfait d’élégance rapide et de simplicité. Pour les choses sérieuses , les descriptions de pays et de marches , les combats, le tour du récit tient de César bien plus que de Quinte-Curce. Nul détail oiseux, nulle déclamation, nulle parure; tout est net, intelligent, précis, au fait, au but. On voit les hommes agir; et les événements sont expliqués par le récit. Il y a même un rapport singulier, et qui plaît, entre Faction soudaine du héros et Fallure svelte de l’historien. Nulle part notre langue n’a plus de prestesse et d’agilité ; nulle part on ne trouve mieux ce vif et clair langage que le vieux Caton attribuait à la nation gauloise, au même degré que le génie de la guerre : Duas res gens fjallica industrîosissime persequitur, rem miliiarem, et argute loqui.
Le plus important ouvrage historique du xviii® siècle, celui où sont réunis avec le plus d'éclat les lumières et les préjugés de la nouvelle école qui racontait à son tour le passé, c’est VEssai sur les mœurs et V esprit des nations. Voltaire Fa retouché, étendu, enhardi, gâté pendant vingt années; il l’avait entrepris et presque achevé dans la force de Fâge et dans la vive ferveur de ses études si diverses; on le sent, presque partout, à la correction précise et à Félégance animée du style. Il y jeta quelque chose de ce tout qui le préoccupait à la fois, sciences exactes, philosophie sceptique, littérature... Mais s’il est impartial par moments, capable d’admiration et même de gravité, témoin les beau:?