APPRÉCIATION
portraits du pape Léon IX et de saint Louis, et le chapilrc si élégamment ingénieux sur l’époque de l.éon X, dans une partie de cet ouvrage, et surtout dans les additions qu’il y faisait, en devenant plus vieux et plus libre, sa vue moqueuse du christianisme altère la vérité de l’histoire, en détruit l’intérêt, et substitue des caricatures au tableau de l’esprit humain.
L’ingénieux, l’éclatant Voltaire n’aime pas le moyen Age... c’est un ennemi dont il lui semble que la société nouvelle n’est pas encore assez débarrassée; et par cela même il se trompe assez souvent, malgré tant de sagacité et même d’exactitude.
Mais V Essai sur les mœurs, en faisant lire ce qui était illisible sous la plume des compilateurs, et ce que le xvni® siècle ne cherchait pas dans les chroniqueurs, créa l’étude de l’histoire moderne...
La bonne foi ne lui était pas possible dans ce qu’il a nommé le Précis du règne de Louis XV, et, dans sa préface de VHistoire de Pierre le Grand, il établit ce singulier principe, que les faiblesses des princes ne doivent pas être toujours divulguées, et que l’histoire doit cacher quelque chose.
Plus tard, il a composé une fautive et satirique histoire du Parlement de Paris; et ses Annales de l’Empire prouvent qu’il était capable même d’un travail aride de dates et d’analyse , sans un trait d’esprit ou de hardiesse, sans une épigramme.
Si nous repassons tant d’ouvrages historiques de Voltaire, puis son infatigable controverse pour les défendre, ses critiques de Mézerai, de Daniel, du président Hénault.de La Beaumelîe et de tant d’autres, nous trouverons que, s’il a souvent altéré l’histoire, il l’a du moins émancipée; que, s’il a parfois rapetissé de grands événements, méconnu de grandes vertus, il a fait disparaître beaucoup de fausses traditions et d’erreurs; que, le premier, sans peindre au vrai le moyen âge, il l’a dégagé de la pompe factice des écrivains modernes, et, en se moquant de ses mœurs barbares , a préparé les esprits à les mieux connaître. Là, comme ailleurs. Voltaire a plus détruit que créé; mais, par le scepticisme, il a frayé la route à la saine critique, ramené à cette justice uniforme envers le passé, qui sert à le mieux comprendre et à le peindre. (M. Villemajn, Tableau de la Littérature au x\\\V siècle,)
INTRODUCTION