CHAPITRE X
dinaires aux malheureux, qui s’imputent les uns aux autres les calamités publiques. Le grand pensionnaire de Witt ne croyait pouvoir sauver ce qui restait de sa patrie qu’en demandant la paix au vainqueur. Son esprit, à la fois tout républicain et jaloux de son autorité particulière, craignait toujours rélévatiori du prince d’Orange, encore plus que les conquêtes du roi de France; il avait fait jurer à ce prince même l’observation d’un édit perpétuel, par lequel le prince était exclu de la charge de stathouder. L’honneur, l’autorité, l’esprit de parti, l’intérêt, lièrent de Witt à ce serment. 11 aimait mieux voir sa république subjuguée par un roi vainqueur que soumise à un stathouder.
Le prince d’Orange, de son côté, plus ambitieux que de Witt, aussi attaché à sa patrie, plus patient dans les malheurs publics, attendant tout du temps et de l’opiniàlreté de sa constance, briguait le stathoudérat, et s’opposait à la paix avec la même ardeur. Les États résolurent qu’on demanderait la paix malgré le prince; mais le prince fut élevé au stathoudérat^ malgré les de Witt.
Quatre députés^ vinrent au camp du roi implorer sa clémence au nom d’une république qui, six mois auparavant, se croyait l’arbitre des rois. Les députés ne furent point reçus des ministres de Louis XIV avec cette politesse^ française qui mêle la douceur de la civilité aux rigueurs mêmes du gouvernement. Louvois, dur et altier, né pour bien servir plutôt que pour faire aimer son maître, reçut les suppliants avec hauteur, et même avec l’insulte de la raillerie. On les obligea de revenir plusieurs fois. Enfin le roi leur fit déclarer ses volontés. Il voulait que les États lui cédassent tout ce qu’ils avaient au delà du Rhin, Nimègue, des villes et des forts dans le sein de leur pays; qu’on lui payât vingt millions; que les Français fussent les maîtres de tous les grands chemins de la Hollande, par terre et par eau, sans qu’ils payassent jamais aucun droit ; que la religion catholique
1. O II fut stathouder le l®*" juillet. Comment La Beaumelle, dans son édition subrepticedu Siècle de Louis XIV, a-t-il pu dire dans ses notes qu’il ne fut déclaré que capitaine et amiral? »
(Note de Voltaire.^ — Les villes se soulevaient contre l’etranger et contre les partisans de la paix; Guillaume fut proclamé, le 6 juillet, stathouder, capitaine général et amiral à vie de la province de Hollande, puis de la Zélande, enfin il fut reconnu en cette qualité, le 8, par les Etats-Généraux.
2. La députation fut envoyée par Jean de Witt; le fils de l’illustre Grotius était à sa tête; elle arriva au camp près de Doësbourg, le 22 juin ; Grotius revint le 28, mais sans avoir les pouvoirs de toutes les provinces.