‹ Sicle de Louis XIVChapitre 134 sur 447 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

l’amiral Coligny, etc.; car la populace est presque partout la même. On poursuivit les amis du pensionnaire. Ruyter meme, Tamiral de la république, qui seul combaltait alors pour elle avec succès, se vit environné d’assassins dans Amsterdam.

Les particuliers qui avaient des billets de banque coururent en foule à la banque d’Amsterdam ; on craignait que l’on eût touché au trésor public. Chacun s’empressait de se faire payer du peu d’argent qu’on croyait pouvoir y être encore. Les magistrats tirent ouvrir les caves où le trésor se conserve. On le trouva tout entier tel qu’il avait été déposé depuis soixante ans ; l’argent même était encore noirci de l’impression du feu qui avait, quelques années auparavant, consumé l’bôtel de ville. Les billets de banque s’étaient toujours négociés jusqu’à ce temps, sans que jamais on eût touché au trésor. On paya alors avec cet argent tous ceux qui voulurent l’être. Tant de bonne foi et tant de ressources étaient d’autant plus admirables, que Charles II, roi d’Angleterre, pour avoir de quoi faire la guerre aux Hollandais cl fournir à ses plaisirs, non content de l’argent de France, venait de faire banqueroute à ses sujets L Autant il était honteux à ce roi de violer ainsi la foi publique, autant il était glorieux aux magistrats d’Amsterdam de la garder dans un temps où il semblait permis d’y manquer.

A cette vertu républicaine ils joignirent ce courage d’esprit qui prend les partis extrêmes dans les maux sans remède. Ils firent percer les digues qui retiennent les eaux de la mer. Les maisons de campagne, qui sont innombrables autour d’Amsterdam, les villages, les villes voisines, Leyde, Delft^, furent inondés. Le paysan ne murmura pas de voir ses troupeaux noyés dans les campagnes. Amsterdam fut comme une vaste forteresse au milieu des eaux, entourée de vaisseaux de guerre qui eurent assez d’eau pour se ranger autour de la ville. La disette fut grande chez ces peuples: ils manquèrent surtout d’eau douce; elle se vendait six sous la pinte; mais ces extrémités parurent moindres que l’esclavage. C’est une chose digne de l’observation

1. Les orfèvres et banquiers de Londres avaient l’habitude d’avancer de fortes sommes d’argent au gouvernement, et recevaient, en échange, des bons sur les revenus ; ils avaient alors prêté tà ces conditions treize cent mille livres sterling. Tout à coup on annonça que le gouvernement ne payerait pas le capital de cette dette, mais seulement les iulcrcts. Les banquiers ne

purent remplir leurs engagements; la Bourse fut bouleversée; plusieurs grandes maisons de commerce tirent faillite ; l’inquiétude et la terreur se répandirent dans tous les rangs de la société. (Macaulay. Hht. d’ Angleterre.)

2. Leyde, ville ancienne et célèbre sur le Rhin ; Delft, qui possède un arsenal considérable, sont toutes deux dans la Hollan le méridionale.

de la postérité, que la Hollande ainsi accablée sur terre, et n’étant plus un État, demeurât encore redoutable sur la mer: c’était l’élément véritable de ces peuples.

Tandis que Louis XIV passait le Rhin et prenait trois provinces, l’amiral Ruyter, avec environ cent vaisseaux de guerre et plus de cinquante brûlots, alla chercher, près des côtes d’Angleterre, les Hottes des deux rois. Leurs puissances réunies n’avaient pu mettre en mer une armée navale plus forte que celle de la république. Les Anglais et les Hollandais combattirent comme des nations accoutumées à se disputer l’empire de rOcéan. (7 juin 1672) Cette bataille, qu’on nomme de Solbaie^ dura un jour entier. Ruyter, qui en donna le signal, attaqua le vaisseau amiral d’Angleterre, où était le duc d’York, frère du roi. La gloire de ce combat particulier demeura à Ruyter. Le duc d’York obligé de changer de vaisseau, ne reparut plus devant l’amiral hollandais. Les trente vaisseaux français eurent peu de part à l’action ; et tel fut le sort de cette journée, que les côtes de la Hollande furent en sûreté.

Après cette bataille, Ruyter, malgré les craintes et les contradictions de ses compatriotes, fit entrer la flotte marchande des Indes dans le TexeP, défendant ainsi et enrichissant sa patrie d’un côté, lorsqu’elle périssait de l’autre. Le commerce même des Hollandais se soutenait; on ne voyait que leurs pavillons dans les mers des Indes. Un jour qu’un consul de France disait au roi de Perse que Louis XIV avait conquis presque toute la Hollande: « Comment cela peut-il être, répondit ce monarque persan, puisqu’il y a toujours au port d’Ormuz^ vingt vaisseaux hollandais pour un français?»

Le prince d’Orange, cependant, avait l’ambition d’être un bon citoyen. Il offrit à l’État le revenu de ses charges, et tout son bien pour soutenir la liberté. Il couvrit d’inondations les passages par où les Français pouvaient pénétrer dans le reste du pays^. Ses négociations promptes et secrètes réveillèrent de

1 . La rade de Soutliwold-Bay ou Sole-Bay est sur la cote de Suffolk. — La victoire fut indécise ; mais les alliés avaient plus souffert que les Hollandais. Le 9, ceux-ci se retirèrent vers les côtes de leur pays, pour les protéger; les Anglais vers les côtes d'Angleterre.

2. Au commencement de juillet, les alliés voulurent débarquer au Texel, mais ils échouèrent, et Ruyter sut défendre cette île, la plus importante de

celles qui ferment Centrée du Zuyderzée.

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