Nil actum reputans, si quid supe
(resset agendum, dit Lucain en parlant de César.
4. Turckheim , sur la Fecht, ancienne ville impériale, est dans le département du Haut-Rhin.
5. Digérées, dans le sens du latin digerere^ mettre en ordre, combiner.
6. Turenne ne résista pas aux ordres de Louis XIV ; mais il lui écrivit pour lui exposer les raisons qui l’engageaient à ne pas suivre les instructions de Louvois, et le roi lui donna la liberté d’agir comme il l’entendrait.
pour les exploits de guerre gémirent de cette campagne si glorieuse. Elle fut célèbre par les malheurs des peuples, autant que par les expéditions de Turenne. Après la bataille de Sintzheim, il mit à feu et à sang le Palatinat, pays uni et fertile, couvert de villes et de bourgs opulents. L’électeur palatin vit, du haut de son château de ManbeimL deux villes et vingt-cinq villages embrasés. Ce prince, désespéré, défia Turenne à un combat singulier, par une lettre pleine de reproches^. Turenne ayant envoyé la lettre au roi, qui lui défendit d’accepter le cartel, ne répondit aux plaintes et au défi de l’électeur que par un compliment vague, et qui ne signifiait rien. C’était assez le style et l’usage de Turenne, de s’exprimer toujours avec modération et ambiguïté^.
Il brûla avec le même sang-froid les fours et une partie des campagnes de l’Alsace, pour empêcher les ennemis de subsister. Il permit ensuite à sa cavalerie de ravager la Lorraine. On y fit tant de désordres, que l’intendant, qui, de son côté, désolait la
1. Mannheim, au confluent du Rhin et du Necker, était autrefois une place très-forte; c’est maintenant la ville la plus importante du grand-duché de Bade.
2. Turenne répondit avec simplicité aux plaintes de l’électeur que le feu avait été mis sans son ordre. C’étaient surtout des compagnies anglaises , parmi lesquelles servait le fameux Churchill, qui avaient brûlé vingt-sept bourgs et villages. 11 punit quelques incendiaires; ce qui n’empècha pas le ravage et l’incendie du Palatinat cisrhénan (août 1674.)
3. « Pendant le cours de cette édition, M. Colini, secrétaire intime et historiographe de l’électeur palatin aujourd’hui régnant, a révoqué en doute l’histoire du cartel par des raisons trèsspécieuses, énoncées avec beaucoup d’esprit et de sagacité. U montre trèsjudicieusement que l’électeur Charles- Louis ne put écrire les lettres que Courtilz de Sandras et llamsay ont imputées à ce prince. Plus d’un historien, en efTet, attribue souvent à ses héros des écrits et des harangues de son imagination.
» On n’a jamais vu la véritable lettre de l’électeur Charles-Louis, ni la réponse du maréchal de 3'urenne. Il a seulement toujours passé pour constant que l'électeur, justement outré des ravages et des incendies que Tu-
renne commettait dans son pays, lui proposa un duel par un trompette nommé Petit-Jean. J’ai vu la maison de Bouillon persuadée de celte anecdote. Le grand-prieur de Vendôme et le maréchal Villars n’en doutaient pas.
Les Mémoires du marquis de Beauvau, contemporain, l’affirment. Cependant il se peut que le duel n’ait pas été expressément proposé dans la lettre amère que l’électeur dit lui-même avoir écrite au prince maréchal de Turenne.
Plût à Dieu qu’il fût douteux que le Palatinat ait été embrasé deux fois !
Voilà ce qui n’est que trop constant, ce qui est essentiel, et ce qu’on reproche à la mémoire de Louis XIV.
» M. Colini reproche à M. le président Ilénault d’avoir dit, dans son Abrégé chronologique^ que le prince de Turenne répondit à ce cartel avec une modération qui fit honte à Vélectcur de cette bravade. La honte était dans l’incendie, lorsqu’on n’était pas encore en guerre ouverte avec le Palatinat, et ce n’était point une bravade dans un prince justement irrité, de vouloir se battre contre l’auteur de ces cruels excès. L’électeur était très-vif; l’esprit de chevalerie n’était pas encore éteint. On voit dans les Lettres de Pellisson que Louis XIV lui-mème demanda s’il pouvait en conscience se battre contre l’empereur Léopold, m (Note de Voltaire.)