‹ Sicle de Louis XIVChapitre 152 sur 447 · Turenne, ^ordinairement très-ré · texte numérisé non relu

Turenne, ^ordinairement très-ré

servé, ne put s’empêcher de s’écrier :

« Je les tiens, ils ne pourront plus m’échapper. »

8. On connaît les lettres de Madame de Sévigné et la belle Oraison funèbre de Fléchier : « Jamais un homme n’a été regretté si sincèrement; tout ce quartier où il a logé (rue Saint-Louis au Marais), et tout Paris, et tout le peuple était dans le trouble et dans l’émotion ; chacun parlait et s’attroupait pour regretter ce héros... On dit que les soldats faisaient des cris qui s’entendaient de deux lieues; nulle considération ne les pouvait retenir ; ils criaient qu’on les menât au combat ; qu’ils voulaient venger la mort de leur père, de leur général, de leur protecteur, de leur défenseur, qu’avec lui ils ne craignaient rien, mais qu’ils vengeraient bien sa mort; qu’on les laissât faire, qu’ils étaient furieux, et qu’on les menât au combat M. de Tu-

renne reçut le coup au travers du corps ; vous pouvez penser s’il tomba de cheval, et s’il mourut! Cependant le reste

Il semble qu’ou ne puisse trop redire que le même boulet qui le tua ayant emporté le bras de Saint-Hilaire^, lieutenant général de'l’artillerie, son fils, se jetant en larmes auprès de lui: Ce n'est pas moi, lui dit Saint-Hilaire, c'est ce grand homme qu'il faut pleurer I paroles comparables à tout ce que l’iiistoire a consacré de plus héroïque, et le plus digne éloge de Tm’enne. Il fut pleuré des soldats et des peuples. Louvois fut le seul qui ne le regretta pas : la voix publique l’accusa même lui et son frère, l’archevêque de Reims, de s’être réjouis indécemment de la perte de ce grand hommes On sait les honneurs que le roi fit rendre à sa mémoire, et qu’il fut enterré à Saint-Denis comme le connétable DuGuesclin^, au-dessus duquel l’opinion générale l’élève autant que le siècle de Turenne est supérieur au siècle du connétable.

Turenne n’avait pas eu toujours des succès heureux à la guerre: il avait été battu à Mariendal, à Réthel, à Cambrai; aussi disait-il qu’il avait fait des fautes, et il était assez grand pour l’avouer. Il ne fit jamais de conquêtes éclatantes, et ne donna point de ces grandes batailles rangées dont la décision rend quelquefois une nation maîtresse de l’autre ; mais ayant toujours réparé ses défaites et fait beaucoup avec peu, il passa pour le plus habile capitaine de l’Europe, dans un temps où l’art de la guerre était plus approfondi que jamais. De même, quoiqu’on lui eut reproché sa défection dans les guerres de la Fronde ; quoiqu’à l’àge de près de soixante ans l’amour lui eût fait révéler le secret de l’État^; quoiqu’il eût exercé dans le Palatinat des cruautés qui ne semblaient pas nécessaires, il conserva la réputation d un homme de bien, sage et modéré, parce que ses vertus et ses grands talents, qui n’étaient qu’à lui, devaient faire oublier des faiblesses et des fautes qui lui étaient communes avec tant d’autres hommes. Si on pouvait le comparer à quelqu’un.

des esprits fit qu’il se traîna la longueur d’un pas, et que même il serra la main par convulsion ; et puis on jeta un manteau sur son corps, b

Monteouculli, après un premier sentiment de joie, dit plus généreusement : « 11 est mort un homme qui faisait honneur à l’homme, b

1. Cet héroïque Saint-Hilaire qui oubliait sa blessure pour ne songer qu’à la perte du grand homme, était un officier de fortune, fils d’un savetier de Nérac.

2. « On vint éveiller M. de Reims à cinq heures du matin, pour lui dire

que M. de Turenne avait été tué. Il demanda si l’armée était défaite; on lui dit que non; il gronda qu’on l’eût éveillé, appela son valet de chambre coquin, fit retirer le rideau et se rendormit. B (Lettre de Madame de Sévigné du 12 août.)

3. 11 devait être enseveli à Saint- Denis dans une nouvelle chapelle, destinée à la sépulture des Bourbons; en attendant on déposa le corps dans une autre chapelle de l’abbaye. Les restes et le tombeau de Turenne ont été transférés sous le dôme des Invalides.

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