‹ Sicle de Louis XIVChapitre 165 sur 447 · Où est la grandeur de cette action · texte numérisé non relu

Où est la grandeur de cette action

ir.O SIÈCLE DE LOUIS XIV.

La llollaiiJe, coulre qui seule la guerre avait été eutreprise, et qui aurait dû être détruite, n’y perdit rien; au contraire, elle y gagna une barrière : et toutes les autres puissances qui l’avaient garantie de la destruction y perdirent.

Le roi fut en ce temps au comble de la grandeur. Victorieux depuis qu’il régnait, n’ayant assiégé aucune place qu’il n’eût prise, supérieur en tout genre à ses ennemis réunis, la terreur de LEnrope pendant six années de suite, enfin son arbitre et son pacificateur^, ajoutant à ses États la Franche-Comté, Dunkerque et la moitié de la Flandre ; et, ce qu’il devait compter pour le plus grand de ses avantages, roi d’une nation alors heureuse et alors le modèle des autres nations. L’Hôtel de ville de Paris lui déféra quelque temps après le nom de Grand avec solennité (1680), et ordonna que dorénavant ce titre seul serait employé dans tous les monuments publics. On avait, dès 1673, frappé quelques médailles chargées de ce surnom. L’Europe, quoique jalouse, ne réclama pas contre ces honneurs. Cependant le nom de Louis XIV a prévalu dans le public sur celui de grand. L’usage est le maître de tout. Henri, qui fut surnommé le grand à si juste tilre après sa mort, est appelé communément Henri IV ; et ce nom seul en dit assez. M. le Prince est toujours appelé le grand Condé, non-seulement à cause de ses actions héroïques, mais par la facilité qui se trouve à le distinguer, par ce surnom, des autres princes de Condé. Si on l’avait nommé Condé le grande ce titre ne lui fût pas demeuré. On dit le grand Corneille, pour le distinguer de son frère on ne dit pas le grand Virgile, ni le grand Homère, ni le grand Tasse. Alexandre le Grand n’est plus connu que sous le nom d’Alexandre. On ne dit point César le grand, Charles-Quint, dont la fortune fut plus éclatante que celle de Louis XIV, n’a jamais eu le nom de grand^ : il n’est resté à Charlemagne que comme un nom propre. Les titres ne servent de rien pour la postérité ; le nom d’un homme qui a fait de grandes choses impose plus de respect que toutes les épithètes.

1. L’Académie des Inscriptions put écrire sans exagération sur les médailles : O Pace in leges suas confectâ, la paix faite suivant fes conditions imposées par le roi. »

2. Voltaire a dit autre part ; « On lui donna le nom de Grand, non-seulement

pour le distinguer de son frère, mais du reste des hommes. »

3. La fortune de Charles-Quint, quoi qu’en dise Voltaire , fut loin d’être aussi éclatante que celle de Louis XIV ; • et rien dans son règne n’aurait pu lui mériter le surnom de Grand.

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