‹ Sicle de Louis XIVChapitre 172 sur 447 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Lo cardinal d’EsIrccs^, homme d’osprif, mais négocialeiir souvent malheureux, était alors chargé des alTaires de France à Rome. D’Estrées, ayant été obligé de voir souvent le marquis de Lavardin, ne put être ensuite admis à raudience du pape sans recevoir l’absolution.

Louis, avec la même hauteur, mais toujours soutenu par les souterrains de la politique, voulut donner un électeur à Cologne^. Occupé du soin de diviser ou de combattre l’empire, il prétendait élever à cet électorat le cardinal de Furstenberg, évêque de Strasbourg, sa créature et la victime de ses intérêts, ennemi irréconciliable de l’Empereur, qui l’avait fait emprisonner dans la dernière guerre, comme un Allemand vendu à la France^.

Le chapitre de Cologne, comme tous les autres chapitres d’Allemagne, a le droit de nommer son évêque, qui, par là, devient électeur. Celui qui remplissait ce siège était Ferdinand de Bavière, autrefois l’allié, et depuis l’ennemi du roi, comme tant d’autres princes. Il était malade à l’extrémité. L’argent du roi, répandu à propos parmi les chanoines, les intrigues et les promesses firent élire le cardinal de Furstenberg comme coadjuteur ; et après la mort du prince, il fut élu une seconde fois par la pluralité des suffrages^. Le pape, par le concordat germanique, a le droit de conférer l’évêché à l’élu, et l’Empereur a celui de confirmer à l’électorat. L’Empereur et le pape Innocent XI, persuadés que c’était presque la même chose de laisser Furstenberg sur ce trône électoral et d’y mettre Louis XIV, s’unirent pour donner cette principauté au jeune Bavière^, frère

ment de Paris intervint encore, pour envenimer la querelle; le procureur général de Harlai interjeta appel (îomme d’abus, etc. ; le nonce du pape fut arrêté, Avignon de nouveau confisqué.

Evidemment Louis XIV avait tous les torts, et il eut, mais un peu trop tard, la sagesse de faire des concessions devenues nécessaires.

1. César d’Estrées, frère de l’amiral, et, comme lui, neveu de Gabrielle d’Estrées, né en 1628, mort en 1714, cardinal en 1674, fut l’un des meilleurs diplomates de cette époque. Il mourut doyen de l’Académie française, dont il était membre depuis 1656, quoiqu’il n’ait jamais rien publié.

2. L’expression n’est peut-être pas très-claire. Voltaire veut dire sans doute que Louis agissait, non pas par liautcur seulement, mais en vertu de

raisons secrètes, dans un intérêt purement politique.

3. L évèque de Strasbourg, Egon, étant mort en 1682, Louis avait procuré à son frère Guillaume l’évêché de Strasbourg et le chapeau de cardinal.

4. Le pape cassa l’élection du coad juteur; et on opposa au cardinal do Fürstemberg le jeune Clément de Bavière, qui n’avait nil’àge ni les qualités requises. Le pape lui accorda les dispenses nécessaires ; Fürstemberg eut pour lui quatorze voix contre neuf; mais il fallait les deux tiers des suffrages. Le pape, usant rigoureusement de son droit, malgré une lettre fort dure de Louis XIV, proclama Clément archevêque de Cologne.

5. Au jeune Bavière. — Il y a ici une ellipse un peu forte; c’est pour « au jeune prince de Bavière. »

(lu dernier mort. (Octobre 1688) Le roi se vengea du pape en lui (Jtant Avignon, et prépara la guerre à l’Empereur. 11 inquiétait en même temps l’électeur palatin, au sujet des droits de la princesse palatine. Madame, seconde femme de Monsieur, droits auxquels elle avait renoncé par son contrat de mariage L La guerre laite à l’Espagne, en 1667, pour les droits de Marie-Thérèse, malgré une pareille renonciation, prouve bien que les contrats sont faits pour les particuliers. Voilà comme le roi, au comble de sa grandeur, indisposa, ou dépouilla, ou humilia presque tous les princes; aussi presque tous se réunissaient contre lui.

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