‹ Sicle de Louis XIVChapitre 181 sur 447 · Ile à l’entrée méridionale du Zuyderzée · texte numérisé non relu

Ile à l’entrée méridionale du Zuyderzée

2. Les actions montèrent de dix pour cent à Amsterdam, quand on sut que les Français marchaient sur l’Allemagne et non vers les Pays- Bas.Louis XIV avait pris ce parti pour soutenir ses intérêts dans le Palatinat et l’électorat de Cologne, se venger des petits princes du Rhin, qu’il avait si longtemps soudoyés, et effrayer l’Empire avant la réunion de ses forces.

3. Duras (Jacques-Henri de Durfort de), neveu du vicomte de Turenne, fut

maréchal en 1675, immédiatement après la mort de son oncle; mort en 1704.

(Voltaire.)

4. Boufflers (Louis-François, duc de) ou plutôt Bouflers, l’un des meilleurs officiers de Louis XIV ; maréchal en 1693, mort en 1711. (Voltaire.)

5. Philipsbourg, dont il est si souvent parlé dans cette histoire, près du Rhin, était alors la principale clef de l’Allemagne avec Brisach : elle a été donnée, mais démantelée, au grand du-

I ché de Bade.

(jiiand la France fait la guerre à l’Allemagne, était commencé. Vauban conduisait le siège. Tous les détails qui n’étaient point de son ressort roulaient sur Catinat, alors lieutenant général, homme capable de tout, et fait pour tous les emplois. Monseigneur arriva après six jours de tranchée ouverte. Il imitait la conduite de son père, s’exposant autant qu’il le fallait, jamais en téméraire, affable à tout le monde, libéral envers les soldats. Le roi goûtait une joie pure d’avoir un fds qui l’imitait sans l’effacer, et qui se faisait aimer de tout le monde sans se faire craindre de son père ^ .

Philipsbourg fut pris en dix-neuf jours ^ ; on prit Manheim en trois jours (11 novembre 1688) ; Franckendal en deux : Spire, Trêves, Yorms et Oppenheim se rendirent dès que les Français furent à leurs portes (15 novembre 1688).

Le roi avait résolu de faire un désert du Palitinat dès que ces villes seraient prises^. 11 avait la vue d’empêcher les ennemis d’y subsister, plus que celle de se venger de l’électeur palatin, qui n’avait d’autre crime que d’avoir fait son devoir, en s’unissant

1. Quand Monseigneur revint à la cour, O le roi, dit Madame de la Fayette, lui fit une infinité de caressçs, et l’accabla de douceurs. Il avait été si content de toutes les lettres qu’il lui avait écrites, et tout le monde avait mandé tant de bien de Monseigneur, que le roi avait peur de ne lui pas faire assez d’honneur. » On peut lire plusieurs des lettres du dauphin pendant cette campagne, dans V Histoire de Madame de Maintenons par M. le duc de Noailles, t. IV.

2. Philipsbourg capitula le 29 octobre; Manheim, le 12 novembre; Frankenthab en deçà du Rhin, le 19 novembre.

3. C’est Louvois, toujours impitoyable, qui fut le principal auteur de l’embrasement du Palatinat. «Il veut qu’on aille en Allemagne et qu’on ravage sans pitié le Palatinat, » écrit Madame de Maintenon, qui déplore ces cruelles extrémités. On commence l’œuvre de destruction pendant l’hiver, on continue au printemps. Gomme le dit Voltaire, les officiers obéissaient, mais avec peine; M. de Tessé, chargé de l’exécution d’Heidelberg, écrit à Louvois :

« Je ne crois pas que de huit jours mon cœur se trouve dans sa situation ordinaire. Je prends la liberté de vous parler naturellement; mais je ne croyais pas qu’il en coûtât autant pour faire

exécuter soi-même le brûlement d’une ville peuplée... Vous pouvez compter que rien n’est resté du superbe château... Il y avait hier avant midi quatre cent trente-deux maisons de brûlées...»

Le maréchal de Duras écrit également à Louvois : « Depuis ma lettre écrite, la douleur de détruire des villes aussi considérables queWorms et Spire m’a porté à représenter à Sa Majesté le mauvais effet qu’une pareille désolation pourrait faire dans le monde pour sa réputation... » Villars, dans ses Mémoires, cherche à atténuer la responsabilité du roi et même celle de Louvois : « On avait persuadé au roi que le salut de l’Etat consistait à mettre des déserts entre nos frontières et les armées des ennemis. Pour cela contre nos intérêts, et même contre les raisons de guerre, on avait brûlé plusieurs grandes villes, une infinité d’autres moins considérables, et les plus riches et meilleurs pays du monde. On n’a jamais pu imaginer par quelle fatalité ces horribles conseils ont pu être donnés. Le marquis de Louvois, homme de beaucoup d’esprit, ne s’y opposa point, et les persuada au roi, malgré sa bonté, laquelle était au plus haut point. Ces ordres furent donnés, suivis et exécutés avec une rigueur qui sera toujours reprochée à la plus valeureuse nation de l’univers. »

Page 1