‹ Sicle de Louis XIVChapitre 184 sur 447 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

(lu public : on lui cria : Mayence, Il fut obligé de sc retirer, non sans mépriser, avec les gens sages, un peuple si mauvais estimateur du mérite, et dont cependant on ambitionne les louanges

(Juin 1689) Environ dans le même temps, le maréchal d’Humières fut battu à Valcourt sur la Sainbre. aux Pays-Bas, par le prince de Valdeck ; mais cet échec, qui fit tort à sa réputation, en fit peu aux armes de la France. Louvois, dont il était la créature et Kami, fut obligé de lui ùter le commandement de cette armée. Il fallait le remplacer.

Le roi choisit le maréchal de Luxembourg, malgré son ministre, qui le haïssait, comme il avait haï ïurenne. « Je vous promets, lui dit le roi, que j’aurai soin que Louvois aille droit. Je l’obligerai de sacrifier au bien de mon service la haine qu’il a pour vous ; vous n’écrirez qu’à moi ; vos lettres ne passeront pas par lui^. » Luxembourg commanda donc en Flandre, et Catinat en Italie. On se défendit bien en Allemagne sous le maréchal de Lorges Le duc de Noailles avait quelque succès en Catalogne; mais en Flandre, sous Luxembourg, et en Italie, sous Catinat, ce ne fut qu’une suite continuelle de victoires. Ces deux généraux étaient alors les plus estimés en Europe.

Le maréchal duc de Luxembourg avait dans le caractère des traits du grand Condé, dont il était l’élève ; un génie ardent, une exécution prompte, un coup d’œil juste, un esprit avide de connaissances, mais vaste et peu réglé ; plongé dans les intrigues des femmes, toujours amoureux et même souvent aimé, quoique contrefait et d’un visage peu agréable; ayant plus de qualités d’un héros que d’un sage

Catinat ^ avait dans l’esprit une application et une agilité qui

taleurs distingués ou privilégiés prenaient place sur des banquettes, qui environnaient et encombraient la scène.

t. Louis XIV avait su récompenser le courage malheureux du général : «Marquis, lui dit-il à leur première entrevue, vous avez défendu la place en homme de cœur, et vous avez capitulé en homme d’esprit. »

2. Mémoires du maréchal de Luxembourg. (Note de Voltaire.) Cependant on a publié la correspondance de Luxembourg avec le ministre pendant cette campagne et la suivante.

3. Le dauphin reprit le commandement nominal sous la direction du maréchal de Lorges, frère de Duras; mais

il y eut peu d’actions remarquables de ce côté.

4. « Voyez les Anecdotes à l’article de la Chambre ardente, chap. xxvi. H est aujourd’hui généralement regardé par les militaires comme le premier homme de guerre qui ait connu l’art de faire manœuvrer et com'> ii l o de grandes armées. » (Note de Voltaire.)

5. Catinat (Nicolas de) était né à Paris en 1637; il mérite les éloges de Voltaire, qui ajoute : « Il mêla la philosophie aux talents de la guerre ; il mourut en sage à sa maison de Saint- Gratien en 1712. » Il était à Luxembourg ce que Turenne était à Condé, ce que plus tard Berwick devait être à Vendôme.

le rendaient capable de tout, sans qu’il se piquât jamais de î rien ^ Il eût été bon ministre, bon chancelier, comme bon j général. 11 avait commencé par cire avocat, et avait quitté cette j

profession à vingt-trois ans, pour avoir perdu une cause qui j

était juste. Il prit le parti des armes, et fut d’abord enseigne ]

aux gardes françaises. En 1667, il fit aux yeux du roi, à l’attaque J

de la contrescarpe ^ de Lille, une action qui demandait de la tête ^ et du courage. Le roi le remarqua, et ce fut le commencement de sa fortune. Il s’éleva par degrés, sans aucune brigue ; philosophe au milieu de la grandeur et de la guerre, les deux plus grands écueils' de la modération, libre de tous préjugés, et n’ayant point l’affectation de paraître trop les mépriser. La galanterie et le métier de courtisan furent ignorés de lui; il en cultiva plus l’amitié, et en fut plus honnête homme. II vécut aussi ennemi de l’intérêt que du faste ; philosophe en tout, à sa mort comme dans sa vie.

Catinat commandait alors en Italie. Il avait en tête le duc de Savoie, Victor-Amédée prince alors sage, politique, et encore plus malheureux; guerrier plein de courage, conduisant luimême ses soldats, s’exposant en soldat, entendant aussi bien que personne cette guerre de chicane qui se fait sur des terrains coupés et montagneux, tels que son pays ; actif, vigilant, aimant l’ordre, mais faisant des fautes et comme prince et comme général. Il en fit une, à ce qu’on prétend, en disposant mal son armée devant celle de Catinat. (18 auguste 1690) Le général français en profita, et gagna une pleine victoire, à la vue de Saluces, auprès de fabbaye de Staffarde^, dont cette bataille a eu le nom. Lorsqu’il y a beaucoup de morts d’un côté et presque point de l’autre, c’est une preuve incontestable que l’armée battue était dans un terrain où elle devait être nécessairement accablée. L’armée française n’eut que trois cents hommes de

1. « Oa voit, par les Lettres de Madame de Maintenons qu’elle n’aimait pas le maréchal de Catinat. Elle n’espère rien de lui; elle appelle sa modestie orgueil. Il paraît que le peu de connaissance qu’avait cette dame des affaires et des hommes, et les mauvais choix qu’elle fit, contribuèrent depuis aux malheurs de la France. » (Note de Voltaire. ) — L’historien a été moins sévère à l’égard de Madame de Maintenon au chapitre xxvii, et l’on a peut-être e.xagéré les préventions de cette dame à l’égard de Ga-

tinat. (Voir à la page 193, notes 1 et 4.)

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