‹ Sicle de Louis XIVChapitre 192 sur 447 · Voyez au chapitre xxi · texte numérisé non relu

Voyez au chapitre xxi

un esprit non moins chagrin qu’éclairé, l’Aristarque et quelquefois le Zoïle des généraux; il altère des faits pour avoir le plaisii de censurer des fautes. Il se plaignait de tout le monde, et tout le monde se plaignait de lui. On disait qu’il était le plus brave homme ^ de l’Europe, parce qu’il dormait au milieu de cent mille de ses ennemis. Sa capacité n’ayant pas été récompensée par le bâton de maréchal de France, il employa trop, contre ceux qui servaient l’État, des lumières qui eussent été trèsutiles, s’il eût eu l’esprit aussi conciliant que pénétrant, appliqué et hardi.

Il reprocha au maréchal de Yilleroi plus de fautes, et de plus essentielles qu’à Boufflers. Yilleroi, à la tête d’environ quatrevingt mille hommes, devait secourir Yamur ; mais, quand même les maréchaux de Yilleroi et de Boufflers eussent fait généralement tout ce qui se pouvait faire (ce qui est bien rare), il fallait par la situation du terrain que Yamur ne fût point secourue, et se rendît tôt ou tard. Les bords de la Méliaigne, couverts d’une armée d’observation qui avait arrêté les secours du roi Guillaume, arrêtèrent alors nécessairement ceux du maréchal de Yilleroi

Le maréchal de Boufflers, le comte de Guiscard, gouverneur de la ville, le comte du Châtelet de Lomont, commandant de l’infanterie, tous les officiers et les soldats défendirent la ville avec une opiniâtreté et une bravoure admirable, mais qui ne recula pas la prise de deux jours. Quand une ville est assiégée par une armée supérieure, que les travaux sont bien conduits et que la saison est favorable, on sait à peu près en combien de temps elle sera prise, quelque vigoureuse que la déhmse puisse être. Le roi Guillaume se rendit maître de la villle et de la citadelle, qui lui coûtèrent plus de temps qu’à Louis XIY (septembre 1695).

Le roi, pendant qu’il perdait Yamur, fit bombarder Bruxelles: vengeance inutile, qu’il prenait sur le roi d’Espagne, de ses villes bombardées par les Anglais. Tout cela faisait une guerre ruineuse et funeste aux deux partis.

1. Le plus brave homme. — On dit plutôt dans ce sens Vhomme le plus brave.

Madame de Mainlenon écrit à ce sujet : « Il y avait quinze mille hommes dans la garnison; il n’en reste que quatie mille en bonne santé. 11 n’y eut jamais une place mieux attaquée et mieux défendue. Dieu n’a pas permis qu’elle ait été secourue. » Dangeau

ajoute : » Le roi n’a pas laissé d’étre sensible à la joie d’apprendre que ses troupes avaient parfaitement fait. Nous apprîmes qu’il avait fait M. le maréchal de Boufflers duc. » Cependant il paraît que les repioehes de Feuquières sont en partie fondés ; Boufflers aurait été plus brave qu’habile, et Yilleroi plus lent et plus circonspect qu’il ne fallait.

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