‹ Sicle de Louis XIVChapitre 193 sur 447 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

C’est, depuis deux siècles, un des eiïels de l'industrie et de la fureur des hommes, que les désolations ^ de nos guerres ne se bornent pas à notre Europe. Nous nous épuisons d’hommes et d’argent pour aller nous détruire aux extrémités de l’Asie et de l’Amérique. Les Indiens que nous avons obligés par forco. <-t par adresse à recevoir nos établissements, et les Américains, dont nous avons ensanglanté et ravi le continent, nous regardent comme des ennemis de la nature humaine, qui accourt du bout du monde pour les égorger, et pour se détruire ensuite eux-mêmes.

Les Français n’avaient de colonies dans les grandes Indes que celle de Pondichéry, formée par les soins de Colbert avec des dépenses immenses, dont le fruit ne pouvait être recueilli qu’au bout de plusieurs années. Les Hollandais s’en saisirent aisément, et ruinèrent aux Indes le commerce de la France à peine établi

(1695) Les Anglais détruisirent les plantations de la France à Saint-Domingue (1696). Un armateur de Brest ravagea celles qu’ils avaient à Gambie ® dans l’Afrique. Les armateurs de Saint-Malo portèrent le fer et le feu à Terre-Neuve sur la côte orientale qu’ils possédaient. Leur île de la Jamaïque fut insultée par les escadres françaises, leurs vaisseaux pris et brCilés, leurs côtes saccagées.

Pointis chef d’escadre à la tête de plusieurs vaisseaux du roi et de quelques corsaires de l’Amérique, alla surprendre (mai 1697) auprès de la ligne la ville de Carthagène®, magasin et entrepôt des trésors que l’Espagne tire du Mexique. Le dommage qu’il y causa fut estimé vingt millions de nos livres, et le gain, dix millions. Il y a toujours quelque chose à rabattre de ces calculs, mais rien des calamités extrêmes que causent ces expéditions glorieuses.

Les vaisseaux marchands de Hollande et d’Angleterre étaient tous les jours la proie des armateurs de France, et surtout de Duguay-Trouin homme unique en son genre, auquel il ne

1. Remarquons que Voltaire aime à employer au pluriel des mots qu’on met le plus souvent au singulier.

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