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PUBLICATION DU SIÈCLE DE LOUIS XIV

des mœurs, des arts, des sciences, celle des lois, de radministration publique, eût été presque oubliée. Les anciens môme, où l’on trouve plus de détails sur les mœurs, sur la politique intérieure, n’ont fait, en général, que joindre à l’histoire des guerres celle des factions populaires. On croirait, en lisant ces historiens, que le genre humain n’a été créé que pour servir à faire briller les talents politiques ou militaires de quelques individus, et que la société a pour objet, non le bonheur de l’espèce entière, mais le plaisir d’avoir des révolutions à lire ou à raconter.

Voltaire forma le plan d’une histoire où l’on trouverait ce qu’il importe le plus aux hommes de connaître, les effets qu’ont produits sur le repos ou le bonheur des nations les préjugés, les lumières, les vertus ou les vices, les usages ou les arts des différents siècles L »

Il venait d’achever et de publier VIJisioire de Charles XII, lorsqu’il songea, dès 1 732, à écrire l’histoire du siècle de Louis XIV. Il se mit au travail avec l’ardeur qui le caractérisait, avec l’entraînement que lui inspiraient ses sympathies et son admiration pour la grande époque de la politesse et des ans. Il eut bientôt poussé l’ouvrage jusqu’au siège de Turin; et il nous apprend que son manuscrit était entre les mains du prince de Prusse, Frédéric, dès l’année 1 7 37 . Il ajoute que c’était la suite d’une histoire universelle depuis Charlemagne, écrite dans le même goût et dans le môme esprit.

En 17 39, il publia un Essai sur le siècle de Louis X!V, qui fut supprimé par arrêt du conseil ; « J’ose dire que, dans tout autre temps, une pareille entreprise serait encouragée par le gouvernement. Louis XIV donnait six mille livres de pension aux Valincour, aux Pellisson, aux Racine et aux Despréaux, pour faire son histoire qu’ils ne firent point; et moi je suis persécuté pour avoir fait ce qu’ils devaient faire. J’élevais un monument à.la gloire de mon pays, et je suis écrasé sous les premières pierres que j’ai posées »

Voltaire n’était pas homme à se laisser décourager; il avait déjà triomphé du mauvais vouloir de la censure en publiant, malgré ses arrêts, et faisant admirer par toute l’Europe V Histoire de Charles XII. 11 reprit et acheva son œuvre. Il dit quelque part, que le Siècle de Lonis XlVy composé en 174 S, fut imprimé d’abord en 17 50; cependant, ce fut seulement à la -fin de 1751 ou au commencement de 17 52 que l’ouvrage parut à Berlin. Dans une lettre du mois d’octobre 1751, il parle de cette édition, a trop incomplète et trop fautive. » Dans un autre passage de ses écrits, il dit « qu’il hasarda enfin, au commencement de 1752, de livrer au public la faible esquisse du siècle de Louis XIV. Monsieur de Francheville, conseiller aulique du roi de Prusse, voulut bien présider à la première édition de Berlin, laquelle il céda à Conrad Walther au prix coûtant. »

Aussitôt Fouvrage fut reproduit, sans la permission de Fauteur, par beaucoup de libraires, en Allemagne et en Hollande surtout. Mais la

1. Condorcet, Vie de Voltaire, au marquis d’Argenson, 8 janvier

INTRODUCTION

plus audacieuse de ces contrefaçons, celle qui devait exciter au plus haut point la colère et la verve de Voltaire, fut celle d’un Français, de La Beaunielle, à Francfort sur-le-Mein, en 1752. Cet écrivain, dont le tal ut ne méritait pas les sarcasmes et les injures dont Voltaire l’accabla, avait eu le tort et la maladresse de falsifier le Siècle de Louis XIV, et d’y ajouter, pour le rendre meilleur, disait-il, des notes de sa façon, qui attaquaient l’auteur, ses qualités littéraires, son caractère, et qui dénaturaient plusieurs parties de l’ouvrage. Voltaire, blessé et indigné, répondit à La Beaumelle par un supplément au Siècle de Louis XIV , dans lequel il ne se contenta pas de se défendre, mais attaqua avec trop peu de ménagement, et s’efforça de rendre à la fois odieux et ridicule le malheureux écrivain qui avait osé le toucher (1 753).

En 17 56, il prépara et publia à Genève une édition nouvelle, augmentée et corrigée ; il avait profilé de toutes les observations qu!on lui avait adressées, des renseignements nouveaux qu’il avait pu se procurer; mais il y traita à son tour La Beaumelle avec une sévérité railleuse et souvent passionnée. « Les éditions nombreuses, dit Voltaire, d’un livre dans sa nouveauté, ne prouvent jamais que la curiosité du public et non le mérite de l’ouvrage. L’auteur du Siècle de Louis XIV sentait tout ce qui manquait à ce monument qu’il aurait voulu élever à l’honneur de sa nation. 11 serait incomparablement moins indigne de la France, s’il avait été achevé dans son sein ; mais on sait quels engagements et quel attachement d’un côté, quelles bontés prévenantes de l’autre, avaient arraché l’auteur à sa patrie. Parvenu à un âge assez avancé, éprouvant, par des maladies continuelles, une, décrépitude prématurée, et craignant d’étre prévenu par la mort, il hasarda enfin, au commencement de l’année 1752, de livrer au public la faible esquisse du siècle de Louis XIV, dans l’espérance que cet ouvrage engagerait les gens de lettres elles hommes instruits des affaires publiques, à lui fournir de nouvelles couleurs pour achever le tableau. 11 ne s’est pas trompé dans son attente; il a reçu des instructions de toutes parts, et il s’est trouvé en état de donner une meilleur forme à son ouvrage. 11 a tout retouché, jusqu’au st^de. La même impartialité reconnue règne dans le livre, mais avec une attention beaucoup plus scrupuleuse, d

Cette édition de 1756 fut surtout remarquable, parce que Voltaire la fit précéder de VEssai sur les Mœurs, auquel il travaillait depuis longtemps et qui en devenait comme la vaste introduction. Aussi, dans le Si'ecle de Louis XIV, il renvoie souvent à ce dernier ouvrage; et souvent, comme dans VEssai, il semble s’adresser à M“e du Châtelet, pour laquelle il avait, disait-il, spécialement composé ces livres d histoire.

En 17 63, Voltaire ajouta au Siècle de Louis XIV le précis du règne de Louis XV. Enfin, en 1 7 68, il publia à Genève une dernière édition, définitivement corrigée et considérablement augmentée; c’est celle qui fait autorité.

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