‹ Sicle de Louis XIVChapitre 211 sur 447 · CHAPITRE XVll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVll

maître que deux femmes lui eussent fait chauler une résolution prise dans son conseil. Quelques Anglais ^ m’ont dit que peutêtre sans cette démarche leur parlement n’eût point pris de parti entre les maisons de Bourbon et d’Autriche, mais que reconnaître ainsi pour leur roi un prince proscrit par eux leur parut une injure à la nation, et un despotisme qu’on voulait exercer dans l’Europe Les instructions données par la ville de Londres à ses représentants furent violentes.

(( Le roi de France se donne un vice-roi en conférant le titre de notre souverain à un prétendu prince de Galles. Notre condition serait bien malheureuse, si nous devions être gouvernés au gré d’un prince qni a employé le fer, le feu et les galères, pour détruire les protestants de ses États : aurait-il plus d’humanité pour nous que pour ses propres sujets? »

Guillaume s’expliqua dans le parlement avec la même force. On déclara le nouveau roi Jacques coupable de haute trahison : un bill à’attainder^ fut porté contre lui, c’est-à-dire qu’il fut condamné à mort comme son grand-père; et c’est en vertu de ce bill qu’on mit depuis sa tête à prix. Tel était le sort de cette famille infortunée, dont les malheurs n’étaient pas encore épuisés. Il faut avouer que c’était opposer de la barbarie à la générosité du roi de France.

Il paraît très-vraisemblable que l’Angleterre se serait toujours déclarée contre Louis XIV, quand même il eût refusé le vain titre de roi au fds de Jacques IL La monarchie d’Espagne, entre les mains de son petit-fils, semblait devoir armer nécessairement contre lui les puissances maritimes. Quelques membres du parlement gagnés n’auraient pas arrêté le torrent de la nation^. C’est un problème à résoudre, si de Mainte-

1. « Entre autres milord Bolingbroke, dont les Mémoires ont depuis justifié ce que l’auteur du Siècle avance.

Voyez ses Lettres, tome II, p. 56. C’est ainsi que pense encore M. de Torcy dans ses Mémoires. 11 dit, page 164 du tome I®*’, première édition : « La » résolution que prit le roi de reconnaî- » tre le prince de Galles en qualité de » roi d’Angleterre changea les disposi- » tiens qu’une grande partie de la nation » témoignait à conserver la paix, etc.»

Le lord Bolingbroke avoue, dans ses Lettres, que Louis XIV reconnut le prétendant par des importunités de femmes. On voit, par ces témoignages, avec quelle exactitude l’auteur du Siècle de Louis XIV a cherché la vérité, et avec

quelle candeur il l’a dite. » (Note de Voltaire.)

2. « Le peuple anglais, dit M. Mignet, vit un attentat à ses droits dans cette imprudence royale, et il entra avec passion dans une guerre dirigée contre un étranger qui prétendait lui imposer un maître. Cette dernière faute les couronna toutes. »

3. Les bills d’attainder, véritables lois de proscription, remontent à Henri VIII. Quand ils ont été votés par les communes, acceptés par les lords et par le roi, ils ont tous les effets d’un jugement capital, sans jugement, contre celui qui en est frappé.

4. L’ambassadeur Tallard avait bien jugé des dispositions de l’Angleterre,

non ne pensa pas mieux que tout le conseil, et si Louis XIV n’eut pas raison de laisser agir la hauteur et la sensibilité de son âmeL

L’empereur Léopold commença d’abord cette guerre en Italie, dès le printemps de l’année 1701 L’Italie a toujours été le pays le plus cher aux intérêts des Empereurs. C’était celui où ses armes pouvaient le plus aisément pénétrer par le Tyrol et par l’État de Venise; car Venise, quoique neutre en apparence, penchait plus cependant pour la maison d’Autriche que pour celle de France. Obligée d’ailleurs par des traités de donner passage aux troupes allemandes, elle accomplissait ces traités sans peine.

L’Empereur, pour attaquer Louis XIV du côté de l’Allemagne, attendait que le corps germanique se fût ébranlé en sa faveur. Il avait des intelligences et un parti en Espagne; mais les fruits de ces intelligences ne pouvaient éclore, si l’un des fils de Léopold ne se présentait pour les recueillir; et ce lils de l’Empereur ne pouvait s’y rendre qu’à l’aide des flottes d’Angleterre et de Hollande. Le roi Guillaume hâtait les préparatifs. Son esprit, plus agissant que jamais dans un corps sans force et presque sans vie, remuait tout, moins pour servir la maison d’Autriche que pour abaisser Louis XIV.

lorsqu’il écrivait à Louis XIV même avant le second traité de partage ; « S’il survenait la moindre circonstance qui pût inspirer aux Anglais un sentiment d’inquiétude jalouse, si on pouvait leur persuader qu'ils ont des raisons de se tenir sur leurs gardes,... ils donne- ' raient jusqu’à leur dernier penny pour leur' défense, ou pour repousser ce qu’ils considéreraient comme une injure qu’on voudrait leur infliger. »

1. Gette faute de Louis XIV fut a'*compagnée d’autres fautes également graves, qui contribuèrent à soulever .l’Europe contre sa grandeur et son ambition. — Par des lettres patentes données en décembre 1700, il conserve à Philippe V ses droits à la couronne de France entre le duc de Bourgogne et le duc de Berri. Il annulait ainsi une clause fondamentale du testament de Charles 11, et H attentait dans l’avenir à l’indépendance de l’Es pagne et à la sécurité de l'Europe. — Les Etats-Généraux se préparaient à la guerre. Depuis le traité de Kyswick.

les Hollandais avaient la garde des Pays-Bas et tenaient garnison dans une ligne de places fortes, qui for-

maient une barrière contre la France.

Louis XIV fit entrer à l’improviste des troupes françaises dans toutes ces vil les, et se contenta de renvoyer les soldats hollandais, disant que c’était à lui désormais qu’il appartenait de protéger les Pays-Bas espagnols. « Ainsi, dit M Mignet, il avait violé le traité de partage par l’acceptation du testament, le testament par les lettres patentes; il violait maintenant, par l’introduction de ses troupes dans les Pays-Bas, les engagements de Kyswick et les promesses qu’il avait faites de les observer. »

2. Pour obtenir l’appui de l’Allemagne, Léopold fit de grandes concessions; il institua un nouvel électorat en faveur du duc de Hanovre, et il érigea en royaume le duché de Prusse, qui appartenait à l’électeur de Brandebourg. L’Autriche se préparait ainsi une redoutable rivale : « Aussi, disait le prince Eugène, il faudrait pendre les ministres qui ont donné un tel conseil à l’Empereur. Mais depuis la paix de Westphalie, les Allemands ne savent ni ce qu’ils font, ni ce qu'ils veulent, ni ce qu’ils sont. »

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