‹ Sicle de Louis XIVChapitre 229 sur 447 · Le système de finances du fameux Jean Law · texte numérisé non relu

Le système de finances du fameux Jean Law

tenants généraux qui commandaient des détachements dans l’Alsace. Le prince de Bade, à la tête de l’armée impériale, venait de prendre Landau, défendue par Mélac^ pendant quatre mois. Ce prince faisait des progrès. Il avait les avantages du nombre, du terrain et d’un commencement de campagne heureux. Son armée était dans ces montagnes du Brisgavv^ qui louchent à la Forêt-Noire, et cette forêt immense séparait les troupes bavaroises et françaises. Catinat commandait dans Strasbourg^. Sa circonspection l’empêcha d’entreprendre d’aller attaquer le prince de Bade avec tant de désavantages. L’armée de France eût été perdue sans ressource, et l’Alsace eût été ouverte par un mauvais succès. Villars, qui avait résolu d’être maréchal de France ou de périr, hasarda ce que Catinat n’osait faire. 11 en obtint permission de la cour. Il marcha aux Impériaux avec une armée inférieure vers Friedlingen^% et donna la bataille qui porte ce nom.

(14 octobre 1702) La cavalerie se battait dans la plaine: l’infanterie française gravit au haut de la montagne, et attaqua l’infanterie allemande retranchée dans des bois. J’ai entendu dire plus d’une fois au maréchal de Villars, que la bataille étant gagnée, comme il marchait à la tête de son infanterie, une voix cria ; Nous sommes coupés. A ce mot, tous ses régiments s’enfuirent. Il court à eux, et leur crie : Allons^ mes amis, la victoire est à nous l vive le roi! Les soldats répondent: vive le roi \ en tremblant, et recommencent à fuir. La plus grande peine qu’eut le général, ce fut de rallier les vainqueurs. Si deux régiments ennemis avaient paru dans le moment de cette terreur panique, les Français étaient battus : tant la fortune décide souvent du gain des batailles !

Le prince de Bade^, après avoir perdu trois mille hommes.

1. Mélac était un maréchal de camp qui, toute sa vie, avait fait la guerre, et cherchait surtout à se rendre terrible aux ennemis. 11 se divertissait à se faire croire sorcier, dit Saint-Simon; il présidait de sang-froid aux exécutions les plus horribles; et pour se donner Tair plus cruel, si on en croit Villars, il couchait avec deux loups.

2. Le Brisgaw était une possession autrichienne de la Souabe, au sud du duché de Bade actuel, s’étendant depuis Vieux-Brisach et Fribourg jusqu’à la forêt Noire et jusqu’aux villes forestières.

3. Catinat, à qui l’on ne donnait ni les renforts, ni les munitions, ni les

approvisionnements qu’il réclamait, craignit d’ôtre attaqué sur sa gauche par Marlborough, vainqueur de Boufflers. Après ce dernier commandement, il demanda son congé, revint à Paris, salua le roi, dit Saint-Simon, qui le reçut médiocrement, lui demanda des nouvelles de sa santé, et ne le vit point en particulier. Catinat vécut dès lors dans la retraite.

4. Friedlingen est située sur la rive droite du Rhin, vis-à-vis Huningue, dans le grand-duché de Bade.

5. Louis-Guillaume margrave de Bade-Bade, né à Paris en 1655, mort à Rastadt en 1707, avait eu Louis XIV pour parrain. Elève de Montécuculli et

Page 1