‹ Sicle de Louis XIVChapitre 236 sur 447 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

, ce village de Bleinheim et rarméc de Tallard, séparée encore de la petite armée qui est dans Bleinheim.

Le maréchal de Tallard, dans cette cruelle situation, court pour rallier quelques escadrons. La faiblesse de sa vue lui fait prendre un escadron ennemi pour un français. Il est fait prisonnier par les troupes de Hesse, qui étaient à la solde de l’Angleterre. Au moment que le général était pris, le prince Eugène, trois fois repoussé, gagnait enfin l’avantage. La déroute était déjà totale et la fuite précipitée dans le corps d’armée du maréchal de Tallard. La consternation et l’aveuglement de toute cette droite étaient au point qu’ofliciers et soldats se jetaient dans le Danube, sans savoir où ils allaient. Aucun officier ne donnait d’ordre pour la retraite; aucun ne pensait ou à sauver ces vingt-cinq batailtons et ces douze escadrons des meilleures troupes de France, enfermés si malheureusement dans Bleinheim, ou à les faire combattre. Le maréchal de Marsin lit alors la retraite. Le comte du Bourg depuis maréchal de France, sauva une petite partie de l’infanterie, en se retirant par les marais d’Hochstedt; mais ni lui, ni Marsin, ni personne ne songea à cette armée qui restait encore dans Bleinheim, attendant des ordres et n’en recevant 1 point. Elle était de onze mille hommes effectifs; c’étaient les ' plus anciens corps. Il y a plusieurs exemples de moindres armées qui ont battu des armées de cinquante mille hommes, ou qui ont fait des retraites glorieuses; mais l’endroit où on se trouve posté décide de tout. Ils ne pouvaient sortir des rues étroites d’un village pour se mettre d’eux-mêmes en ordre de bataille devant une armée victorieuse, qui les eût à chaque instant accablés par un plus grand front, par son artillerie et par les canons même de l’armée vaincue, qui étaient déjà au pouvoir du vainqueur. L’oflicier général qui devait les commander, le marquis de Clérembault^, fils du maréchal de Clérambault, courut pour demander les ordres du maréchal de Tallard; il apprend qu’il est pris : il ne voit que des fuyards; il fuit avec eux, et va se noyer dans le Danube.

Sivières, brigadier^, qui était posté dans ce village, tente alors un coup hardi : il crie aux officiers d’Artois et de Provence^

1. Bourg (Léonore-Marie du Maine, comte du), né en 1655, se distingua dans les principales guerres de Louis XIV.

Il gagna plus tard, en 1709, la bataille de Kumersheim , fut maréchal en 1724, et mourut, non en 1725, comme Ta dit Voltaire, mais en 1739.

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