Clérambault (Philippe de Pal
luau de), maréchal en 1653, mort en
3. Le brigadier était au-dessus du colonel. Voir le chapitre xxix.
4. C’est-à-dire des régiments d’Artois, de Picardie, comme plus haut, do Champagne, comme un peu plus bas, de Navarre.
de marcher avec lui : plusieurs officiers même des autres régiments y accourent; ils fondent sur Tennemi, comme on fait une sortie d'une place assiégée; mais, après la sortie, il faut rentrer dans la place. Un de ces officiers nommé Des-Nonvilles, revint à cheval un moment après dans le village avec milord Orkney, du nom d’Hamilton. « Est-ce un Anglais prisonnier que vous nous amenez? » lui dirent les officiers en l’entourant. « Non, messieurs, je suis prisonnier moi-même, et je viens vous dire qu’il n’y a d’autre parti pour vous que de vous rendre prisonniers de guerre. Voilà le comte d’Orkney qui vous offre la capitulation. » Toutes ces vieilles bandes frémirent ; Navarre déchira et enterra ses drapeaux; mais enfin il fallut plier sous la nécessité, et cette armée se rendit sans combattre. Milord Orkney m’a dit que ce corps de troupes ne pouvait faire autrement dans sa situation gênée. L’Europe fut étonnée que les meilleures troupes françaises eussent subi en corps cette ignominie. On imputait leur malheur à la lâcheté : mais quelques années après, quatorze mille Suédois se rendant à discrétion aux Russes en rase campagne ont justifié les Français L
Telle fut la célèbre bataille qui, en France, a le nom d’Hochstedt, en Allemagne de Pleintheim, et en Angleterre de Bleinheim. Les vainqueurs y eurent près de cinq mille morts et près de huit mille blessés, et le plus grand nombre du côté du prince Eugène. L’armée française y fut presque entièrement détruite. De soixante mille hommes, si longtemps victorieux, on n’en rassembla pas plus de vingt mille effectifs 2.
Environ douze mille morts, quatorze mille prisonniers, tout le canon, un nombre prodigieux d’étendards et de drapeaux, les tentes, les équipages, le général de l’armée et douze cents officiers de marque au pouvoir du vainqueur, signalèrent cette journée. Les fuyards se dispersèrent; près de cent lieues de pays furent perdues en moins d’un mois. La Bavière entière, passée sous le joug de l’Empereur, éprouva tout ce que le gouvernement autrichien irrité avait de rigueur, et ce que le soldat vainqueur a de rapacité et de barbarie^. L’électeur, se réfugiant à Bruxel-
1. Voltaire a raconté, au livre quatrième de l’histoire de Charles XII comment les débris de l’armée suédoise, vaincue à Pultawa en 1709, mirent bas les armes sans combattre.
2. L’effet moral de cette journée fut encore plus désastreux que les pertes matérielles; la renommée de nos soldats, depuis si longtemps invincibles,
était obscurcie ; le prestige de la France était dissipé.
3. L’électeur avait combattu avec le plus grand courage; après la défaite, il fut presque le seul à qui la tète ne tourna point; il proposa vainement de se maintenir en Bavière. C’était un avis sage, puisque ce pays, livré à luimême, se soutint tout l’hiver contre