CHAPITRE II
devenue si puissant»î entre les mains des Autrichiens, qu’on a craint souvent qu’ih.ne convertissent en monarcliie absolue cette république de princes ^
Deux partis divisaient alors et partagent encore aujourd’hui l’Europe chrétienne, et surtout l’Allemagne.
Le premier est celui des catholiques, plus ou moins soumis au pape^, le second est celui des ennemis de la domination spirituelle et temporelle du pape et des prélats catholiques. Nous appelons ceux de ce parti du nom général de protestants, quoiqu’ils soient divisés en luthériens, calvinistes et autres, qui se haïssent entre eux presque autant qu’ils haïssent Rome.
En Allemagne, la Saxe, une partie du Brandebourg, le Paîatinat, une partie de la Bohême, de la Hongrie, les Etats de la maison de Brunswick, le Yirtemberg la Hesse suivent la religion luthérienne, qu’on nomme évangélique. Toutes les villes libres impériales ont embrassé cette secte.
Les calvinistes, répandus parmi les luthériens qui sont les plus forts, ne font qu’un parti médiocre ; les catholiques composent le reste de l’empire, et, ayant à leur tête la maison d’Autriche, ils étaient sans doute les plus puissants.
Je vous ai déjà fait voir comment Ferdinand II ^ fut près de changer l’aristocratie allemande en une monarchie absolue, et comment il fut sur le point d’être détrôné par Gustave-Adolphe. Son lils, Ferdinand III qui hérita de sa politique, et fit comme lui la guerre de son cabinet, régna pendant la minorité de Louis XIV.
L’Allemagne n’était point alors aussi florissante qu’elle l’est devenue depuis; le luxe y était inconnu, et les commodités de la vie étaient encore très-rares chez les plus grands seigneurs. Elles n’y ont été portées que vers l’an 1686 par les réfugiés français qui allèrent y établir leurs manufactures®. Ce pays fertile et peuplé manquait de commerce et d’argent; la gravité des
1. SousCharles-Quint, au xvi® siècle ; sous Ferdinand II, au xvii®.
2. Les catholiques sont tous également soumis au pape, comme chef spirituel de l’Eglise; mais Voitaire a fait sans doute allusion aux constitutions particulières, pragmatiques ou concordats, qui règleut les rapports des différentes Eglises avec la papauté, et notamment à ce qu’on a])pelle les libertés de l’Eglise gallicane.
3 . Virtemberg pour Wùrtemberg. Voltaire écrit par un V, en se conformant à
la prononciation- les noms allemands qui commencent par W.