CHAPITRE XXI
proclamer rarchiduc dans Madrid, on cria : Vive Philippe! et à Tolède, le peuple ému chassa ceux qui avaient proclamé l’archiduc. j
Les Espagnols avaient jusque-là fait peu d’efforts pour soutenir leur roi ; ils en firent de prodigieux quand ils le virent abattu, et montrèrent en cette occasion une espèce de courage contraire à celui des autres peuples, qui commencent par de grands efforts, et qui se rebutent. Il est difficile de donner un roi à une nation malgré elle. Les Portugais, les Anglais, les Autrichiens qui étaient en Espagne, furent harcelés partout, manquèrent de vivres, firent des fautes presque toujours inévitables dans un pays étranger, et furent battus en détail. (22 septembre 1706) Enfin Philippe V, trois mois après être sorti de Madrid en fugitif, y rentra triomphant, et fut reçu avec autant d’acclamations que son rival avait éprouvé de froideur et de répugnance.
Louis XIV redoubla ses efforts quand il vit que les Espagnols en faisaient, et tandis qu’il veillait à la sûreté de toutes les côtes sur l’Océan et sur la Méditerranée, en y plaçant des milices; tandis qu’il avait une armée en Flandre, une auprès de Strasbourg, un corps dans la Navarre, un dans le Roussillon, il envoyait encore de nouvelles troupes au maréchal de Berwick dans la Castille.
(25 avril 1707) Ce fut avec ces troupes, secondées des Espagnols, que Berwick gagna la bataille importante d’Almanza sur Galloway L Almanza, ville bâtie par les Maures, est sur la frontière de Valence : cette belle province fut le prix de la victoire. Ni Philippe V ni l’archiduc ne furent présents à cette journée ; et c’est sur quoi le fameux comte Péterborough, singulier en tout, s’écria « qu’on était bien bon de se battre pour eux. » C’est ce qu’il manda au maréchal de ïessé, et c’est ce que je tiens de sa bouche. Il ajoutait qu’il n’y avait que des esclaves qui combatissent pour un homme, et qu’il fallait combattre pour une nation. Le duc d’Orléans, qui voulait être à cette action, et qui devait commander en Espagne, n’arriva que le lendemain; mais il profita de la victoire ; il prit plusieurs places, et entre autres Lérida, l’écueil du grand Condé
1. Voltaire n’a peut-être pas assez insisté sur cette bataille d’Almanza, qui sauva la couronne de Philippe V ; elle fut décisive; cinq mille morts, près de dix mille prisonniers, vingt-quatre canons, cent vingt drapeaux ou éten-
dards, ne furent achetés que par la perte de deux mille hommes environ.
Les réfugiés français, que commandait Jean Cavalier, l’ancien clief des Gamisards, se firent tuer pour la plupart.