La soumission des royaumes de
(22 mai 1707) D’un autre côté le maréchal de Villars, remis en France à la tête des armées, uniquement parce qu’on avait besoin de lui, réparait en Allemagne le malheur de la journée d’Hoclistedt ^ Il avait forcé les lignes de Stollioffen au delà du Rhin 2, dissipé toutes les troupes ennemies, étendu les contributions à cinquante lieues à la ronde, pénétré jusqu’au Danube. Ce succès passager faisait respirer sur les frontières de l’Allcmagne ; mais en Italie tout était perdu. Le royaume de Naples sans défense, et accoutumé à changer de maître, était sous le joug des victorieux^; et le pape, qui n’avait pu empêcher que les troupes allemandes passassent par son territoire, voyait, sans oser murmurer, que l’Empereur se fît son vassal, malgré lui. C’est un grand exemple de la force des opinions reçues et du pouvoir de la coutume, qu’on puisse toujours s’emparer de Naples sans consulter le pape, et qu’on n’ose jamais lui en refuser riiommage
Pendant que le petit-fils de Louis XIV perdait Naples, l’aïeul était sur le point de perdre la Provence et le Dauphiné. Déjà le duc de Savoie et le prince Eugène y étaient entrés par le col de Tende Ces frontières n’étaient pas défendues comme le sont la Flandre et l’Alsace, théâtre éternel de la guerre, hérissé de citadelles que le danger avait averti d’élever. Point de pareilles précautions vers le Yar, point de ces fortes places qui arrêtent l’ennemi et qui donnent le temps d’assembler des armées. Cette frontière a été négligée jusqu’à nos jours, sans que
Valence et d’Aragon suivit la bataille d’Almanza; mais Lérida ne tomba au pouvoir du duc d’Orléans qu’au mois de novembre.
1. Vniars n’avait pas cessé de commander les armées, et n’avait jamais été disgracié ou délaissé, comme Voltaire semble l’insinuer à plusieurs reprises.
Après avoir rendu de grands services, eu pacifiant les Cévennes, il avait arrêté Marlborough sur la Moselle et protégé les frontières du Rhin.
2. Ces lignes s’étendaient sur le Rbin, de Philipsbourg à Stolhofen, puis de SLolhofen aux montagnes de la Forêt- Noire par Bühl. Les trente mille hommes qui les défendaient les évacuèrent en désordre, dès la première attaque, abandonnant canons, fusils, et d’immenses approvisionnements ; ce fut un grand et prodigieux succès qui ne coûta pns un seul homme, si l’on en croit Villars. 11 détruisit ces lignes et répandit la terreur dans les bassins du Ncc-
ker, du Mein et du haut Danube.
3. Une armée impériale de dix mille hommes traversa l’Ralie, pénétra dans le royaume de Naples et s’empara de toutes les villes sans résistance ; les soldats passaient à l’ennemi , le peuple applaudissait ; le clergé était hostile à Philippe V. Les Napolitains espéraient avoir un roi de Naples; après la prise de Gaëte (30 septembre 1707), les Impériaux furent maîtres de tout le pays.
4. Joseph 1" se conduisit en vainqueur brutal à l’égard des Italiens ; tous les petits Etats étaient impitoyablement rançonnés ; le pape dépouillé de plusieurs de ses fiefs. L’Empereur ne se reconnaissait point comme le vassal du pape, et refusait à Clément IX le droit de conférer des évêchés et des bénéfices dans lo royaume de Naples.
5. Le coi de Tende, dans les Alpes maritimes, l’un des plus importants des Alpes, livre passage à la route de Turin à Nice.
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peut-être on puisse en alléguer d’autre raison, sinon que les hommes étendent rarement leurs soins de tous les côtés ^ Le roi de France voyait, avec une indignation douloureuse, que ce même duc de Savoie, qui un an auparavant n’avait presque plus que sa capitale, et le prince Eugène qui avait été élevé dans sa cour, fussent prêts de lui enlever Toulon et IMarseille.
(Auguste 1707) Toulon était assiégé et pressé; une flotte anglaise, maîtresse de la mer, était devant le port et le bombardait. Un peu plus de diligence, de précautions et de concert aurait fait tomber Toulon^. Marseille sans défense n’aurait pas tenu ; et il était vraisemblable que la France allait perdre deux provinces. Mais le vraisemblable n’arrive pas toujours. On eut le temps d’envoyer des secours. On avait détaché des troupes de l’armée du maréchal de Villars, dès que ces provinces avaient été menacées; et on sacrifia les avantages qu’on avait en Allemagne pour sauver une partie de la France. Le pays par où les ennemis pénétraient est sec, stérile, hérissé de montagnes ; les vivres rares, la retraite difficile. Les maladies, qui désolèrent l’armée ennemie, combattirent encore pour Louis XIV. (22 auguste 1707) Le siège de Toulon fut levé, et bientôt la Provence délivrée, et le Daupbiné hors de danger : tant le succès d’une invasion est rare, quand on n’a pas de grandes intelligences dans le pays. Charles-(}uint y avait échoué; et de nos jours les troupes de la reine de Hongrie^ y échouèrent encore^.
Cependant cette irruption, qui avait coûté beaucoup aux alliés, ne coûtait pas moins aux Français : elle avait ravagé une grande étendue de terrain, et divisé les forces.
1. Voltaire donne cependant luimême une raison suffisante ; cette frontière était moins menacée que celle d’Allemagne ou des Pays-Bas ; d’ailleurs elle est trop éloignée, trop séparée du centre pour que l’invasion soit jamais redoutable de ce côté; les tentatives des ennemis ont toujours eu peu de succès, alors comme au temps de François P*', comme plus tard sous Louis XV.
2. Le duc de Savoie ne s’entendait ni avec le prince Eugène, ni avec l’amiral anglais. Les ennemis perdirent trois jours à Fréjus, puis mirent six jours pour aller de Fréjus à Toulon, où ils arrivèrent le 26 juillet seulement; trois divisions françaises vinrent, du 22 au 25, occuper un camp retranché entre la ville et les montagnes.
3. En 1746, les troupes autrichiennes de Marie-Thérèse, alors reine de Hon-
grie échouèrent dans une invasion semblable.
4. Le respect pour la vérité dans les plus petites choses oblige encore de relever le discours que le compilateur des Mémoires de de Maintenon fait tenir par le roi de Suède, Charles XII, au duc de Marlborough : «Si Toulon est » pris, je l’irai reprendre. » Ce général anglais n’était point auprès du roi de Suède dans le temps du siège. Il le vit dans Alt-Ranstadt en avril 1707, et le siège de Toulon fut levé au mois d’auguste. Charles XII, d’ailleurs, ne se mêla jamais de cette guerre ; il refusa constamment de voir tons les Français qu’on lui députa. On ne trouve dans les Mémoires de A/®® de Maintenons que des discours qu’on n’a ni tenus ni pu tenir ; et on ne peut regarder ce livre que comme un roman mal digéré.»
(Note de Voltaire.)
L’Europe ne s’attendait pas que dans un temps d’épuisement, et lorsque la France comptait pour un grand succès d’être échappée à une invasion, Louis XIV aurait assez de grandeur et de ressources pour tenter lui-même une invasion dans la Grande-Bretagne, malgré le dépérissement de ses forces maritimes, et malgré les flottes des Anglais qui couvraient la mer. Ce projet fut proposé par les Écossais attachés au fils de Jacques II. Le succès était douteux ; mais Louis XIV envisagea une gloire certaine dans la seule entreprise. Il a dit lui-même que ce motif l’avait déterminé autant que l’intérêt politique L
Porter la guerre dans la Grande-Bretagne, tandis qu’on en soutenait le fardeau si difficilement en tant d’autres endroits, et tenter de rétablir du moins sur le trône d’Écosse le fils de Jacques II, pendant qu’on pouvait à peine maintenir Philippe V sur celui d’Éspagne, c’était une idée pleine de grandeur, et qui, après tout, n’était pas destituée de vraisemblance.
Parmi les Écossais, tous ceux qui ne s’étaient pas vendus à la cour de Londres gémissaient d’être dans la dépendance des Anglais. Leurs vœux secrets appelaient unanimement le descendant de leurs anciens rois, chassé au berceau des trônes d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande, et à qui on avait disputé jusqu’à sa naissance On lui promit qu’il trouverait trente mille hommes en armes qui combattraient pour lui, s’il pouvait seulement débarquer vers Edimbourg avec quelques secours de la France.
Louis XIV qui, dans ses prospérités passées, avait fait tant d’efforts pour le père, en fit autant pour le fils dans le temps même de ses revers. Huit vaisseaux de guerre, soixante et dix bâtiments de transport furent préparés à Dunkerque. (Mars 1708) Six mille hommes furent embarqués. Le comte de Gacé, depuis maréchal de Matignon^, commandait les troupes. Le chevalier de Forbin-Jansou^, l’un des plus grands hommes de mer, conduisait la flotte. La conjoncture paraissait favorable;
1. C’étaient les Anglais qui se montraient alors les ennemis les plus redoutables de Louis XIV ; une importante diversion en Ecosse devait jeter le trouble parmi les alliés. L’Angleterre rappellerait une partie de ses troupes; on en profiterait pour soulever les grandes cités des Pays-Bas, maintenant rançonnées avec dureté.
2. Les ennemis de Jacques II avaient souvent prétendu que son fils n’était qu’un enfant supposé.
3. MATiGNON(Charles-Auguste Goyon de Gagé de), maréchal en 1708, mort en 1729.
4. Claude de Forbin, né en 1656, mort en 1733, l’un des meilleurs et des plus intrépides marins du siècle, l’ami de Jean Bart, célèbre par son expédition de Siam, ses exploits sous Tourville, ses croisières dans l’Adriatique et la mer du Nord, venait d’être nommé comte et chef d’escadre.