‹ Sicle de Louis XIVChapitre 256 sur 447 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

il u’y avait en Ecosse que trois mille lioiimies de troupes réglées. L’Angleterre était dégarnie; scs soldais étaient occupés en Flandre sous le duc de iVlarlliorougli. Mais il fallait arriver, et les Anglais avaient en mer une flotte de près de cinquante vaisseaux de guerre. Cette entreprise fut entièrement semblable à celle que nous avons vue, en 1744, en faveur du petit-fils de Jacques II. Elle fut prévenue par les Anglais. Des contretemps la dérangèrent L Le ministère de Londres eut meme le temps de faire revenir douze bataillons de Flandre. On se saisit dans Édimbourg des hommes les plus suspects. Enfin le prétendant s’étant présenté aux côtes d’Ecosse, et n’ayant point vu les signaux convenus, tout ce que put faire le chevalier de Forbin, ce fut de le ramener à Dunkerque. Il sauva la flotte; mais tout le fruit de l’entreprise fut perdu. Il n’y eut que Matignon qui y gagna. Ayant ouvert les ordres de la cour en pleine mer, il y vit les provisions ^ de maréchal de France, récompense de ce qu’il voulut et qu’il ne put faire.

Quelques historiens ^ ont supposé que la reine Anne était d’intelligence avec son frère. C’est une trop grande simplicité de penser qu’elle invitât son compétiteur à la venir détrôner. On a confondu les temps ; on a cru qu’elle le favorisait alors, parce que depuis elle le regarda en secret comme son héritier. Mais qui peut jamais vouloir être chassé par son successeur?

Tandis que les affaires de la France devenaient de jour en jour plus mauvaises, le roi crut qu’en faisant paraître le duc de Bourgogne, son petit-fils, à la tête des armées de Flandre, la présence de l’héritier présomptif de la couronne ranimerait l’émulation qui commençait trop à se perdre. Ce prince, d’un esprit ferme et intrépide, était pieux, juste et philosophe. Il était fait pour commander à des sages. Elève de Fénelon, archevêque de Cambrai, il aimait ses devoirs; il aimait les hommes; il

1. Jacques III, en arrivant à Dunkerque pour s’embarquer, tomba malade de la rougeole ; puis une tempête fit perdre deux jours à l’escadre ; les Anglais arrivèrent en même temps que les Français dans le Forth; on n’osa pas se diriger vers Inverness, et on revint à Dunkerque (7 avril); Forbin avait dirigé les mouvements de la flotte avec beaucoup d’habileté ; néanmoins on lui adressa des reproches, et Forbin mécontent quitta le service.

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