CHAPITRE XXI
inulliplièrciiL Les régiments allaient où ils pouvaient, sans recevoir aucun ordre. 11 y eut même plus de (juaire mille hommes qui furent pris en chemin par l’armée ennemie à quelques milles du champ de bataille.
L’armée découragée se retira sans ordre sous Gand, sous Tournay, sous Ypres, et laissa tranquillement le prince Eugène, maître du terrain, assiéger Lille avec une armée moins nombreuse.
Mettre le siège devant une ville aussi grande et aussi fortifiée que Lille, sans être maître de Gand, sans pouvoir tirer ses convois que d’Ostende, sans les pouvoir conduire que par une chaussée étroite, au hasard d’être à tout moment surpris, c’est ce que l’Europe appela une action téméraire, mais que la mésintelligence et l’esprit d’incertitude qui régnaient dans l’armée française rendirent excusable ; c’est enfin ce que le succès justifia. Leurs grands convois, qui pouvaient être enlevés, ne le furent point. Les troupes qui les escortaient, et qui devaient être battues par un nombre supérieur, furent victorieuses. L’armée du duc de Bourgogne, qui pouvait attaquer les retranchements de l’armée ennemie encore imparfaits, ne les attaqua pasL (23 octobre 1708) Lille futprise, au grand étonnement de toute l’Europe, qui croyait le duc de Bourgogne plus en état d’assiéger Eugène et Marlborough, que ces généraux en état d’assiéger Lille. Le maréchal de Boufflers la défendit pendant près de quatre mois 2.
Les habitants s’accoutumèrent tellement au fracas du canon et à toutes les horreurs qui suivent un siège, qu’on donnait dans la ville des spectacles aussi fréquentés qu’en temps de paix, et qu’une bombe qui tomba près de la salle delà comédie n’interrompit point le spectacle.
fusion commençait à se mettre dans les troupes, on lui dit que, s’il voulait rester, il demeurerait bientôt seul dans la plaine : « Eh bien ! Messieurs, s’écria- » t-il, vous le voulez tous, il faut se » retirer! Aussi bien, ajouta-t-il en re- » gardant le duc de Bourgogne, il y a J) longtemps, Monseigneur, que vous » en avez envie ! » C’était un reproche injuste, car on ne pouvait douter du courage du duc de Bourgogne.
1. Berwick, qui avait rejoint l’armée française, ne s’entendit point avec Vendôme et déposa son commandement pour ne pas servir sous ses ordres. On s'avança jusqu’auprès de Mons-en- PuelleJ pour délivrer Lille et attaquer
les ennemis ; les divisions entre le duc de Bourgogne et Vendôme leur permirent de se retrancher de manière à ne pouvoir être forcés. Un corps français commandé par un général incapable, se fit battre par une troupe bien inférieure, qui escortait un convoi de munitions, envoyé d’Angleterre par la voie d’Ostende, etc.
2. Boufflers s’était dévoué avec la plus grande générosité ; il abandonna la cour, et vint se jeter dans la ville, qui était, il est vrai, la capitale de son gouvernement. Il défendit encore la citadelle jusqu’au 10 décembre; il en sortit, sur l’ordre de Louis XIV, avec les honneurs de la guerre.
Le maréchal de Boufflers avait mis si bon ordre à tout, que les l habifants de cette grande ville étaient tranquilles sur la foi de o ses fatigues. Sa défense lui mérita l’estime des ennemis, les : cœurs des citoyens et les récompenses du roi L Les historiens, ou plutôt les écrivains de Hollande qui ont affecté de le blâmer, auraient dû se souvenir que, quand on contredit la voix publique, . il faut avoir été témoin et témoin éclairé, ou prouver ce qu’on i avance 2.
Cependant l’armée, qui avait regardé faire le siège de Lille, se \ fondait peu à peu ; elle laissa prendre Gand, Bruges et tous ses ' postes l’un après l’autre. Peu de campagnes furent aussi fatales^. Les officiers attachés au duc de Vendôme reprochaient toutes ces fautes au conseil du duc de Bourgogne, et ce conseil rejetait tout sur le duc de Vendôme. Les esprits s’aigrissaient par le malheur. Les succès rapides des alliés enflaient le cœur de l’empereur Joseph. Despotique dans l’empire, maître de Landeau, il voyait le chemin de Paris presque ouvert par la prise de Lille. Déjà même un parti hollandais avait eu la hardiesse de pénétrer de Courtrai jusqu’auprès de Versailles, et avait enlevé sur le pont de Sèvres le premier écuyer du roi, croyant se saisir de la personne du dauphin, père du duc de Bourgogne*. La terreur était dans Paris.
1. Le roi le fit gouverneur perpétuel de Lille, et il fut nommé pair de France.
2. « Telle est l’histoire qu’un libraire, nommé Van-Duren, fit écrire par le jésuite La Motte, réfugié en Hollande sous le nom de La Hode, continuée par La Martinière ; le tout sur les prétendus Mémoires d’un comte de..., secrétaire d’Etat. Les Mémoires de de Maintcnon , encore plus remplis de mensonges, disent, tome IV, page 119, que les assiégeants jetaient des billets conçus en ces termes : « Rassurez-vous, » Français, la Maintenon ne sera pas » votre reine ; nous ne lèverons pas le B siège. — On croit, ajoute-t-il, que » Louis, dans la ferveur du plaisir que B lui donnait la certitude d’une vic- B toire inattendue, offrit ou promit le B trône à M“® de Maintenon. » Gomment, àsinslaferveur àQ l’impertinence, peut-on mettre sur le papier ces nouvelles et ces discours des halles? Comment cet insensé a-t-il pu pousser l’effronterie jusqu’à dire que le duc de Bourgogne trahit le roi son grand-père, et fit prendre Lille par le prince Eugène, de peur que M“® de Maintenon
ne fût déclarée reine?B (Note de Voltaire.)
3. « Ainsi finit, dit Berwick, cette B campagne d’autant plus malheureuse B qu’elle ne devait pas l’ètre; il fallait B pour la rendre telle, que nous fissions B sottises sur sottises, b — « Et voilà B où conduisit, ajoute Saint-Simon, B l’aveuglement des choix, l’orgueil de B tout faire, la vanité de choisir des B ministres et des capitaines tels qu’on B ne pût rien leur attribuer, pour ne B partager la réputation de grand avec B personne ; enfin toute cette façon de B gouverner qui précipita dans le péril B d’une perte entière cet homme pour B qui l’on épuisait le marbre et le B bronze, pour qui tout était à bout B d’encens, b
4. « Ce furent des officiers au service de Hollande qui firent ce coup hardi.
Presque tous étaient des Français que la révocation fatale de l’édit de^ Nantes avait forcés de choisir une nouvelle patrie; ils prirent la chaise du marquis de Béringhen pour celle du Dauphin, parce qu’elle avait l’écusson de France. L’ayant enlevé, ils le firent monter à