Voir le chapitre XXVII
4. Il mourut à cinquante-huit ans, d’une manière peu héroïque, des suites d’une indigestion.
VU, faisait encore redouter que l’Espagne, soutenue par le duc de Vendôme, ne retombât par sa perte.
Landrecies iie pouvait pas tenir longtemps. Il fut agité dans Versailles si le roi se retirerait à Chambord, sur la Loire C 11 dit au maréchal d’Harcourt qu’en cas d’un nouveau malheur, il convoquerait toute la noblesse de son royaume, qu’il la conduirait à l’ennemi, malgré son âge de soixante et quatorze ans,et qu’il périrait à la tête-.
Une faute que fit le prince Eugène délivra le roi et la France de tant d’inquiétudes^. On prétend que ses lignes étaient trop étendues; que le dépôt de ses magasins dans Marchiennes était trop éloigné; que le général Albemarle^, posté à Denain, entre Marchiennes et le camp du prince, n’était pas à portée d’être secouru assez tôt s’il était attaqué.
Ceux qui savent qu’un curé et un conseiller de Douai, nommé Le Fèvre d’Orval, se promenant ensemble vers ces quartiers, imaginèrent les premiers qu’on pouvait aisément attaquer Denain ^ et Marchiennes, serviront mieux à prouver par quels secrets et faibles ressorts les grandes affaires de ce monde sont souvent dirigées. Le Fèvre donna son avis à l’intendant de la province ; celui-ci, au maréchal de Montesquiou, qui commandait sous le maréchal de Villars ; le général l’approuva et
1. Le château de Chambord, sur le Cosson, à 15 kilomètres de Blois, commencé par François en 1526, sur les dessins du Primatice, n’a jamais été achevé. Les Valois y habitèrent ; Louis XIV y donna de belles fêtes, surtout en 1670.
2. Villars a raconté dans ses Mémoires la scène touchante qui se passa à Marly, quand il vint prendre congé du roi : « Vous voyez mon état, lui dit-il, Dieu me punit, je l’ai bien mérité, j’en souffrirai moins dans l’autre monde ! »
Puis il ajouta : « Je vous remets les forces et le salut de l’Etat. La fortune peut vous être contraire... Quel serait votre sentiment sur le parti que j’aurais à prendre pour ma personne?»
Gomme Villars gardait le silence :
« En attendant que vous me disiez votre pensée, je vous dirai la mienne. Je sais les raisonnements des courtisans :
presque tous veulent que je me retire à Blois, si mon armée était battue.
Pour moi, je sais que des armées aussi considérables ne sont jamais assez défaites pour que la plus grande partie de la mienne ne pût se retirer sur la Somme, rivière très-difficile à passer.
Je compterais aller à Péronne eu à Saint-Quentin, y ramasser tout ce que j’aurais de troupes, faire un dernier effort avec vous, et périr ensemble, ou sauver l’Etat. »
3. Les ennemis étaient partagés en trois corps ; le premier faisait le siège de Landrecies ; le second, sous Eugène couvrait le siège; le troisième, sous Albemarle, général anglais au service de la Hollande, occupait un camp retranché à Denain, sur l’Escaut, entre Valenciennes et Boir hain, pour assurer les convois, qui allaient des magasins de Marchiennes, sur la Scarpe, au camp de Landrecies. Des lignes faisaient communiquer à couvert Denain et Marchiennes; les alliés les appelaient le chemin de Paris.
4. Albemarle (Arnold-Just de Kepple, lord), né dans la Gueldre hollandaise en 1669, mort en 1718, chambellan de Guillaume III, avait été nommé par les Hollandais général de leur cavalerie.
5. Denain, peuplée de 9,000 habitants , au milieu d’an riche terrain houiller, sur l’Escaut, doit son origine à une abbaye fondée eu 764.