‹ Sicle de Louis XIVChapitre 285 sur 447 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

comte duc d’Oiivarès, premier ministre, ils se donnèrent à Louis XIII en 1640. On leur conserva tous leurs privilèges; ils lurent plutôt protégés que sujets. Ils rentrèrent sous la domination autrichienne en 1652, et, dans la guerre delà Succession, ils prirent le parti de rarchiduc Charles contre Philippe V. Leur opiniâtre résistance prouva que Philippe V, délivré même de son compétiteur, ne pouvait seul les réduire. Louis XIV, qui, dans les derniers temps de la guerre, n’avait pu fournir ni soldats ni vaisseaux à son petit-fils contre Charles, son concurrent, lui en envoya alors contre ses sujets révoltés. Une escadre française bloqua le port de Barcelone ; et le maréchal de Berwick l’assiégea par terre.

La reine d’Angleterre, plus fidèle à ses traités qu’aux intérêts de son pays, ne secourut point cette ville. Les Anglais en furent indignés ; ils se faisaient le reproche que s’étaient fait les Romains d’avoir laissé détruire Sagonte C L’empereur d’Allemagne promit de vains secours. Les assiégés se défendirent avec courage.

Ils arborèrent sur la brèche un drapeau noir, et soutinrent plus d’un assaut. Enfin les assiégeants ayant pénétré, les assiégés se battirent encore de rue en rue ; et, retirés dans la Villeneuve, tandis que l’ancienne était prise, ils demandèrent en capitulant qu’on leur conservât tous leurs privilèges (12 septembre 1714). Ils n’obtinrent que la vie et leurs biens La plupart de leurs privilèges leur furent ôtés; Philippe V avait traité plus rudement la petite ville de Xativa ^ dans le cours de la guerre : on l’avait détruite de fond en comble pour laire un exemple. Mais si fon rase une ville de peu d’importance, on n’en rase point une grande qui a un port de mer, et dont le maintien est utile à l’État.

Cette fureur des Catalans, qui ne les avait pas animés quand Ciiarles VI était parmi eux, et qui les transporta quand ils furent sans secours, fut la dernière flamme de l’incendie qui avait ravagé si longtemps la plus belle partie de l’Europe, pour le testament de Charles II, roi d’Espagne.

1. Sagonte, ville alliée des Romains, sur la côte orientale de l’Espagne, fut prise et détruite par Annibal ; ce fut le signal de la seconde guerre punique.

2. Ce grand siège avait coûté aux assiégeants dix mille morts ou blessés, Berwick empêcha Philippe V de souiller

cette victoire due aux armes de France ; il n’y eut pas d’échafauds.

3. « Cette ville de Xatina fut rasée en 1707, après la bataille d’Almanza. Philippe V ût bâtir sur ses ruines une autre ville, qu’on nomme à présent San-Felipr. » (Note de Voltaire.)

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