‹ Sicle de Louis XIVChapitre 305 sur 447 · chapitre: XXV · texte numérisé non relu

chapitre: XXV

Il est vrai que faire le procès du suriiUendant c’était accuser la mémoire du cardinal Mazarin. Les [)liis grandes dépréciations dans les finances étaient son ouvrage. Il s'était approprié en souverain plusieurs branches des revenus de l’État ^ Il avait traité en son nom et à son profit des munitions des armées. « Il imposait, dit Fouquet dans ses défenses^, par lettres de cachet, des sommes extraordinaires sur les généralités ce qui ne s’était jamais fait que par lui et pour lui, et ce qui est punissable de mort par les ordonnances. » C’est ainsi que le cardinal avait amassé des biens immenses, que lui-même ne connaissait plus^.

J’ai entendu conter à feu M. de Caumartin, intendant des finances, que dans sa jeunesse, quelques années après la mort du cardinal, il avait été au palais Mazarin, où logeaient le duc son héritier et la duchesse Hortense ^ ; qu’il y vit une grande armoire de marqueterie, fort profonde, qui tenait du haut jusqu’en bas tout le fond d’un cabinet. Les clefs en avaient été perdues depuis longtemps, et l’on avait négligé d’ouvrir les tiroirs. M. de Caumartin, étonné de cette négligence, dit à la duchesse de Mazarin qu’on trouverait peut-être des curiosités dans cette armoire. On l’ouvrit : elle était toute remplie de quadruples, de jetons et de médailles d’or. M°^® de Mazarin en jeta au peuple des poignées par les fenêtres pendant plus de huit jours ^

L’abus que le cardinal Mazarin avait fait de sa puissance despotique ne justifiait pas le surintendant ; mais l’irrégularité des procédures faites contre lui, la longueur de son procès"^, l’achar-

la procès qu’il faisait, dans la personne de Fouquet, au désordre et à la dilapidation des deniers de l’Etat.

1. L’accusation imputait à Fouquet deux crimes principaux ; le crime de péculat était d’une notoriété éclatant, et scandaleuse ; le crime de lèse-majesté résultait d’un projet de révolte qu’il avait rédigé, en 1657 et 1658, quand il craignait d’être arrêté par l’ordre de Mazarin. Les détails révélés de nos jours prouvent que Fouquet n’avait pas renoncé à ce projet et qu’il avait au contraire persévéré dans son système de prévoyances coupables, qui dénotent autant d’intrigue que d’audace.

2. Le Recueil des Défenses de M. Fouquet fut imprimé en Hollande par les Elzevier, 1665-1667, 15 volumes in-12, malgré les menaces de Colbert.

3. La France était alo.s divisée, pour l’administration financière, en 27 généralités ; à la tète de chacune était un intendant chargé de réunir les revenus

des contributions directes (tailles, etc.) et indirectes (aides, gabelles, etc.).

4. La fortune laissée par Mazarin n’a jamais pu être évaluée, même approximativement. « Le cardinal, dit Choisy, » défendit, dans son testament, qu’on fit » inventaire de scs ellets, assurément » dans la pensée qu’il avait que le pu- » blic n’en fût scandalisé. »

5. Mazarin, avant de mourir, maria sa nièce, Hortense Mancini, au duc de la Meilleraye, à la condition qu’il prendrait le nom et les armes de Mazarin ; ils héritèrent de la plus grande partie de sa fortune et particulièrement du palais Mazarin que le cardinal avait fait construire en face du Palais-Royal, et où il avait accumulé tant de richesses et d’objets d’art ; c’est maintenant la Bibliothèque nationale.

6. J’ai retrouvé depuis cette même particularité dans Saint - Evremond.

(Note de Voltaire.)

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