CHAPITRE XXVI
d’im cilico, marcher pieds nus, jeûner ri{^oureusement, chanter la nuit au cliœur dans une langue inconnue, tout cela ne rebuta point la délicatesse dïine femme accoutumée à tant de gloire, de mollesse et de plaisirs. Elle vécut dans ces austérilés depuis 1675 jusqu’en 1710, sous le nom seul de sœur Louise de la Miséricorde. Un roi qui punirait ainsi une femme coupable serait un tyran ; et c’est ainsi que tant de femmes se sont punies d’avoir aimé.
On sait que, quand on annonça à Sœur Louise de la Miséricorde la mort du duc de Vermandois^, qu’elle avait eu du roi, elle dit : « Je dois pleurer sa naissance encore plus que sa mort. » Il lui resta une fille, qui fut de tous les enfants du roi la plus ressemblante à son père, et qui épousa le prince Armand de Conti, neveu du grand Coudé
Cependant la marquise de Montespan jouissait de sa faveur avec autant d’éclat et d’empire que M“° de La Vallière avait eu de modestie.
Tandis que M“® de La Vallière et de Montespan se disputaient encore la première place dans le cœur du roi, toute la cour était occupée d’intrigues. Mademoiselle^, après avoir refusé tant de souverains, après avoir eu l’espérance d’épouser Louis XIV voulut faire à quarante-quatre ans la fortune d’un gentilhomme. Elle obtint la permission d’épouser Péguilin, du nom de Gaumont, comte de Lauzun®, le dernier qui fut capitaine d’une des deux compagnies des cent gentilshommes au bcc-decorbin®, qui ne subsistent plus, et le premier pour qui le roi avait créé la charge de colonel-général des dragons'^.
1. Louis de Bourbon, comte de Vermandois, né le 2 octobre 1667, mourut en 1683. C’est à Bossuet que M“e de La Vallière adressa celte belle parole ; suivant M®® de Caylus, elle aurait dit alors :« C’est trop pleurer la mort d’un fils dont je n'ai pas encore pleuré la naissance. »
2. C’est Marie-Anne de Bourbon, nommée Mademoiselle de Blois, née en 1666.
3. Anne-Marie-Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier, fille de Gaston d’Orléans (16:17-1693), dont il a été souvent parlé dans cette histoire.
4. Elle se crut longtemps destinée à épouser Louis XIV, et ensuite Monsieur : il iut question de la marier au comte de Soissons , tué à la Marfée (1641); au cardinal-infant, gouverneur des Pays-Bas; à Philippe IV, à l’Em-
pereur, à Charles Stuart, à M. le duc, fils du grand Condé, au duo de Lorraine, au duc de Savoie et au roi do Portugal. Voir la page 58.