‹ Sicle de Louis XIVChapitre 322 sur 447 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Atliéiiaïs de Mortcmarl., lenmic du nuuajuis de IMoidcspan, sa sœur aînée, la marquise de Tliianges, el sa cadette, pour qui elle obtint l’abbaye de Fontevrault, étaient les plus belles femmes de leur temps; et toutes trois joignaient à cet avantage des agréments singuliers dans l’esprit^. Le duc de Vivonne, leur frère, maréchal de France, était aussi un des hommes de la cour qui avaient le plus de goût et de lecture. C’était lui à qui le roi disait un jour : « Mais à quoi sert de lire ? » Le duc de Vivonne, qui qui avait de l’embonpoint et de belles couleurs, répondit : « La lecture fait à l’esprit ce que vos perdrix font à mes joues. »

Ces quatre personnes plaisaient universellement par un tour singulier de conversation mêlée de plaisanterie, de naïveté et de finesse, qu’on appelait l’esprit des Mortemart. Elles écrivaient toutes avec une légèreté et une grâce parliculière. On vait par là combien est ridicule ce conte que j’ai entendu encore renouveler, que de Montespan était obligée de faire écrire scs lettres au roi par Scarron, et que c’est là ce qui en fit sa rivale et sa rivale heureuse.

Scarron, depuis de Maintenon, avait, à la vérité, plus de lumières acquises par la lecture; sa conversation était plus douce, plus insinuante. Il y a des lettres d’elle où l’art embellit le naturel, et dont le style est très-élégant. Mais de Montespan n’avait besoin d’emprunter l’esprit de personne ; et elle fut longtemps favorite avant que M“^® de Maintenon lui fût présentée.

Le triomphe de M“^® de Montespan éclata au voyage que le roi ht en Flandre en 1670. La ruine des Hollandais fut préparée dans ce voyage au milieu des plaisirs : ce fut une fête continuelle dans l’appareil le plus pompeux.

Le roi, qui tittous ses voyages de guerre à cheval, fit celui-ci pour la première fois dans un carrosse à glaces; les chaises de poste n’étaient point encore inventées. La reine. Madame, sa l3elie sœur, la marquise de Montespan, étaient dans cet équipage superbe, suivi de beaucoup d’autres : et quand M°^® de Montespan allait seule, elle avait quatre gardes du corps aux portières de son carrosse. Le dauphin arriva ensuite avec sa cour, Mademoi-

duc de Mortemart, elle était née en 1641, porta d’abord le nom de de Tonnay-Charente , et fut mariée en 1063 à Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan, dont elle eut un fils, qui fut le duc d’Antin.

l. « C’était le centre de l’esprit, dit

Saint-Simon, et d’un tour si particulier, si délicat, si fin, mais toujours si naturel et si agréable qu’il se faisait distinguer à son caractère unique, et qu’on le reconnaîtrait encore entre mille personnes, au milieu des conversations les plus communes. »

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selle avec la sienne : c’était avant la fatale aventure de son ma- f riage ; elle partageait en paix tous ces triomphes, et voyait avec complaisance son amant, favori du roi, à la tête de sa compagnie! des gardes ^ On faisait porter dans les villes où l’on coucliait' les plus beaux meubles de la couronne. On trouvait dans chaque ville un bal masqué ou paré, ou des feux d’artifice. Toute la maison ■ de guerre accompagnait le roi, et toute la maison de service précédait ou suivait. Les tables étaient tenues comme à Saint-Ger- l main 2. La cour visita dans cette pompe toutes les villes conqui- I ses. Les principales dames de Bruxelles, de Gand, venaient voir . cette magnificence. Le roi les invitait à sa table; il leur faisait des présents pleins de galanterie. Tous les officiers des troupes en garnison recevaient dos gratifications. Il en coûta plusieurs fois cent louis d’or par jour en libéralités.

Tous les honneurs, tous les hommages étaient pour de Montespan, excepté ce que le devoir donnait à la reine. Cependant cette dame n’était pas du secret. Le roi savait distinguer les affaires d’État des plaisirs ^ .

Madame, chargée seule de Tunion des deux rois et de la destruction de la Hollande, s’embarqua à Dunkerque sur la flotte du roi d’Angleterre, Charles II, son frère, avec une partie de la cour de France. Elle menait avec elle M^^e de Kéroual, depuis duchesse de Portsmouth \ dont la beauté égalait celle M°^® de Mon- | tespan. Elle fut depuis en Angleterre ce que M“® de Montespan était en France, mais, avec plus de crédit. Le roi Charles fut gouverné par elle jusqu’au dernier moment de sa vie. Jamais femme n’a conservé plus longtemps sa beauté ; nous lui avons vu, à l’âge près de soixante-dix ans, une figure encore noble et agréable, que les années n’avaient point flétrie.

Madame alla voir son frère à Cantorbéry, et revint avec la gloire du succès^. Elle en jouissait, lorsqu’une mort subite et

1. Louis XIV avait même donné à Lauzun le commandement de toutes les troupes réunies avec la patente de général d’armée. Quand on voyait passer la reine, Madame et la marquise de Montespan dans le même carrosse, le peuple s’écriait : « Voilà les trois reines. »

2. Saint-Germain, sur une colline près de la rive gauche de la Seine, célèbre par sa forêt et son château, fondé en 1370 par Charles V, agrandi par François I", Henri IV, Louis XIll et Louis XIV. Louis y était né; c’était,

avant Versailles, l’un des séjours habituels de la cour.

3. M“® de Montespan assista souvent au conseil, prit part aux affaires; elle eut même ses gardes, afficha un luxe effréné et prodigua autour d'elle l’or et les faveurs.

4. Louise de Kerhouent, duchesse de Portsmouth , exerça bientôt un immense empire sur l’esprit de Charles II ; elle reçut de Louis XIV beaucoup d’argent, pour soutenir les intérêts de la politique française.

5. Voir pour ces négociations aux pages 112, 1 13, et aux notes.

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