CHAPITRE XXVII
secret qu’elle acquérait tous les jours, sc conduisait avec cet art qui est si naturel aux femmes, et qui ne déplaît pas aux hommes^ Elle écrivit un jour à de Frontenac, sa cousine, en qui elle avait une entière confiance : « Je le renvoie toujours affligé, et jamais désespéré. » Dans ce temps où sa faveur croissait, où de Montespan touchait à sa chute, ces deux rivales se voyaient tous les jours, tantôt avec une aigreur secrète 2, tantôt avec une confiance passagère, que la nécessité de se parler et la lassitude de la contrainte mettaient quelquefois dans leurs entretiens Elles convinrent de faire, chacune de leur côté, des Mémoires de tout ce qui se passait à la cour. L’ouvrage ne fut pas poussé fort loin. de Montespan se plaisait à lire quelque chose de ses Mémoires à ses amis, dans les dernières années de sa vie. Cette situation embarrassante subsista jusqu’en 1685, année mémorable par la révocation de l’édit de Nantes. On voyait alors des scènes bien différentes : d’un côté, le désespoir et la fuite d’une partie de la nation; de l’autre, de nouvelles fêtes à Versailles; Trianon et Marly bâtis; la nature forcée dans tous ces lieux de délices, et des jardins où l’art était épuisé. Le mariage du petit-fils du grand Condé avec Mademoiselle de Nantes, fille du roi et de M°^® de Montespan'^, fut le dernier triomphe de cette maîtresse, qui commençait à se retirer de la cour.
Le roi maria depuis deux enfants qu’il avait eus d’elle : Ma-
conjugal,' et obtenir qu’il reportât vers la reine des soins qui n’étaient dus qu’à elle.
1. Comme l’écrivait M“»« de Sévigné (17 juillet 1680), a elle lui fait connaître un pays tout nouveau, je veux dire le commerce de l’amitié et de la conversation, sans chicane et sans contrainte ; il en paraît charmé. »
2. L’aigreur n’était pas toujours secrète : tt Elle s’est déchaînée contre • moi selon sa coutume, écrit M®« de » Maintenon ; cependant elle a promis » de bien vivre avec moi. Pour son » honneur, elle devrait au moins sauver » les apparences. » — « Je m’étais » flattée que M"*« de Montespan cesses rait de me persécuter... Elle n’a rien » oublié pour me nuire. Mon Dieu, » que votre volonté soit faite ! Elle vint » hier chez moi, et m’accabla de re- » proches ; le roi nous surprit au mi- » lieu d’une conversation qui a mieux » fini qu’elle n’a commencé. »