CHAPITRE XXVII
Cepeadant il est prouvé par des lettres mêmes de Madame de Maintenon, qu’elle dut h Madame de Montospan ce léger secours qui la tirade la misère. On se ressouvint d’elle quelques années après, lorsqu’il fallut élever en secret le duc du Maine, que le roi avait eu en 1G70 de la marquise de Montespan. Ce ne fut certainement qu’en 1G72 qu’elle fut choisie pour présider à cette éducation secrète.
Le duc du Maine était né avec un pied difforme. Le premier médecin, d’Aquin, qui était dans la confidence, jugea qu’il fallait envoyer l’enfant aux eaux de Baréges. On chercha une personne de confiance^, qui pût se charger de ce dépôt Le roi se souvint de madame Scarron. M. de Louvois alla secrètement à Paris lui proposer ce voyage. Elle eut soin depuis ce temps-là de l’éducation du duc de Maine, nommée à cet emploi par le roi, et non point par madame de Montespan, commeon l’a dit. Elle écrivait au roi directement ; ses lettres plurent beaucoup. Voilà l’origine de sa fortune ; son mérite fit tout le reste.
Le roi, qui ne pouvait d’abord s’accoutumer à elle passa de l’aversion à la confiance, et de la confiance à l’amour. Les lettres que nous avons d’elle sont un monument bien plus précieux qu’on ne pense : elles découvrent ce mélange de* dignité et de faiblesse, qui se trouve si souvent dans le cœur humain, et qui était dans celui de Louis XIV.
Ce commerce étrange de tendresse et de scrupule de la part du roi, d’ambition et de dévotion de la part de la nouvelle maîtresse, paraît durer depuis 1G81 jusqu’à 1G8G, qui tut l’époque de leur mariage.
Son élévation ne fut pour elle qu’une retraite^. Renfermée dans son appartement, qui était de plain-pied celui du roi, elle se bornait à une société de deux ou trois dames retirées comme elle; encore les voyait-elle rarement. Le roi venait tous les jours chez elle après son dîner, avant et après le souper, et
1. On n’eut pas besoin de chercher une personne de confiance , puisque
Scarron était chargée d’élever les enfants depuis 1670 ; au commencement de 1674, elle conduisit à un célèbre médecin d’Anvers le due du Maine, dont une jambe s’était raccourcie après de violentes convulsions. A son retour, elle s’établit à Versailles avec les enfants. En 1675, elle conduisit le jeune prince aux eaux de Baréges.
2. « L’auteur du roman des Mémoires de de Maintenon lui fait dire à la vue du château Trompette : «Voilà où
• j’ai été élevée, etc. » Cela est évidemment faux; elle avait été élevée à Niort. » (Note de Voltaire.)
3. « Je déplaisais fort au roi dans les commencements, dit-elle, il me regardait comme un bel esprit à qui il tallait des choses sublimes, et qui était très-difficile à tous égards. »
4. Comme elle n’avait pas de rang public et avoué, il lui était difficile de vivre habituellement au milieu de l’étiquette de Versailles.