Voir plus haut, page 3615^ note
2. Depuis PAèrfre (1677), Racine avait abandonné le théâtre. 11 avait été blessé des censures injustes et amères de ses ennemis ; Boileau avait dû le consoler et le soutenir après son Iphigénie. Plus tard la cabale de la duchesse de Bouillon et du duc de Nevers lui opposèrent avec éclat la Phèdre de Pradon. La sensibilité excessive du poète fut sans doute blessée, mais les scrupules religieux furent la principale cause de son éloignement du théâtre. 11 voulut d’abord s’ensevelir dans une chartreuse pour expier ce qu’il appelait ses crimes. Louis XIV l’empêcha d’abandonner complètement les lettres, en le nommant son historiographe avec Boileau.
3. Les élèves de Saint-Cyr avaient déjà joué Andromaque, mais avec un
feu, une passion, qui parut dangereuse à M®® de Maintenon.
4. Aux représentations à! Esther, le roi faisait une liste comme pour les voyages de Marly. 11 se plaçait à la porte, la liste dans une main, et de l’autre, levant sa canne, comme pour former une barrière, il restait là jusqu’à ce que tous les invités fussent entrés. Une représentation fut destinée au P. La Chaise, à des prélats, à des jésuites, à M“® de Miramion et à ses religieuses, « Aujourd’hui, disait M“® de Maintenon, on ne jouera que pour les saints. »
b. Athalie fut jouée sans costumes et sans décorations devant le roi seulement et quelques personnes choisies.
Quand la pièce fut imprimée, elle fut peu appréciée, et tomba sans bruit à la ville comme à la cour.
d’Adelaïde de Savoie, duchesse de Bourgogne, amenée en France à Fàge de onze ans.
C’est une des contradictions de nos mœurs, que d’un côté on ait laissé un reste d’infamie attaché aux spectacles publics, et que de l’autre on ait regardé ces représentations comme l’exercice le plus noble et le plus digne des personnes royales K On éleva un petit théâtre dans l’appartement de madame de Maintenon. La duchesse de Bourgogne, le duc d’Orléans y jouaient avec les personnes de la cour qui avaient le plus de talent. Le fameux acteur Baron leur donnait des leçons et jouait avec eux. La plupart des tragédies de Duché valet de chambre du roi, furent composées pour ce théâtre; et l’abbé Genest^, aumônier de la duchesse d’Orléans, en faisait pour la duchesse du Maine, que cette princesse et sa cour représentaient.
Ces occupations formaient l’esprit et animaient la société^.
Aucun de ceux qui ont trop censuré Louis XIV ne peut disconvenir qu’il ne fût, jusqu’à la journée d’Hochstedt^, le seul puissant, le seul magnifique, le seul grand, presque en tout genre. Car, quoiqu’il y eût des héros, comme Jean Sobieski, et des rois de Suède®, qui effaçassent en lui le guerrier, personne n’effaça
1. La contradiction n’est pas aussi grande que le dit Voltaire. On sent toute la différence qui existe entre certains spectacles publics et des pièces choisies, comme Esther et Athalie, représentées dans une maison comme Saint-Gyr, en présence d’une pareille assemblée. Au reste, ces représentations elles-mêmes éveillèrent les scrupules de quelques pieux personnages, comme l’évêque de Chartres, le curé de Notre- Dame de Versailles, etc. ; et de Maintenon s’arrêta dans cette voie.
2. Duché de vancy fit pour la cour quelques tragédies tirées de l’Ecriture, à l’exemple de Racine, non avec le même succès. L’opéra à! Iphigénie en Tauride est son meilleur ouvrage...
M™® de Maintenon fit la fortune de cet auteur ; elle le recommanda si fortement à M. dePontchartrain, secrétaire d'Etat, que ce ministre, prenant Duché pour un homme considérable, alla lui rendre visite. Duché, homme alors très-obscur voyant entrer chez lui un secrétaire d’Etat, crut qu’on allait le conduire à la Bastille. Mort en i704. (Voltaire).
3 Genest (Charles-Claude), né en 1633, philosophe et poète. Sa tragédie de Pénélope a encore du succès sur le théâtre, et c’est la seule de ses pièces qui s’y soit conservée. Son laborieux
ouvrage de la Philosophie de DescarteSj en rimes plutôt qu’en vers, signala plus sa patience que son génie. Il eut part aux bienfaits de Louis XIV. Mort en 1710. (Voltaire.)
4. « Comment le marquis de La Fare peut-il dire dans ses Mémoires que a depuis la mort de Madame ce ne fut » que jeu, confusion et impolitesse? »
On jouait beaucoup dans les voyages de Marly et de Fontainebleau, mais jamais chez Mme de Maintenon; et la cour fut en tout temps le modèle de la plus parfaite politesse. La duchesse d’Orléans, alors duchesse de Chartres, la princesse de Conti, Madame la Duchesse démentaient bien ce que le marquis de La Fare avance. Cet homme qui dans le commerce était de la plus grande indulgence, n’a presque écrit qu’une satire. 11 était mécontent du gouvernement ; il passait sa vie dans une société qui se faisait un mérite de condamner la cour ; et cette société fit d’un homme très-aimable un historien quelquefois injuste. » (Note de Voltaire.)