L’auteur des Mémoires de J/"*' de
Maintenons tome IV, dans un chapitre intitulé : Mademoiselle Choin, dit que O Monseigneur fut amoureux d’une de B ses propres sœurs, et qu’il épousa en- B suite M^^® Choin. b Ces contes populaires sont reconnus pour faux chez tous les honnêtes gens. 11 faudrait être nonseulement contemporain, mais être muni de preuves, pour avancer de telles anecdotes. 11 n’y a jamais eu le moindre indice que Monseigneur eût épousé M”« Choin. Renouveler ainsi, au bout de soixante ans, des bruits de ville si vagues, si peu vraisemblables, si décriés, ce n’est point écrire l’histoire c’est compiler au hasard des scandales pour gagner de l’argent. Sur quel fondement cet écrivain a-t-il le front d’avancer, page 244, que M“® la duchesse de Bourgogne dit au prince son époux : « Si j’étais morte, auriez vous fait le troisième tome de votre famille ? » Il fait parler Louis XIV, tous lesprinces, tous les ministres, comme s’il les avait écoutés. On trouve peu de pages dans ces Mémoires qui ne soient remplies de ces mensonges hardis qui soulèvent tons les honnêtes gens, b (Note de Voltaire). — Malgré les dénégations de Voltaire, il est à croire que le mariage du Dauphin avec M"« Choin exista, mais demeura secret. Des lettres con -
an après que nous eûmes perdu son fils, nous vîmes son petitfils, le Dauphin, duc de Bourgogne, la Dauphine sa femme, leur fils aîné, le duc de Bretagne, portés à Saint-Denis au même tombeau, au mois d’avril 1712^ : tandis que le dernier de leurs enfants, monté depuis sur le trône, était dans son berceau aux portes de la mort. Le duc de Berri, frère du duc de Bourgogne, les suivit deux ans après ; et sa fille, dans le même temps, passa du berceau au cercueil.
Ce temps de désolation laissa dans les cœurs une impression si profonde, que, dans la minorité de Louis XV, j’ai vu plusieurs personnes qui ne parlaient de ces pertes qu’en versant des larmes. Le plus à plaindre de tous les hommes, au milieu de tant de mort précipitées, était celui qui semblait devoir liériter bientôt du royaume.
Ces mêmes soupçons qu’on avait eus à la mort de Madame et à celle de Marie-Louise, reine d’Espagne, se réveillèrent avec une fureur singulière. L’excès de la douleur publique aurait presque excusé la calomnie, si elle avait été excusable. Il y avait du délire à penser qu’on eût pu faire périr par un crime tant de personnes royales, en laissant vivre le seul qui pouvait les venger. La maladie qui emporta le Dauphin, duc de Bourgogne, sa femme et son fils, était une rougeole pourprée épidémique. Ce mal fit périr à Paris, en moins d’un mois, plus de cinq cents personnes. M. le duc de Bourbon, petit-fils du prince de Condé, le duc de La Trimouille, M^® de La Yrillière, M“^® de Listenois, en furent attaqués à la cour. Le marquis de Gondrin, fils du duc d’Antin, en mourut en deux jours. Sa femme, depuis comtesse de Toulouse, fut à l’agonie. Cette maladie parcourut toute la France. Elle fit périr en Lorraine les aînés de ce duc de Lorraine, François^, destiné à être un jour Empereur et à relever la maison d’Autriche.
Cependant ce fut assez qu’un médecin, nommé Boudin, homme de plaisir, hardi et ignorant, eût proféré ces paroles : « Nous n’entendons rien à de pareilles maladies : » c’en fut assez, dis-je, pour que la calomnie n’eût point de frein.
Philippe, duc d’Orléans, neveu de Louis XIV, avait un laboratoire, et étudiait la chimie, ainsi que beaucoup d’autres arts : c’était une preuve sans réplique. Le cri public était affreux ; il
fidentielles du Dauphin à de Maintenon (1694) semblent le prouver.
1. La duchesse de Bourgogne mourut le 12 février 1712; son mari le 18
au matin, à trente ans ; le duc de Bretagne le 8 mars.
2. François de Lorraine, époux de Marie-Thérèse d’Autriche, fut nommé Empereur en 1745.