‹ Sicle de Louis XIVChapitre 344 sur 447 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

faut en avoir été témoin pour le croire ^ Plusieurs écrits et quelques malheureuses histoires de Louis XIV éterniseraient les soupçons, si des hommes instruits ne prenaient soin de les détruire. J’ose dire que frappé de tout temps de l’injustice des hommes, j’ai fait bien des recherches pour savoir la vérité. Voici ce que m’a répété plusieurs fois le marquis de Canillac l’un des plus honnêtes hommes du royaume, intimement attaché à ce prince soupçonné, dont il eut depuis beaucoup à se plaindre. Le marquis de Canillac, au milieu de cette clameur publique, va le voir dans son palais. Il le trouve étendu à terre, versant des larmes, aliéné par le désespoir. Son chimiste, Homberg, court se rendre à la Bastille, pour se constituer prisonnier, mais on n’avait point d’ordre de le recevoir; on le refuse. Le prince (qui le croirait?) demande lui-même, dans l’excès de sa douleur, à être mis en prison; il veut que des formes juridiques éclaircissent son innocence; sa mère demande avec lui cette justification cruelle. La lettre de cachet s’expédie: mais elle n’est point signée; et le marquis de Canillac, dans cette émotion d’esprit, conserva seul assez de sang-froid pour sentir les conséquences d’une démarche si désespérée. Il ht que la mère du prince s’opposa à celte lettre de cachet ignominieuse. Le monarque qui l’accordait, et son neveu qui la demandait, étaient également malheureux^.

1. Ce n’était pas la seule raison des soupçons, bien mal fondés, il est vrai. I/ambition de Philippe d’Orléans n’était pas moins accusée que ses mœurs ; Louis XIV était irrité de ses bravades d’impiété, et appelait son neveu, un fanfaron de crimes. Les médecins et les chirurgiens étaient partagés sur la question du poison. Aussi la multitude voulait-elle déchirer le duc d’Orléans, le jour des funérailles.

2. Sans vouloir récuser les affirmations du marquis de Canillac, remarquons que beaucoup, notamment Saint- Simon, n’avaient pas la même bonne opinion de lui que Voltaire.

3. a L’auteur de la Vie du duc d’Orléans est le premier qui ait parlé de ces soupçons atroces : c’était un jésuite nommé La Motte, le même qui prêcha à Rouen contre ce prince pendant sa régence, et qui se réfugia ensuite en Hollande sous le nom de La Hode. Il était instruit de quelques faits publics. 11 dit, tome P'', page 112, que « le » prince, si injustement soupçonné, » demanda à se constituer prisonnier ; »

ce fait est très-vrai, ce jésuite n’était pas à portée de savoir comment M. de

Canillac s’opposa à cette démarche trop injurieuse à l’innocence du prince.

Toutes les autres anecdotes qu’il rapporte sont fausses. Reboulet, qui Ta copié, dit après lui, page 143, tome VIII, que « le dernier enfant du duc et de la » duchesse de Bourgogne fut sauvé par » du contre-poison de Venise. » Il n’y a point de contre-poison de Venise qu’on donne ainsi au hasard. La médecine ne connaît point d’antidotes généraux qui puissent guérir un mal dont on ne connait point la source. Tous les contes qu’on a répandus dans le public en ces temps malheureux ne sont qu’un amas d’erreurs populaires.

» C’est une fausseté de peu de conséquence dans le compilateur des Mémoires de de Maintenon, de dire que « le duc du Maine fut alors à l’a- » gonie; » c’est une calomnie puérile de dire que a l’auteur du Siècle de » Louis XIV accrédite ces bruits plus » qu’il ne les détruit. »

» Jamais l’histoire n’a été déshonorée par de plus absurdes mensonges, que dans ces prétendus Mémoires. L’auteur feint de les écrire en 1733. 11 s’avise d’imaginer que le duc et ’a duchesse de

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