‹ Sicle de Louis XIVChapitre 346 sur 447 · CHAPITRE XXVllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVllI

fut eiiregislré sans aucune remontrance en 17 14 ^ Il crut surtout pouvoir établir pour deux de ses enfants ce qu’il avait fait passer au Parlement, sans opposition pour les princes de la maison de Lorraine. Il égala ensuite le rang de ses bâtards à celui des princes du sang, en 1715. Le procès que les princes du sang intentèrent depuis aux princes légitimés est connu. Ceux-ci ont conservé pour leur personne et pour leurs enfants les honneurs donnés par Louis XIV Ce qui regarde leur postérité dépendra du temps, du mérite et de la fortune.

Louis XIV fut attaqué, vers le milieu du mois d’auguste 1815, au retour de Marly, de la maladie qui termina ses jours. Ses jambes s’enllèrent ; la gangrène commença à se manifester. Le comte de Stair, ambassadeur d’Angleterre, paria, selon le génie de sa nation, que le roi ne passerait pas le mois de septembre^. Le Duc d’Orléans, qui, au voyage de Marly, avait été absolument seul, eut alors toute la cour auprès de sa personne. Un empirique, dans les derniers jours de la maladie du roi, lui donna un élixir qui ranima ses forces. Il mangea, et l’empirique assura qu’il guérirait. La foule qui entourait le duc d’Orléans diminua dans le moment. « Si le roi mange une seconde fois, dit le duc d’Orléans, nous n’aurons plus personne. » Mais la maladie était mortelle. Les mesures étaient prises pour donner la régence absolue au duc d’Orléans^. Le roi ne la lui avait laissée que trèslimitée par son testament déposé au Parlement, ou plutôt il ne l’avait établi que chef d’un conseil de régence, dans lequel il n’aurait eu que la voix prépondérante. Cependant il lui dit :

1. Louis XIV avait d’abord légitimé le duc du Maine et son frère, le comte de Toulouse, par des actes exceptionnels où le nom de leur mère n’était pas mentionné. Il les avait comblés de charges, de gouvernements, de commandements considérables; en 1694, il leur avait donné rang immédiatement après les princes du sang. En 1711 il les admit aux honneurs des princes du sang; un édit de juillet 1714 les déclara aptes à succéder à la couronne après les princes du sang; Enfin, en mai 1715, la qualité de prince du sang leur fut formellement attribuée.

2. Ceci n’est pas exact. Pendant la régence, les princes légitimés perdirent le droit de succéder à la couronne et le titre de princes du sang; ils furent réduits à leur rang de pairs de France (2 juillet 1717); seulement on leur laissa pour leur vie les honneurs de princes du sang.

3. Saint-Simon parle aussi de ces paris, mais d’une manière différente. Le roi se faisait lire habituellement les gazettes de Hollande par Torcy. Un jour, celui-ci rencontra ces paris à l’article de Londres ; il s’arrêta, balbutia et les sauta. Le roi voulut savoir ce qu’il passait; il ne fit pas semblant d’en être touché, mais il le fut profondément. Saint-Simon ajoute : « 11 so répandit qu\in aide de camp de Stairs, retourné depuis peu en Angleterre, avait donné occasion à ces paris, par ce qu’il avait publié de la santé du roi. Stairs, à qui cela revint, s’en montra fort peiné, et dit que c’était un fripon qu’il avait chassé. »

4. Par les amis du duc d’Orléans et par les principaux courtisans, qui avaient voulu se donner le mériie de ne pas attendre l’événement et avaient assuré Philippe de leur concours.

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((Je vous ai conservé tous les droits que vous donne votre nais- j sance^. » C’est qu’il ne croyait pas qu’il y eût de loi fondamen- j taie qui donnât, dans une minorité, un pouvoir sans bornes à l’héritier présomptif du royaume Cette autorité suprême, dont I ou peut abuser, est dangereuse ; mais l’autorité partagée l’est encore davantage. Il crut qu’ayant été si bien obéi pendant sa vie, il le serait après sa mort, et ne se souvenait pas qu’on avait cassé le testament de son père®.

(1®^ septembre 1715) D’ailleurs personne n’ignore avec quelle grandeur d’âme il vit approcher la mort, disant à de Maintenon : « J’avais cru qu’il était plus difficile de mourir ; » et à ses domestiques : (( Pourquoi pleurez-vous? m’avez- vous cru immortel? » donnant tranquillement ses ordres sur beaucoup de choses, et même sur sa pompe funèbre. Quiconque a beaucoup de témoins de sa mort, meurt toujours avec courage. Louis XIII, dans sa dernière maladie, avait mis en musique le De profundis qu’on devait chanter pour lui. Le courage d’esprit avec lequel LouisXlV vit sa fin fut dépouillé de cette ostentation répandue sur toute sa vie^. Ce courage alla jusqu’à avouer ses fautes. Son successeur a toujours conservé écrites au chevet de son lit les paroles remarquables que ce monarque lui dit, en le tenant sur son lit entre ses bras. Ces paroles ne sont point telles qu’elles sont rapportées dans toutes les histoires. Les voici fidèlement copiées :

(( Vous allez être bientôt roi d’un grand royaume. Ce que je vous recommande plus fortement est de n’oublier jamais les obligations que vous avez à Dieu. Souvenez- vous que vous lui devez tout ce que vous êtes. Tâchez de conserver la paix avec vos voisins. J’ai trop aimé la guerre ; ne m’imitez pas en cela, non plus que dans les trop grandes dépenses que j’ai faites. Prenez conseil

1 . « Les Mémoires de Mme de Maintenon, tome V, page 194, disent que Louis XIV voulut faire le duc du Maine lieutenant général du royaume. Il faut avoir des garants authentiques pour avancer une chose aussi extraordinaire et aussi importante. Le duc du Maine eût été au-dessus du duc d’Orléans; c’eût été tout bouleverser : aussi le fait est-il faux. » (Note de Voltaire.)

2. Louis XIV, cédant aux obsessions de Mme de Maintenon et du duc du Maine, fit un testament (août 1714), par lequel il instituait ce conseil de régence, dont les membres seraient, sous la présidence du duc d’Orléans, le duc de Bourgogne, le duc du Maine, le comte de Toulouse, le chancelier.

Villeroi, Villars, d’Huxelles, Tallard et d’Harcourt, les quatre secrétaires d’Etat et le contrôleur général. Déplus, le duc du Maine était chargé de veiller à la sûreté, conservation et éducation du roi mineur.

3. 11 s’en souvenait au contraire; il dit à la veuve de Jacques II : « J’ai fait un testament; on a voulu absolument que je le fisse; il a fallu acheter mon repos; mais dès que je serai mort il n’en sera ni plus ni moins. Je sais trop bien ce qu’est devenu le testament du roi mon père I »

4. Saint-Simon a donné des détails trés-curieux sur la maladie et les derniers moments de Louis XIV.

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