‹ Sicle de Louis XIVChapitre 347 sur 447 · CHAPITRE XXVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIIL

en toutes choses, et cherchez à connaître le meilleur pour le suivre toujours. Soulagez vos peuples le plus tôt que vous le pourrez, et faites ce que j’ai eu le malheur de ne pouvoir faire moi-même, etc. »

Ce discours est très-éloigné de la petitesse d’esprit qu’on lui impute dans quelques Mémoires.

Quoique la vie et la mort de Louis XIV eussent été glorieuses, il ne fut pas aussi regretté qu’il le méritait. L’amour de la nouveauté, l’approche d’un temps de minorité, où chacun se figurait une fortune, la querelle de la Constitution qui aigrissait les esprits, tout fit recevoir la nouvelle de sa mort avec un sentiment qui allait plus loin que l’indilîérence. Nous avons vu ce même peuple qui, en 1686, avait demandé au ciel avec larmes la guérison de son roi malade, suivre son convoi funèbre avec des démonstrations bien différentes. On prétend que la reine, sa mère, lui avait dit un jour dans sa grande jeunesse : « Mon fils, ressemblez à votre grand-père, et non pas à votre père. » Le roi en ayant demandé la raison : « C’est, dit-elle, qu’à la mort de Henri IV on pleurait, et qu’on a ri à celle de Louis XIII L »

Quoiqu’on lui ait reproché des petitesses, des duretés dans son zèle contre le jansénisme, trop de hauteur avec les étrangers dans ses succès, de la faiblesse pour plusieurs femmes, de trop grandes sévérités dans des choses personnelles, des guerres légèrement entreprises, l’embrasement du Palatinat, les persécutions contre les réformés : cependant ses grandes qualités et ses actions, mises enfin dans la balance, l’ont emporté sur ses fautes. Le temps, qui mûrit les opinions des hommes, a mis le sceau à sa réputation; et, malgré tout ce qu’on a écrit contre lui, on ne prononcera point son nom sans respect et sans concevoir à ce nom l’idée d’un siècle éternellement mémorable^. Si l’on considère ce prince dans sa vie privée, on le voit à la vérité trop plein de sa grandeur, mais affable ; ne donnant point à sa mère de part au gouvernement, mais remplissant avec elle tous les devoirs d’un fils, et observant avec son épouse tous les dehors

1. a J'ai vu de petites tentes dressées sur le chemin de Saint-Denis. On y buvait, on y chantait, on y riait. Les sentiments des citoyens de Paris avaient passé jusqu’à la populace. Le jésuite Le Tellier était la principale cause de cette joie universelle. J’entendis plusieurs spectateurs dire qu’il fallait mettre le feu aux maisons des jésuites avec les flambeaux qui éclairaient la

pompe funèbre. » (Note de Voltaire.)

2. « Le soleil lui-même n’a-t-il pas de taches? Louis XIV fut un grand roi.

C’est lui qui a élevé la France au premier rang des nations. Depuis Charlemagne, quel est le roi de France qu’on puisse comparer à Louis XIV sous toutes ses faces? » [Mémoires de Napoléon.)

de la bienséance : bon père, bon maître, toujours décent en public, laborieux dans le cabinet, exact dans les affaires, pensant juste, parlant bien, et aimable avec dignité.

J’ai déjà remarqué ailleurs^ qu’il ne prononça jamais les paroles qu’on lui fait dire, lorsque le premier gentilhomme de la chambre et le grand-maître de la garde-robe se disputaient l’hom neur de le servir : « Qu’importe lequel de mes valets me serve?» Un discours si grossier ne pouvait partir d’un homme aussi poli et aussi attentif qu’il était, et ne s’accordait guère avec ce qu’il dit un jour au duc de La Rocliefoucaud au sujet de ses dettes : (( Que ne parlez-vous à vos amis? » mot bien différent, qui par lui même valait beaucoup, et qui fut accompagné d’un don de cinquante mille écus^.

Il n’est pas même vrai qu’il ait écrit au duc de La Rochefoucaud : a Je vous fais mon compliment, comme votre ami, sur la charge de grand-m.aître de la garde-robe, que je vous donne comme votre roi. » Les historiens lui font honneur de celte lettre. C’est ne pas sentir combien il est peu délicat, combien même il est dur de dire à celui dont on est le maître, qu’on est son maître. Cela serait à sa place, si on écrivait à un sujet qui aurait été rebelle : c’est ce que Henri IV aurait pu dire au duc de Mayenne avant l’entière réconciliation. Le secrétaire du cabinet, Rose^, écrivit cette lettre, et le roi avait trop de bon goût pour l’envoyer. C’est ce bon goût qui lui fit supprimer les inscriptions fastueuses dont Charpentier^ de l’Académie française

1. Dans les Ajiecdotes sur Louis XIV, que Voltaire publia en 1748.

2. La Roche foucaidd (François VII, duc de), fils de l’auteur des Maximes, né en 1634, mort en 1714, fut grandveneur de France et grand-maître de la garde-robe. Louis XIV aimait son esprit et sa probité, o S’il passa sa vio dans la faveur la plus déclarée, dit Saint-Simon, il faut dire aussi qu’elle lui coûta cher, s’il avait quelques sentiments de liberté. Jamais valet ne le fut de personne avec tant d’assiduité et de bassesse... Le lever et le coucher, les deux autres changements d’habiîs tous les jours, les chasses et les promenades du roi tous les jours aussi, il n’en manquait jamais, quelquefois dix ans de suite... »

3. Rose, secrétaire du cabinet du roi, mort en 1701, avait la plume depuis cinquante ans ; a Avoir la plume, dit Saint-Simon, c’est imiter si exactement l’écriture du roi qu’elle ne se puisse

distinguer de celle que la plume contrefait, et d’écrire en cette sorte toutes les lettres que le roi doit ou veut écrire de sa main, et toutefois n’en veut pas prendre la peine.. 11 n’est pas possible de faire parler un grand roi avec plus de dignité que faisait Rose, ni plus convenablement à chacun, ni sur chaque matière, que les lettres qu’il écrivoit ainsi, et que le roi signoit toutes de sa main. > Rose était aussi président à la chambre des comptes.

4. « Charpentier (François), né à Paris, en 1620, académicien utile. On a de lui une traduction de la Cyropédie.

11 soutint vivement l’opinion que les inscriptions des monuments publics de France doivent être en français. En effet , c’est dégrader une langue qu’on parle dans toute l’Europe, que de ne pas oser s’en servir ; c’est aller contre son but, que de parler à tout le public dans une langue que les trois quarts au m?ins de ce public n’entendent pas

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