‹ Sicle de Louis XIVChapitre 348 sur 447 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

avait chargé les tableaux de Lebrun, dans la galerie de Versailles : L’incroyahle passage du Rhiîi, la merveilleuse prise de Valenciennes^ etc. Le roi sentit que la prise de Valenciennes, le passage du Rhin disaient davantage. Charpentier avait eu raison d’orner d’inscriptions en notre langue les monuments de sa patrie; la flatterie seule avait nui à l’exécution.

On a recueilli quelques réponses, quelques mots de ce prince, qui se réduisent à très-peu de chose. On prétend que, quand il résolut d’abolir en France le calvinisme, il dit : « Mon grandpère aimait les hugenots, et ne les craignait pas ; mon père ne les aimait point, et les craignait ; moi je ne les aime, ni ne les crains L »

Ayant donné en 1658 la place de premier président du parlement de Paris à M. de Lamoignon, alors maître des requêtes, il lui dit : « Si j’avais connu un plus homme de bien et un plus digne sujet, je l’aurais choisi^. » Il usa à peu près des mêmes termes avec le cardinal de Noailles, lorsqu’il lui donna l’archevêché de Paris. Ce qui fait le mérite de ces paroles, c’est qu’elles étaient vraies et qu’elles inspiraient la vertu.

On prétend qu’un prédicateur indiscret le désigna un jour à Versailles : témérité qui n’est pas permise envers un particulier, encore moins envers un roi. On assure que Louis XIV .«•e contenta de lui dire : Mon père, j’aime bien à prendre ma part d’un sermon; mais je n’aime pas qu’on me la fasse. » Que ce mot ait été dit ou non, il peut servir de leçon.

il s’exprimait toujours noblement et avec précision, s’étudiant en public à parler comme à agir en souverain ^ Lorsque le duc

Il y a une espèce de barbarie à latiniser des noms français que la postérité méconnailrait, et les noms de llocroi et de Fontenoy font un plus grand effet que les noms de liocrociumai Fonteniacum. Mort en 1702.» (Voltaire.)

1. a 11 était peut-être l'homme de son royaume, dit l’abbé de Ghoisy, qui pensait le plus juste, et qui s’expliquait le plus agréablement. Véritablement roi de la langue, ses moindres paroles ont un sel qui leur donne la force et l’agrément; et les réponses qu’il fait sur-le-champ effacent les harangues étudiées. » « 11 parlait parfaitement

bien, dit M“« de Caylus , il pensait juste, s’exprimait noblem*ent, et ses réponses les moins préparées renfermaient en peu de mots tout ce qu’il y avait de mieux à dire, selon les temps, les lieux et les personnes, b Les con-

temporains sont unanimes, Saint-Simon comme Berwick, etc.

2. Lamoignon (Guillaume de),néen 10)17, mort en 1G77, fut l’un des magistrats les plus vertueux et les plus éclairés du xvii® siècle. 11 travailla surtout aux grandes ordonnances de Colbert, et prépara un recueil unique de lois qui pût servir de code à la France entière. Il paraît que Louis XIV, qui d’ailleurs estimait singulièrement Lamoignon, répéta publiquement ces paroles que Mazarin avait le premier prononcées.

3. «Jamais personne ne vendit mieux ses paroles, son souris meme, jusqu’à ses regards. 11 rendit tout précieux par le choix et la majesté, à qui la rareté, et la hrèveté de ces paroles ajoutoit beaucoup... Jamais il ne lui échappa de dire rien de désobligeant à per^

d’Anjou partit pour aller régner en Espagne, il lui dit, pour marquer l’union qui allait désormais joindre les deux nations :

<( Il n’y a plus de Pyrénées ^ »

Rien ne peut assurément mieux faire connaître son caractère que le mémoire suivant, qu’on a tout entier écrit de sa main

« Les rois sont souvent obligés à faire des choses contre leur inclination, et qui blessent leur bon naturel. Ils doivent aimer à faire plaisir, et il faut qu’ils châtient souvent et perdent des gens à qui naturellement ils veulent du bien. L’intérêt de l’État doit marcher le premier. On doit forcer son inclination, et ne pas se mettre en état de se reprocher, dans quelque chose d’importance, qu’on pouvait faire mieux; mais quelques intérêts particuliers m’en ont empêché, et ont détourné les vues que je devais avoir pour la grandeur, le bien et la puissance de l’État. Souvent il y a des endroits qui font peine ; il y en a de délicats qu’il est difficile de démêler : on a des idées confuses. Tant que cela est, on peut demeurer sans se déterminer; mais, dès que l’on se fixe l’esprit à quelque chose, et qu’on croit voir le meilleur parti, il le faut prendre. C’est ce qui m’a fait réussir souvent dans ce que j’ai entrepris. Les fautes que j’ai faites, et qui m’ont donné des peines infinies, ont été par complaisance, et pour me laisser aller trop nonchalamment aux avis des autres. Rien n’est si dangereux que la faiblesse, de quelque nature qu’elle soit. Pour commander aux autres, il faut s’élever audessus d’eux; et, après avoir entendu ce qui vient de tous les endroits, on se doit déterminer par le jugement, qu’on doit faire sans préoccupation, et pensant toujours à ne rien ordonner ni exécuter qui soit indigne de soi, du caractère qu’on porte, ni de la grandeur de l’Etat. Les princes qui ont de bonnes intentions et quelque connaissance de leurs affaires, soit par expérience, soit par étude, et une grande application à se rendre capables, trouvent tant de différentes choses par lesquelles ils se peuvent faire connaître, qu’ils doivent avoir un soin particulier et une application universelle à tout. Il faut se garder contre soi-même, prendre garde à son inclination, et être toujours en garde contre son naturel. Le métier de roi est grand, noble et flatteur, quand

sonne ; et, s’il avoit à reprendre, à réprimander ou à corriger, ce qui étoit fort rare, c’étoit toujours avec un air plus ou moins de bonté, presque jamais avec sécheresse, jamais avec colère. » (Saint-Simon.)

1. Ce mot, dont on a contesté l’authenticité, ne se trouve pas dans les Mémoires antérieurs à Voltaire.

2. Il est déposé à la Bibliothèque du roi depuis plusieurs années. » (Note de Voltaire). — Voir la nr\a 3 de la page 87.

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