‹ Sicle de Louis XIVChapitre 349 sur 447 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

on se sent digne de bien s’acquitter de toutes les choses auxquelles il engage; mais il n’est pas exempt de peines, de fatigues, d’inquiétudes. L’incertitude désespère quelquefois; et, quand on a passé un temps raisonnable à examiner une alfairc, il faut se déterminer et prendre le parti qu’on croit le meilleur L

» Quand on a l’Etat en vue, on travaille pour soi; le bien de l’un i^ait la gloire de l’autre : quand le premier est heureux, élevé et puissant, celui qui en est cause en est glorieux, et par conséquent doit plus goûter que ses sujets, par rapport à lui et à eux, tout ce qu’il y a de plus agréable dans la vie. Quand on s’est mépris, il faut réparer sa faute le plus tôt qu’il est possible, et que nulle considération n’en empêche, pas même la bonté.

» En 1671, un homme mourut qui avait la charge de secrétaire d’Etat, ayant le département des étrangers. Il était homme capable, mais non pas sans défauts : il ne laissait pas de bien remplir ce poste, qui est très-important.

» Je fus quelque temps à penser à qui je ferais avoir cette enarge ; et après avoir bien examiné, je trouvai qu’un homme qui avait longtemps servi dans les ambassades était celui qui la remplirait le mieux

)) Je lui fis mander de venir. Mon choix fut approuvé de tout le monde; ce qui n’arrive pas toujours. Je le mis en possession de cette charge à son retour. Je ne le connaissais que de réputation, et par les commissions dont je l’avais chargé, et qu’il avait iDien exécutées; mais l’emploi que je lui ai donné s’est trouvé trop grand et trop étendu pour lui. Je n’ai pas profité de tous les avantages que je pouvais avoir, et tout cela par complaisance et bonté. Enfin, il a fallu que je lui ordonne de se retirer, parce que tout ce qui passait par lui perdait de la grandeur et de la force qu’on doit avoir en exécutant les ordres d’un roi de France. Si j’avais pris le parti de l’éloigner plus tôt, j’aurais

1. a L’abbé Castel de Saint-Pierre, connu par plusieurs ouvrages singuliers dans lesquels on trouve beaucoup de vues philosophiques et très-peu de praticables, a laissé des Annales politiques depuis 1658 jusqu’à 1739.11condannne sévèrement en plusieurs endroits l’administration de Louis XIV.

Il ne veut pas surtout qu’on l’appelle Louis-le -Grand. Si grand signifie jîorfait, il est sûr que ce titre ne lui convient pas ; mais par ses mémoires écrits de la main de ce monarque, il paraît qu’il avait d’aussi bops principes de

gouvernement , pour le moins, que l’abbé de Saint-Pierre. Ces mémoires de Tabbé de Saint-Pierre n’ont rien de eurieux que la bonne foi grossière avec laquelle cet homme se croit fait pour gouverner. » (Note de Voltaire.)

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