‹ Sicle de Louis XIVChapitre 350 sur 447 · Le célèbre de Lionne · texte numérisé non relu

Le célèbre de Lionne

3. « M. de Pomponne. » (Note de Voltaire.) — Nous avons vu cependant qu’après la mort de Louvois, Louis XIV rappela M. de Pomponne au Conseil et le chargea de diriger les affaires étrangères et le jeune ministre, de Torcy, son gendre.

évité les inconvéuients qui me sont arrivés, et je ne me reprocherais pas que ma complaisance pour lui a pu nuire à l’Etat. J’ai fait ce détail pour faire voir un exemple de ce que j’ai dit ci-devant. »

Ce monument si précieux, et jusqu’à présent inconnu, dépose à la postérité en faveur de la droiture et de la magnanimité de son àme. On peut même dire qu’il se juge trop sévèrement, qu’il n’avait nul reproche à se faire sur M. de Pomponne, puisque les services de ce ministre et sa réputation avaient déterminé le choix du prince, confirmé par l’approbation universelle ; et, s’il se condamne sur le choix de M. de Pomponne, qui eut au moins le bonheur de servir dans les temps les plus glorieux, que ne devait-il pas se dire sur M. de Cliamillart, dont le ministère fut si infortuné, et condamné si universellement?

Il avait écrit plusieurs mémoires dans ce goût, soit pour se rendre compte à lui-même, soit pour l’instruction du Dauphin, duc de Bourgogne. Ces réflexions vinrent après les événements. 11 eût approché davantage de la perfection où il avait le mérite d’aspirer, s’il eût pu se former une philosophie supérieure à la politique ordinaire et aux préjugés; philosophie que dans le cours de tant de siècles on voit pratiquée par si peu de souverains, et qu’il est bien pardonnable aux rois de ne pas connaître, puisque tant d’hommes privés l’ignorent ^

Voici une partie ^ des instructions qu’il donne à son petit-fils, Philippe V, partant pour l’Espagne. 11 les écrivit à la hâte, avec une négligence qui découvre bien mieux l’ame qu’un discours étudié. On y voit le père et le roi.

« Aimez les Espagnols et tous vos sujets attachés à vos couronnes et à votre personne. Ne préférez pas ceux qui vous flatteront le plus ; estimez ceux qui, pour le bien, hasarderont de vous déplaire. Ce sont là vos véritables amis.

» Faites le bonheur de vos sujets; et dans cette vue n’ayez

1. Ce3 réflexions de Voltaire sont bien vagues, il faut l’avouer, et il est bien difficile de comprendre nettement ce qu’il veut dire par philosophie supérieure à la politique ordinaire et aux préjugés.

2. Voici quelques-unes de ces instructions que Voltaire a omises :

«Ne manquez à aucun de vos devoirs, surtout envers Dieu.

» Conservez-vous dans la pureté de votre éducation.

» Faites honorer Dieu partout où vous aurez du pouvoir ; prouvez sa gloire; donnez-en l’exemple; c’est un des plus grands biens que les rois puissent faire.

» N’ayez jamais d’attachement pour personne.

» Aimez votre femme; vivez bien avec elle ; demandez-en une à Dieu qui vous convienne. Je ne crois pas que vous deviez prendre une Autrichienne, etc. »

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