‹ Sicle de Louis XIVChapitre 351 sur 447 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

de guerre que lorsque vous y serez forcé, et que vous en aurez bien considéré et bien pesé les raisons dans votre conseil.

» Essayez de remettre vos finances; veillez aux Indes et à vos flottes; pensez au commerce; vivez dans une grande union avec la France, rien n’étant si bon pour nos deux puissances que cette union à laquelle rien ne pourra résister

» Si vous êtes contraint de faire la guerre, mettez-vous à la tête de vos armées.

» Songez à rétablir vos troupes partout, et commencez par celles de Flandre.

» Ne quittez jamais vos affaires pour votre plaisir, mais faitesvous une sorte de règle qui vous donne des temps de liberté et de divertissement.

» Il n’y en a guère de plus innocents que la chasse et le goût de quelque maison de campagne, pourvu que vous n’y fassiez pas trop de dépense.

» Donnez une grande attention aux affaires quand on vous en parle ; écoutez beaucoup dans les commencements, sans rien décider.

» Quand vous aurez plus de connaissance, souvenez-vous que c’est à vous à décider; mais quelque expérience que vous ayez, écoutez toujours tous les avis et tous les raisonnements de. votre conseil, avant que de faire cette décision.

» Faites tout ce qui vous sera possible pour bien connaître les gens les plus importants, afin de vous en servir à propos.

» Tachez que vos vice-rois et gouverneurs soient toujours Espagnols.

» Traitez bien tout le monde ; ne dites jamais rien de fâcheux à personne : mais distinguez les gens de qualité et de mérite.

» Témoignez de la reconnaissance pour le feu roi, et pour tous ceux qui ont été d’avis de vous choisir pour lui succéder.

» Ayez une grande confiance au cardinal Porto-Carrero, et lui marquez le gré que vous lui savez de la conduite qu’il a tenue.

r> Je crois que vous devez faire quelque chose de considérable pour l’ambassadeur qui a été assez heureux pour vous demander, et pour vous saluer le premier en qualité de sujet.

» N’oubliez pasBedmar, qui a du mérite et qui est capable de vous servir.

» Ayez une entière créance au duc d’Harcourt ; il est habile

i. Od voit qu’il ae trompa dans cette conjecture. (Note de Voltaire.)

homme et honnête homme, et ne vous donnera des conseils que par rapport à vous.

» Tenez tous les Français dans Tordre.

)) Traitez bien vos domestiques, mais ne leur donnez pas trop de familiarité, et encore moins de créance. Servez-vous d’eux tant qu’ils seront sages : renvoyez-les à la moindre faute qu’ils feront, et ne les soutenez jamais contre les Espagnols.

» N’ayez de commerce avec la reine douairière que celui dont vous ne pouvez vous dispenser. Faites en sorte qu’elle quitte Madrid, et qu’elle ne sorte pas d’Espagne. En quelque lieu qu’elle soit, observez sa conduite, et empêchez quelle ne se mêle d’aucune affaire. Ayez pour suspects ceux qui auront trop de commerce avec elle.

» Aimez toujours vos parents. Souvenez-vous de la peine qu’ils ont eue à vous quitter. Conservez un grand commerce avec eux dans les grandes choses comme dans les petites. Demandez-nous ce que vous aurez besoin ou envie d’avoir qui ne se trouve pas chez vous; nous en userons de même avec vous.

» N’oubliez jamais que vous êtes Français, et ce qui peut vous arriver. Quand vous aurez assuré la succession de l’Espagne par des enfants, visitez vos royaumes, allez à Naples et en Sicile, passez à Milan et venez en Flandre* ; ce sera une occasion da nous revoir : en attendant, visitez la Catalogne, TAragon et autre? lieux. Voyez ce qu’il y aura à faire pour Ceuta.

» Jetez quelque argent au peuple quand vous serez en Espagne, et surtout en entrant dans Madrid.

)) Ne paraissez pas choqué des figures extraordinaires que vous trouverez. Ne vous en moquez point. Chaque pays a ses manières particulières; et vous serez bientôt accoutumé à ce qui vous paraîtra d’abord le plus surprenant.

» Évitez, autant que vous pourrez, de faire des grâces à ceux qui donnent de l’argent pour les obtenir. Donnez à propos et libéralement, et ne recevez guère de présents, à moins que ce soit des bagatelles. Si quelquefois vous ne pouvez éviter d’en recevoir, faites-en à ceux qui vous en auront donné de plus considérables, après avoir laissé passer quelques jours.

» Ayez une cassette pour mettre ce que vous aurez de particulier, dont vous aurez seul la clef.

1. « Cela seul peut servir à confondre tant d’historiens qui, sur la foi des Mémoires infidèles écrits en Hollande, ont rapporté un prétendu traité signé par

Philippe V avant son départ, par lequel traité ce prince cédait à son grandpère la Flandre et le Milanais. » (Note de Voltaire.)

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