‹ Sicle de Louis XIVChapitre 361 sur 447 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

La compagnie des Indes occidentales ne fut pas moins encouragée que les autres ; le roi fournit le dixième de tous les fonds.

Il donna trente francs par tonneau^ d’exportation, et quarante d’importation. Tous ceux qui firent construire des vaisseaux dans les ports du royaume reçurent cinq livres pour clia(|ue tonneau que leur navire pouvait contenir.

On ne peut encore trop s’étonner que l’abbé de Clioisy ait censuré ces établissements dans ses Mémoires, qu’il faut lire avec défiance 2. Nous sentons aujourd’hui tout ce que le ministre Colbert fit pour le bien du royaume; mais alors on ne le sentait pas : il travaillait pour des ingrats*. On lui sut à Paris beaucoup plus mauvais gré de la suppression de quelques rentes sur l’Hôtel de ville, acquises à vil prix depuis 1656, et du décri où tombèrent les billets de l’Épargne, prodigués sous le précédent ministère, qu’on ne fut sensible au bien général qu’il faisait. Il y avait plus de bourgeois que de citoyens^. Peu de personnes portaient leurs vues sur l’avantage public. On sait combien l’intérêt particulier fascine les yeux et rétrécit l’esprit ; je ne dis pas seulement l’intérêt d’un commerçant, mais d’une compagnie, mais d’une ville. La réponse grossière d’un marchand, nommé Hazon, qui, consulté par ce ministre, lui dit : « Vous avez trouvé la voiture renversée d’un côté, et vous l’avez renversée de l’autre, » était encore citée avec complaisance- dans ma jeunesse; et cette anecdote se retrouve dans Moréri*. Il a fallu

1. Suivant M. H. Martin, le roi accorda à la compagnie une prime de 50 francs par tonneau (poids de mille kilogrammes), à l’exportation, et de 75 fr.

par tonneau à l’importation.

2. « L’abbé Castel d j Saint-Pierre s’exprime ainsi, page 105 de son manuscrit, intitulé Annales politiques:

H Colbert, grand travailleur, en négli- » géant les compagnies de commerce » maritime, pour avoir plus de soin B des sciences curieuses et des beaux- « arts, prit l’ombre pour le corps. »

Mais Colbert fut si loin de négliger le commerce maritime, que ce fut lui seul qui l’établit : jamais ministre ne prit moins l’ombre pour le corps. C’est contredire une vérité reconnue de toute la France et de l’Europe. » Cette note a été écrite au mois d’Auguste 1756.

(Note de Voltaire.)

3. Colbert s’efforça presque toujours de diminuer les charges qui pesaient sur le peuple, et d’augmenter ses ressources, ses moyens do travail, ses

richesses. Cependant la plupart ne virent en lui que le ministre des finances, qui fournissait l’argent destiné à l’ambition ou au plaisir de son maître. Louis XIV se montra ingrat à son égard ; le peuple fut ingrat comme le roi. Quand il mourut, 6 septembre 1633, il fallut faire conduire de nuit le corps à Saint-Eustache, de peur que le convoi ne fût insulté par les gens des halles.

4. Il est certain que dans cette révision et cette réduction des anciennes rentes (1664), il n’y eut pas équité; on se plaignit avec raison de ce retranchement arbitraire. M™® de Sévigné en est tres-irritée (lettre du 27 novembre 1664); et Boileau fait allusion à l’émotion des bourgeois, lorsqu’il dit :

Plus pâle qu’un rentier,

A l’aspect d’un arrêt qui retranche [un quartier.

(Satire lll.)

5. Moréri (Louis), né en Provence en 1643, publia, dès 1673 son Diction-

que Tespril philosophique, introduit fort tard en France, ait i réformé les préjugés du peuple, pour qu’on rendît enfin une j justice entière à la mémoire de ce grand homme. Il avait la î même exactitude que le duc de Sully, et des vues beaucoup plus ! étendues. L’un ne savait que ménager, l’autre savait faire de grands établissements. Sully, depuis la paix de Yervins, n’eut d’autre embarras que celui de maintenir une économie exacte t et sévère ^ ; et il fallut que Colbert trouvât des ressources IR promptes et immenses pour la guerre de 1667 et pour celle de || 1672. Henri IV secondait l’économie de Sully; les magnificences de Louis XIV contrarièrent toujours le système de Colbert

Cependant presque tout fut réparé ou créé de son temps. La ; réduction de l’intérêt au denier vingt ^ des emprunts du roi et des particuliers fut la preuve sensible, en 1665, d’une abom dante circulation. Il voulait enrichir la France et la peupler. Les ; mariages dans les campagnes furent encouragés par une exemption 1 de tailles pendant cinq années pour ceux qui s’établiraient à l’âge de vingt ans; et tout père de famille qui avait dix enfants était exempt pour toute sa vie, parce qu’il donnait plus à l'État par le travail de ses enfants qu’il n’eût pu donner en payant la taille^.

Ce règlement aurait dû demeurer à jamais sans atteinte.

Depuis l’an 1663 jusqu’en 1672, chaque année de ce ministère fut marquée par l’établissement de quelque manufacture. Les

naire historique et géographique, a Ce grand travail lui coûta la vie. L'ouvrage, réformé et très-augmenté, porte encore son nom, et n’est plus de lui.

C’est une ville nouvelle bâtie sur le plan le plus ancien. Trop de généalogies suspectes ont fait tort surtout à cet ouvrage si utile. Mort en 1680. On a fait des suppléments remplis d’erreurs. B (Voltaire.)

1. Après la paix de Vervins (1598), qui termine la guerre avec l’Espagne, au moment où l’Edit de Nantes mettait ûn aux guerres civiles, Sully eut à rétablir l’ordre dans les finances et à payer les dettes énormes du gouvernement ; puis il maintint V économie.

2. On peut citer à ce propos la lettre suivante de Colbert au roi ; « Votre Majesté a quatre sortes de dépenses à faire : la première et la pins nécessaire de toutes, présentement, est la guerre de mer ; la seconde, les afifaires étrangères ; latroisième, la guerre de terre ; la quatrième, les dépenses du dedans du royaume, les plaisirs et les divertissements de Votre Majesté... La qua-

trième doit souffrir toute la rigueur des retranchements et de toute l’économie possible, par cette belle maxime : o qu’il B faut épargner cinq sous aux choses B non nécessaires, et jeter les millions B quand il est qu stion de votre gloire. b Je déclare à Votre Majesté, en mon particulier, qu’un repas inutile de 3,000 livres me fait une peine incroyable ; et, lorsqu’il est question de millions d’or pour la Pologne, je vendrois tout mon bien, j’engagerois ma femme et mes enfants, et j'irois à pied toute ma vie, pour y fournir s’il étoit nécessaire !b (Lettre de 1666.)

3. Un édit de décembre 1663 abaissa l’intérêt légal du denier 18 au denier 20, c’est-à-dire de o et demi à 5 pour 100; c’est encore aujourd’hui, après deux cents ans, l’intérêt légal.

4. Par l’ordonnance de 1666, les gentilshommes ayant dix enfants vivants ou morts au service auront 1,000 livres de pension; ceux qui en ont douze auront 2,000 livres. Les bourgeois non taillables et habitants des villes franches devaient avoir la moitié do cette pension.

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