‹ Sicle de Louis XIVChapitre 373 sur 447 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

de Maintenon, pour conduire les eaux à Versailles, travaux interrompus et devenus inutiles ‘ s’il avait dépensé à Paris la cinquième partie de ce qu’il en a coûté pour forcer la nature à Versailles, Paris serait, dans toute son étendue, aussi beau qu’il l’est du côté des Tuileries et du Pont-Royal, et serait devenu la plus magnifique ville de l’univers.

C’est beaucoup d’avoir réformé les lois, mais la chicane n’a pu être écrasée par la justice. On pensa à rendre la jurisprudence uniforme; elle l’est dans les affaires criminelles, clans celles du commerce, dans la procédure : elle pourrait l’être dans les lois qui règlent les fortunes des citoyens. C’est un trèsgrand inconvénient qu’un même tribunal ait à prononcer sur plus de cent coutumes différentes. Des droits de terres ou équivoques, ou onéreux, ou qui gênent la société, subsistent encore comme des restes du gouvernement féodal qui ne subsiste plus : ce sont des décombres d’un bâtiment gothique ruiné.

Ce n’est pas qu’on prétende que les différents ordres de l’État doivent être assujettis à la même loi. On sent bien que les usages de la noblesse, du clergé, des magistrats, des cultivateurs, doivent être différents; mais il est à souhaiter sans doute que chaque ordre ait sa loi uniforme dans tout le royaume, que ce qui est juste ou vrai dans la Champagne ne soit pas réputé faux ou injuste en Normandie. L’uniformité en tout genre d’administration est une vertu; mais les difficultés de ce grand ouvrage ont effrayé^.

Louis XIV aurait pu se passer plus aisément de la ressource dangereuse des traitants^, à laquelle le réduisit l’anticipation qu’il fit presque toujours sur ses revenus, comme on le verra dans le chapitre des finances.

La France cependant, malgré ses secousses et ses pertes, est encore un des plus florissants pays de la terre, parce que tout le bien qu’a fait Louis XIV subsiste, et que le mal qu’il était difficile de ne pas faire dans des temps orageux a été réparé. Enfin la postérité, qui juge les rois, et dont ils doivent avoir toujours le jugement devant les yeux, avouera, en pesant les

1. C’étaient les eaux de TEure qu’on voulait conduire à Versailles. Les dépenses de ces travaux, d’après M. de Noailles, sans compter les acquisitions de terrains et la valeur des terrassements exécutés par les troupes, s’élevèrent à 8,880,261 livres, monnaie du temps.

2. Toutes les réformes que demandait Voltaire, celles mêmes qu’il n’osait

réclamer comme possibles, ont été réalisées dès les premiers jours de la révolution de 1789. Les droits féodaux, les privilèges des classes, des provinces, des villes ont disparu ; il n’y a eu qu’une seule loi pour tous, dans toute l’étendue de la France.

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