CHAPITRE XXIX
tentj ce sont ceux qui, appelés ailleurs par leurs talents, sont un témoignage honorable à leur pays ; ou c’est le rebut de la nation, qui essaye de profiter de la considération qu’elle inspire; ou enfin sont des officiers mécontents du ministère, des accusés qui ont échappé aux formes rigoureuses d une justice quelquefois mal administrée : et c’est ce qui arrive dans tous les pays de la terre.
On s’est plaint de ne plus voir à la cour autant de hauteur ‘ dans les esprits qu’autrefois. Il n’y a plus en effet de petits tyrans, comme du temps de la Fronde, et sous Louis XIII, et dans les siècles précédents; mais la véritable grandeur s’est retrouvée dans cette foule de noblesse si longtemps avilie à servir auparavant des sujets trop puissants. On voit des gentilshommes, des citoyens qui se seraient crus honorés autrefois d’être domestiques^ de ces seigneurs, devenus leurs égaux, et très-souvent leurs supérieurs dans le service militaire; et plus le service en tout genre prévaut sur les titres, plus un État est florissant.
On a comparé le siècle de Louis XIV à celui d’Auguste. Ce n’est pas que la puissance et les événements personnels soient comparables. Rome et Auguste étaient dix fois plus considérables dans le monde que Louis XIV et Paris ^ ; mais il faut se souvenir qu’Athènes a été égale à l’empire romain, dans toutes les choses qui ne tirent pas leur prix de la force et de la puissance. Il faut encore songer que, s’il n’y a rien aujourd’hui dans le monde tel que l’ancienne Rome et qu’Auguste, cependant toute l’Europe ensemble est très-supérieure à tout l’empire romain. Il n’y avait du temps d’Auguste qu’une seule nation, et il y en a aujourd’hui plusieurs, policées, guerrières, éclairées, qui possèdent des arts que les Grecs et les Romains ignorèrent; et de ces nations il n’y en a aucune qui ait eu plus d’éclat en tout genre, depuis environ un siècle, que la nation formée en quelque sorte par Louis XIV.
pas cessé de convenir à Paris, qu’elle caractérise et distingue de toutes les grandes villes.
1. Hauteur est ici dans le sens de fierté : c’est l’opposé de bassesse; le mot est pris en bonne part.
2. Il serait plus grammatical de dire cette foule de nobles...