IMPARTIALITÉ DE L*AUTEUR
aussi bien reconnu l’incapacilé de M. de Chamillard que les faiblesses de M. de Pomponne, qui était, d’ailleurs, un lioinine de beaucoup d’esprit. J’ai vu des dépêches de M. de Chamillard qui, en vérité, étaient le comble du ridicule. J’ai eu la discrétion de n’en faire aucun usage, plus occupé de ce qui peut être glorieux et utile à ma nation que de dire des vérités désagréables’... » On voit, par cet exemple, comment Voltaire, dont la modestie n’était pas le principal mérite, savait s’insinuer, au moyen de louanges adroites , pour obtenir les documents qu'il espérait mettre à profit.
Sans doute, depuis un siècle , bien des points du règne de Louis XIV ont été éclairés d’un jour nouveau. Combien de Mémoires, sans parler de ceux de Saint-Simon, n’ont-ils pas été publiés? Combien de documents inédits n’a-t-on pas tirés et ne tire-t-on pas chaque jour des bibliothèques et des archives? Les événements considérables, au milieu desquels a disparu l’établissement monarchique de Louis XIV, n’ont-ils pas d’ailleurs donné des lumières nouvelles, inspiré de nouvelles idées aux historiens du xix® siècle? L’œuvre de Voltaire est donc loin d’être complète et parfaite, même dans les limites qu’il s’était tracées : nous aurons occasion de relever plusieurs erreurs, de signaler plusieurs oublis regrettables. Nous voulions seulement montrer encore une fois que Voltaire ne s’était pas contenté d’écrire un livre spirituel, intéressant, remarquable par les plus solides qualités du st\le; mais qu’il a été historien consciencieux, laborieux, toujours très-intelligent et souvent très-bien renseigné.
Mais Voltaire a-t il été impartial et peut-on avoir confiance dans ses jugements? « On sait assez, dit Voltaire, que l’histoire ne doit être ni un panégyrique , ni une satire, ni un ouvrage de parti, ni un sermon, ni un roman. J’ai eu cette règle devant les yeux, quand j’ai osé jeter un œil philosophique sur la terre entière. J’envisage encore le siècle de Louis XIV comme celui du génie, et le siècle présent comme celui qui raisonne sur le génie. J’ai travaillé soixante ans à rendre exactement justice aux grands hommes de ma patrie 2... » Dans un autre passage, il affirme également son impartialité : a On connaît l’histoire du Siècle de Louis XIV» Tout impartial qu’est ce livre, il est consacré à la gloire de la nation française et à celle des arts, et c’est même parce qu’il est impartial qu’il affermit cette gloire. Il a été bien reçu chez tous les peuples de l’Europe, parce qu’on aime partout la vérité. Louis XV, qui a daigné le lire plus d’une fois, en a marqué publiquement sa satisfaction^. >> Pour tout ce qui concerne les lettres^ les arts, le développement général de la civilisation, on peut répondre du goût de Voltaire, et par conséquent de la sûreté de ses jugements. En matière politique, il n’est pas homme de parti, il n’a pas de prédilection
1. Cette lettre datée de Potsdam, le 28 juillet 1752, a été jointe par M. le duc de Noailles à la note curieuse qu’il a donnée sur les manuscrits des Mémoires de Loui.s XTV, à la fin du tome T
de son histoire de Madame de Maintenon.