‹ Sicle de Louis XIVChapitre 7 sur 447 · Dix-septième honnêteté littéraire · texte numérisé non relu

Dix-septième honnêteté littéraire

INTRODUCTION

pour une forme quelconque de gouvernement; et on lui a même souvent reproché de n’avoir pas eu de principes à cet égard. 11 loue les républiques et les vertus républicaines; mais il s’accommode très-bien de la monarchie absolue, et il en montre les avantages. Pour nous, c’est une garantie de son impartialité; il ne se laissera pas égarer par la passion, il ne sera pas aveuglé par l’esprit de système, qui souvent rend injuste l’historien même le plus consciencieux. II aime avant tout les beaux vers, l’éloquence, les palais superbes, la société polie, comme on l’a dit, et voilà pourquoi il écrivit avec tant de complaisance l’histoire du siècle de Louis XIV. Seulement dans tout ce qui touche à la religion, bien qu’à cet égard même, suivant l’expression de M. Villemain, il contienne sa passion habituelle. Voltaire laisse encore échapper trop de traits satiriques et moqueurs; il y a encore trop de passages où l’historien sérieux disparaît et cède rapidement la place au pamphlétaire, à l’ennemi.

Voltaire se crut d’abord forcé d’excuser la hardiesse et l’indépendance de ses jugements. Rappelons-nous que son premier essai avait été supprimé par un arrêt du conseil; rappelons-nous tous les obstacles qu’il avait rencontrés avant de pouvoir publier son Histoire de Charles Il ne put également faire paraître en France le Siôcle de

Louis XIV. « J’ai sans peine, écrivait-il, un privilège de l’Empereur pour dire que Léopold était un poltron ; j’en ai un en Hollande pour dire que les Hollandais sont des ingrats, et que leur commerce dépérit; je peux hardiment imprimer, sous les yeux du roi de Prusse, que son aïeul, le Grand Électeur, s’abaissa inutilement devant Louis XIV; il n’y aurait donc qu’en France où il ne me serait pas permis de faire paraître l’éloge de Louis XiV et de la France, et cela parce que je n’ai eu ni la bassesse, ni la sottise de défigurer cet éloge par de honteuses réticences, et par de lâches déguisements* I »

Ainsi Voltaire parut d’abord trop hardi; « quoiqu’il eût traité Louis XIV' avec le respect qu’on doit aux têtes couronnées qui viennent de mourir, et avec le respect qu’on doit à la vérité qui ne mourra jamais. )) Dans sa lettre à Milord Harvey, il termine en disant : « Pellisson eût écrit plus éloquemment que moi, mais il était courtisan, et il était payé. Je ne suis ni l’un ni l’autre ; c’est à moi qu’il appartient de dire la vérité. » Plus tard Voltaire fut forcé de défendre son ouvrage et la France de Louis XIV, contre ceux qui, sans selaisser éblouir par l’éclat littéraire du grand siècle, commençaient à se lasser de l’admiration dont il avait été l’objet. « C’est la mode aujourd’hui (en 17G9) de dégrader les grands hommes... Puisse la raison, qui s’affaiblit quelquefois dans la vieillesse, me préserver de ce défaut trop ordinaire , d’élever le passé aux dépens du présent 1 Mais qu’il me soit permis de défendre la cause d’un siècle à qui nous devons tout, et d’un roi qui n’a pas été assurément indigne de son siècle. > Malgré les plaidoyers de Voltaire, les controverses ont continué et n’ont pas encore pris fin.

1. Voir la Préface de notre édition ae i 2. Lettre au président Hesnault, 1er Charles XI H 1 février 1752,

JUGEMENTS LITTÉRAIRES

xvir

Mais le siècle de Louis XIV n’en sera pas moins un grand siècle, et l’ouvrage de Voltaire restera comme le tableau brillant de cette société forte et élégante qu’il aimait, qu’il regrettait, et dont il parlait la langue. Voltaire, sans doute, n’est pas à l’abri de toute critique, même dans ses jugements sur les hommes et les événements politiques ; mais, comme il l’a dit lui-même , « si le corps de l’ouvrage est vrai , si les intérêts, les motifs, les événements sont développés avec fidélité^ c’est alors une statue bien faite à laquelle on peut reprocher quelque pli négligé à la draperie. »

Page 1