‹ Sicle de Louis XIVChapitre 64 sur 447 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Au milieu de tous ces troubles, la noblesse s’assembla en corps aux Augustins, nomma des syndics, tint publiquement des séances réglées. On eut cru que c’était pour réformer la France, et pour assembler les états généraux : c’était pour un tabouret que la reine avait accordé à de Pons. Peut-être n’y a-t-il jamais eu une preuve plus sensible de la légèreté d’esprit qu’on reprochait aux Français

Les discordes civiles qui désolaient l’Angleterre, précisément en même temps, servent bien à faire voir les caractères des deux nations. Les Anglais avaient mis dans leurs troubles civils un acharnement mélancolique et une fureur raisonnée : ils donnaient de sanglantes batailles; le fer décidait de tout; les échafauds étaient dressés pour les vaincus; leur roi, pris en combattant®, fut amené devant une cour de justice, interrogé sur l’abus qu’on lui reprochait d’avoir fait de son pouvoir, condamné à perdre la tête, et exécuté devant tout son peuple (9 février 1649), avec autant d’ordre et avec le même appareil de justice que si on avait condamné un citoyen criminel.

Les Français, au contraire, se précipitaient dans les séditions par caprice et en riant; les femmes^ étaient à la tête des factions. La duchesse de Longueville engagea Turenne, à peine maréchal de France, à faire révolter Farmée qu’il commandait pour le roi

gré l’opposition de Molé, du président de Mesmes et de soixante-treize magistrats, on l’entendit offrir au Parlement 16,000 hommes contre Mazarin, a Eh! quoi, s’écria le président de Mesmes, est-il possible qu’un prince du sang de France propose de donner séance sur les fleurs de lys à un député du plus cruel ennemi des fleurs de lys? »

1.* Voltaire fait allusion à un événement qui eut lieu plus tard, après la première guerre de la Fronde, terminée par la paix de Ruel (mars-avril 1649).

Condé avait obtenu pour la princesse de Marsillac et pour madame de Pons, amie de sa sœur, la duchesse de Longueville, le privilège du tabouret.

Suivant les règles de la préséance, ce tabouret n’appartenait qu’aux femmes des ducs et pairs ou des ducs à brevet. Les hommes les plus qualifiés de la cour, réunis chez le marquis de Monglat (oct. 1649), signèrent une association pour empêcher qu’on laissât établir aucune différence de maison dans la noblesse du royaume. La reine ne s’opposait pas à cette protestation;

mais bientôt, les esprits s’échauffant, les anciens Frondeurs se mêlant aux nobles, on demanda la l éformation de l’Etat et même les Etats généraux.

Alors la reine, de l’avis de Mazarin, révoqua les honneurs récemment accordés.

2. Charles I®’’ ne fut pas positivement pris en combattant, mais au milieu de la guerre civile ; il crut trouver des ressources nouvelles, au moins un asile dans le camp des Ecossais; et il fut livré par eux au Parlement d’Angleterre.

3. O La noblesse n’avait jamais été si futile, si arrogante, si brave, si spirituelle; jamais ses mœurs n’avaient été à la fois si dissolues et si élégantes : O les vices délicats, dit Saint-Evremond, se nommaient des plaisirs, » Jamais l’Etat n’avait été troublé par des motifs si puérils... Les femmes jouèrent alors le rôle le plus brillant par leur esprit... mais elles sacrifièrent à leur vanité leur honneur, leur repos, l’honneur et le repos de leurs familles.» (M. Th. Lavallée.)

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