‹ Sicle de Louis XIVChapitre 66 sur 447 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Gaston, duc d’Orléans, son père, dont l’adresse est : A mesdames les comtesses^ maréchales de camp dans l'armée de ma fille contre le Mazarin.

La guerre finit et recommença à plusieurs reprises ; il n’y eut personne qui ne changeât souvent de partit Le prince de Condé, ayant ramené dans Paris la cour triomphante, se livra au plaisir de la mépriser après l’avoir défendue; et ne trouvant pas qu’on lui donnât des récompenses proportionnées à sa gloire et à ses services, il fut le premier à tourner Mazarin en ridicule, à braver la reine et à insulter le gouvernement qu’il dédaignait. Il écrivit, à ce qu’on prétend, au cardinal, alV ülustrissimo signer Faquino, Il lui dit un jour : Adieu, Mars, Il encouragea un marquis de Jarsai à faire une déclaration d’amour à la reine, et trouva mauvais qu’elle osât s’en offenser. Il se ligua avec le prince de Conli, son frère, et le duc de Longueville, qui abandonnèrent le parti de la Fronde. On avait appelé la cabale du duc de Beaufort, au commencement de la régence, celle des importants ; on appelait celle de Condé le parti des petitsmaîlres, parce qu’ils voulaient être les maîtres de l’État. Il n’est resté de tous ces troubles d’autres traces que ce nom de petitmaître, qu’on applique aujourd’hui à la jeunesse avantageuse et mal élevée, et le nom de frondeurs qu’on donne aux censeurs (lu gouvernement.

On employa de tous côtés des moyens aussi bas qu’odieux. Joly^, conseiller au Châtelet, depuis secrétaire du cardinal de Retz, imagina de se faire une incision au bras, et de se faire tirer un coup de pistolet dans son carrosse, pour faire accroire que la cour avait voulu l’assassiner.

Quelques jours après, pour diviser le parti du prince de Condé et les Frondeurs, et pour les rendre irréconciliables, on tire des coups de fusils dans les carrosses du grand Condé, et on tue un de ses valets de pied, ce qui s’appelait une joliade renforcée, Qui fit cette étrange entreprise? Est-ce le parti du car-

1. Voltaire aurait pu, même sans raconter tous les détails de cette lutte, mettre un peu d’ordre et de précision dans son récit. La vivacité de l'esprit, le piquant des anecdotes ne remplacent pas l’exactitude et la clarté. — La première guerre de la Fronde se termine par la paix de Ruel (U mars 1649), conclue surtout par les craintes qu’inspiraient aux magistrats honnêtes, au premier président, Mathieu Molé, les intrigues des seigneurs avec les Espagnols. « Tous les chefs du parti arra-

chèrent quelque lambeau des libéralités royales, » dit Madame de Motteville ; la régente conserva son ministre, et le Parlement son autorité ; un calme apparent régna dans la capitale, et la cour y rentra le 18 août.

2. Guy Joly, conseiller au Châtelet, secrétaire du cardinal de Retz (qu’il devait plus tard abandonner et dénigrer), a laissé des Mémoires, qui sont à ceux du cardinal ce qu’est le domestique au maître ; mais il y a des particularités curieuses.

diual Mazariu? 11 en fut très-soupçonné. On en accusa le cardinal de Retz, le duc de Beaufort et le vieux Broussel, en plein Parlement, et ils furent justifiés ^

Tous les partis se choquaient, négociaient, se trahissaient tour à tour. Chaque homme important, ou qui voulait l’être, prétendait établir sa fortune sur la ruine publique ; et le bien public était dans la bouche de tout le monde. Gaston était jaloux de la gloire du grand Coudé et du crédit de Mazarin. Condé ne les aimait ni ne les estimait. Le coadjuteur de l’archevêque de Paris voulait être cardinal par la nomination de la reine, et il se dévouait alors à elle pour obtenir cette dignité étrangère qui ne donnait aucune autorité, mais un grand relief. Telle était alors la force du préjugé, que le prince de Conti, frère du grand Condé, voulait aussi couvrir sa couronne de prince d’un chapeau rouge. Et tel était en même temps le pouvoir des intrigues, qu’un abbé sans naissance et sans mérite, nommé La Rivière disputait ce chapeau romain au prince» Ils ne l’eurent ni l’un ni l’autre.

Nul crime d’Etat ne pouvait être imputé à Condé cependant on l’arrêta dans le Louvre, lui, son frère de Conti, et son beaufrère de Longueville, sans aucune formalité et uniquement parce que Mazarin le craignait (18 janvier lb50). Cette démarche était, à lavériié, contre toutes les lois; mais on ne connaissait les lois dans aucun des partis.

Le cardinal, pour se rendre maître de ces princes, usa d’une fourberie qu’on appela politique. Les Frondeurs étaient accusés d’avoir tenté d’assassiner le prince de Condé; Mazarin lui fait accroire qu’il s’agit d’arrêter un des conjurés et de tromper les Frondeurs ; que c’est à son altesse à signer l’ordre aux gendarmes de la garde de se tenir prêts au Louvre. Le grand Condé signe lui-même l’ordre de sa détention. On ne vit jamais mieux que la politique consiste souvent dans le mensonge, et que l’habileté est de pénétrer le menteur.

1. Rien ne prouve que Mazarin ait été l’auteur de cette entreprise ; mais il en tira bon parti, en excitant Condé contre le parti des anciens Frondeurs ; de là le procès dirigé contre Gondi, Beaufort et Broussel ; il ne se termina qu’après l’arrestation des princes, lorsque l’ancienne Fronde paraissait réconciliée avec la cour.

2. Louis Barbier, abbé de la Rivière, domestique de Gaston, sollicitait le chapeau de cardinal ; ce fut une cause de brouillerie entre Condé et Gaston ; il

tomba en disgrâce avec son maître, puis devint évêque de Langres.

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