CHAPITRE VI
rent dans elle que le meurtre de Monaldeschi, son écuyer qu’elle fit assassiner à Fontainebleau dans un second voyage f De quelque faute qudl fut coupable envers elle , ayant renoncé à la royauté, elle devait demander justice, et non se la faire. Ce n’était pas une reine qui punissait un sujet; c’était une femme qui terminait une galanterie par un meurtre; c’était un Italien, qui en faisait assassiner un autre par l’ordre d’une Suédoise, dans un palais d’un roi de France. Nul ne doit être mis à mort que par les lois. Christine, en Suède, n’aurait eu le droit de faire assassiner personne; et certes ce qui eût été un crime à Stockolm n’était pas permis à Fontainebleau. Ceux qui ont justifié cette action méritent de servir de pareils maîtres. Cette honte et cetle cruauté ternirent la philosophie de Christine, qui lui avait fait quitter un trône. Elle eût été punie en Angleterre, et dans tons tes pays où les lois régnent; mais la France ferma les yeux à cet attentat contre l’autorité du roi, contre le droit des nations et contre l’humanité^.
Après la mort de Cromwell et la déposition de son fils, l’Angleterre resta un an dans la confusion de l’anarchie®. Charles-Gustave, à qui la reine Christine avait donné le royaume de Suède, se faisait redouter dans le Nord et dans l’Allemagne. L’empereur Ferdinand III était mort en 1657; son fils Léopold, âgé de dixsept ans, déjà roi de Hongrie et de Bohême, n’avait point été élu roi des Romains du vivant de son père. Mazarin voulut essayer
1. En lisant le récit de Madame de Motteville, et surtout la relation du père Lebel, témoin des événements, on a moins de sympathie que Voltaire pour cette reine 'philosophe^ et on la trouve cruelle et bizarre, ayant plus de vanité singulière que d’amour de la vraie gloire, plus de pédantisme encore que de science.
2. « Un nommé La Beaumelle, qui falsifia le Siècle de Louis XIV^ et qui le fit imprimer à Francfort avec des notes aussi scandaleuses que fausses, dit à ce sujet que Christine était en droit de faire assassiner Monaldeschi, parce qu’elle ne voyageait pas incognito; et il ajoute que Pierre le Grand, entrant dans un café à Londres, tout écumant de colère, parce que, disait-il, un de ses généraux lui avait menti, s’écria qu’il avait été tenté de le fendre en deux d’un coup de sabre ; qu’alors un marchand anglais avait dit au czar qu’on aurait condamné Sa Majesté à être pendue.
» On est obligé de relever ici l’inso-
lence absurde d’un pareil conte. Peuton imaginer que le czar Pierre aille dire, dans un café, qu’un de ses généraux lui a menti? Fend-on aujourd’hui un homme en deux d’un coup de sabre? Un empereur va-t-il se plaindre à un marchand anglais de ce qu’un général lui a menti? En quelle langue parlait-il à ce marchand, lui qui ne savait pas l’anglais? Gomment ce faiseur de notes peut-il dire que Christine, après son abdication, était en droit de faire assassiner un Italien à Fontainebleau, et ajouter, pour le prouver, qu’on aurait pendu Pierre le Grand à Londres? On sera forcé de remarquer quelquefois les absurdités de ce même éditeur. En fait d’histoire, il ne faut pas dédaigner de répondre : il n’y a que trop de lecteurs qui se laissent séduire par les mensonges d’un écrivain sans pudeur, sans retenue, sans science et sans raison. » (Note de Voltaire.)