Préoccupation de l'esprit et vue rendue plus perçante
On rapporte d'après le fils d'Abbas (que Dieu soit salisrait de lui 'que les compagnons de Jt^us-Chrisl s'appelaient les Haouarûu (les blancs comme la craie) parce que leurs vôtemente ét^iient blancs et qu'ils étaient tous pécheurs (Suladin, en arabe, veut également dire pécheur et chasseur) de profession.
Aristotôlcch dit que les arts les plus nécessaires sont : 1" la chasse, 2" la bAUsse, 3° l'agriculture.
Od a dit â un roi passionné pour la chasse : Vous êtes trop
T,Googlc
adonné i cet exercice qui vous fait négliger les affaires les plus importantes et les intérêts de votre royauté. Ce roi répondit : La chasse procure aux princes de nombreux plaisirs et des avantages certains. Elle peut leur faire découvrir, dans les lieux inhabités, des endroils plus ou moins propres à devenir des centres de populations; et si, dans ses découvertes, un prince trouve un sujet de satisfaction , il sera,par un premier succès, encouragé à persévérer dans ses entreprises, et si, au contraire, il en reconnaît l'inulilité, il l'abandonne, car son insuccès n'éctiappera point à son expérience acquise. Le premier soin d'un roi, c'est de rendre son pays florissant; et, jamais uo roi n'est sorti pour chasser, sans en retirer un profit. La cha'ise est d'abord un exercice fortiiiant pour le corps, ensuite souvent elle met un prince à même de reconoattre des injustices commises et qui seraient restées ignorées de lui, car l'opprimé n'aurait pu. sans l'occasion de la chasse, trouver accès auprès de sa personne, et lui, ignorant l'injustice, n'aurait pas eu occasion de la réparer. Par la chasse, Jonc, il échappe à un péché qu'il aurait pu commettre par négligence.
On lit dans l'histoire des souverains de la dynastie des Eosroës (rois de Perse] que ces souverains prétendaient que !a chasse, surtout lorsqu'elle est heureuse, donne au cœur le contentement, à l'àme des élans de générosité, et que, daus cette disposition d'esprit, l'bomme est plus satisfait que celui qui écoute la meilleure musique ; car la chasse dilate l'Ame, réchauffe le corps par l'exercice, prévient et guérit même différentes maladies.
Alssa El Sadi qui, en fait de chasse, jouit d'une grande autorité que personne ne conteste, assure, d'après âea témoins oculaires, qu'un homme qui soufl'rait de migraines constantes ayant une fois longtemps couru derrière un gibier, avait été pris d'un saignement de nez qui l'avait débarrassé pour toujours de ses maux de tète, et cela grâce au mouvement qu'il s'était donné en chassant; qu'un autre homme qui avait une tumeur froide qu'il redoutait de faire ouvrir, ayant
T,Goo(^lc
c<»iru derrière un gibier, la nature a\'ait agi d'elle-même et que sa tumeur s'était ouverte sans qu'il s'en doutât; quune autre, enfin, qui avait à la main une cicatrice refermée sur une pointe de flèche, celle-ci sortit d'elle-même au plus fort de sa surexcl talion.
On raconte l'histoire suivante arrivée à un bomme lettré qui, ayant à solliciter une faveur d'un prince trës-passionnâ pour la chasse, et ne pouvant, à la suite d'une défende, avoir accès près de lui, écrivit un poème â la louange de ce prince, sur dis petits morceaui de papiers différents. Qu'ensuite il se procura dix gazelles et renards en vie, et attacha chacun de ces dix petits papiers à la queue des gazelles et des renards ; que cela fait, il s'embusqua dans un fourré et lança successivement ces dix animaux que le roi prit à la chasse l'un après l'autre, et que le prince qui eut de cette façon le poème entier, après l'avoir lu fut enchanté du stratagème, envoya chercher le lettré, l'accueillit avec faveur et lui accorda sa demande.
Souvent les rois, en chassant, se proposent de ne cesser la chasse qu'après avoir accompli une bonne œuvre, ou réparé une injustice. J'en prends Dieu â témoin, c'est un but louable dont l'elTet est durable et inspiré par un sentiment généreux. Les princes doivent éviter de fouler les champs cultivés, et leur générosité doit protéger !e faible plus que ne le ferait une cuirasse. Si nous voulions nous étendre en contant toutes les anecdotes arrivées dans les chasses princières, et citer toutes les belles actions, tous les exploits cynégétiques, cela nous éloignerait trop loin de notre but et de notre sujet.
Mohamed El Mangili dit qu'il convient aux rois et aux amateurs de chasse d'avoir l'habitude, avant d'aller à la chasse, et après la prière du matin, de faire une lecture du Coran, de dire sur le chapelet les noms de Dieu, de faire des prières en demandant à Dieu son aide pour avoir la souplesse du corps et la résolution rapide et juste. Il convient de prendre un peu de nourriture, suivant l'état de santé; de
boire aae boisson licite, sans excès, car il n'est pas boa que le chasseur soit trop alourdi par le manger, eurtout s'il doit courir à cheval, un homme trop repu peut, à la suite d'uu excès d'alimeot, devenir sujet à des incommodités et même à des maladies.
Les princes ne doivent pas chasser les jours de pluie ou de neige , il y aurait moins de plaisir, et ils seraient la cause de murmures parmi les gens de leur suite, et surtout parmi les jeunes pages qui ne sauraient résister aux grandes fatigues. Ils devront éviter de courir dans [es endroits boueux ou marécageux, car ce n'est point l un acte de. courage, c'est pure sottise détendue, non-seulement par notre loi religieuse, mais aussi par celles des autres peuples. Les chevaux peuvent glisser, se casser un membre, ou bien encore casser, avec les leurs, les membres de leurs cavaliers. J'ai vu un bomme qui s'est cassé la jambe et qui, cependant n'est pas mort.
Les temps couverts sont favorables à la chasse.
To.us tes hommes sages s'accorJent pour ne permettre la chasse des botes féroces qu'aux princes, car c'est là un plaisir trop dangereux pour les simples particuliers, à moins que l'on ne soit très-courageux, un vrai héros, exercé, doué d'un grand sang-froid, et d'une connaissance parfaite des dangers et des précautions A prendre pendant cette chasse- Il se guidera suivant son expérience et son intelligence, ij devra se bien armer de javelots, de chaînes, être bon écuyer, très-alerte et peu regardant aux dons et aux salaires à donner aux piqueurs et aux fauconniers ; il ne devra pas trouver les dépenses de ces derniers excessives, car Dieu a départi les liiens et donné à chacun des hommes des dnns naturels pour équilibrer entre eux les relations.
Les sages s'accordent aussi à dire que l'état le plus aitrayant, le plus licite, le plus noble, le plus agréable et le plus en rapport avec les goûts des hommes, c'est celui de la chasse qui attire les sympathies de tous. On dit aussi que la chair du gibier est la plus profitable aux malades, et que plus
T,Gopgle
le gibier a été fatigué par la poursuite, plus i) s'eat débattu entre les serres du faucon, dans la gueule du guépard ou du chien, ou d'ua autre aaioial, plus sa chair est succuleiite et plus elle est facile à digérer.
Déjà nous avons parlé du temps couvert, mais nous n'en avons pas indiqué les avantages et il n'est pas inutile de les énumérer ici. Les anciens rois divisaient ainsi les jours de la semaine. Ils réservaient les jours où le temps était nuageux ou pluvieux, à la chasse, car c'est le temps le plus favorable pour les oiseaux de proie et pour le gibier. Les animaux chasseurs y sont plus disposés à l'attaque du gibier qui, lui, est plus occupé pendant ces jours à paître, et cette disposition naturelle du gibier devient pour le chasseur et les animaux chasseurs une bonne occasion. Les rois réservaient les jours de pluies couliouelles pour la retraite, dans l'intérieur de leurs palais, à se réjouir avec les courtisans et favoris, et les Jours de temps sec ils les consacraient aux réceptions générales, aux conseils et réunions d'Etat, à écouler le peuple et à. s'occuper des affaires publiques et des intérêts de l'Stat.
Pour la chasse à courre, on doit partir à l'aube, car, en ce moment, on trouve le gibier calme, disposé au repos, ruminant, les yeux à demi-clos ; mais le samedi est le jour le plus Iffopice. Un astrologue, dans les vers ci-d&isous cités, a réparti les jours de la semaine de la manière suivante, consacraut chacun d'eux à une occupation différente :
£q vérité, le samedi est le jour le plus favorable pour chasser et cela est indubitable;
Le dimanche est consacré aux b&tisses, c'est le jour où Dieu a commencé la création des deux ;
Le lundi est le jour du voyage, le succès et la prospérité voas y accompagneront;
Le mardi est propice aux saignées, si vous avez besoin d'y recourir et le sang que l'on perd pendant les heures de ce jour profite & la santé ;
Le mercredi, si tu veux prendre médecine, est le jour le meilleur;
Le jeudi est le jour où l'on doit s'occuper de ses affaires, Dieu l'a fait pour ie travail.
Le vendredi est jour de mariage, jour où les hommes doivent goûter les joies de l'amour.
L'auteur, que Dieu lui soit clément, dit : * Je n'ai point à réftiter ces vers, seulement, je constate qu'il arrive souvent que les chasseurs ne se conforment point aux avis de Messieurs les astrologues et cependant il faut savoir choisir son temps pour ta chasse, aussi bien que l'on choisit son temps pour la bataille». Un poète a adressé la satire suivante à un chasseur qui ne savait jamais chasser par un temps favorable.
• 0 toi, chasseur passionné et enthousiaste 1 ù toi, qui fais de la chasse ta seule occupation et qui n'en rapporte jamais qu'une cruelle déception l
0 toi qui n'y vas que par les temps contraires, qu'aux jours désignés par l'astrologie comme néfastes, comme marqués de la plus complète déveine par l'étoile de Kionan; (1)
Ton jeune coursier se plaint, ton piqueur te maudit, le gibier se réjouit el les chiens sont furieux. »
Cependant, d'après l'opinion des théologiens (que Dieu leur donne une fin heureuse), il n'y a point de jour préférable à un autre, du moment que la résolution de chasser est prise dans les formes voulues par la religion; si nons voulions entrer dans les détails en nous conformant aux opinions des astrologues, notre livre s'écarterait trop de son objet, mais, avec l'aide de Dieu, nous nous tiendrons toujours dans la ligne de notre sujet.
Nous avons déjà parlé de l'ordre de marche suivi dans les chasses princières, nous en avons brièvement donné des détails sulïisanls. Nous commencerons donc â faire, maintenant, un résumé relatif au campement, tant k l'aller qu'au retour de la chasse. Il a déjà été dit que les princes ont le
(1) Planète de Saturne, étoile de la mauvaise chance.
D,g,l,7?<lT,GOO(^IC
devoir, d'après les lois de la logique et de la politique, d'être prudeots et de se garder de tout ce qui peut compromettre leur sécurité. Ils ne doivent donc point arriver les premiers au lieu du campement, ni devancer leurs hommes de coafiaoce au lieu de l'étape On doit, en y arrivant, conserver le iDëme ordre de marche qu'à la chasse ; on doit ne négliger aucune mesure de police, quand mdme elle serait nouvelle si elle est approuvée par les hommes sages et de bon conseil, qui font partie des personnes de la suite du prince.
Dieu très-haut adit ; ilfous vous avons placés Califes H) r^r la terre après euŒ « povr voir ce que vous ferez » . Ce verset peut s'appliquer à tous les princes qui ont une responsabilité; donc, lorsqu'un prince doit camper, il doit bien observer tout ce qui peut arriver et cela à cause de la responsabilité qui lui incombe ; il doit aussi faire attention aux rapports, écouter les suppliques qui lui arrivent au camp et leur donner pleine et entière satisfaction. C'est pour lui un devoir de ne pas trop s'éloigner du lieu de sa résidence, de se préoccuper des messages qui lui sont envoyés de son chûeau et de toutes les nouvelle», importantes ou non, qui loi arrivent ainsi. Il ne doit pas, au moment du repos, perdre son temps en de futiles occupations, telles que le jeu des échecs. Je dis qu'abuser de ce jeu ne convient d'aucune façon aux princes; car la passioa que ce jeu inspire a souvent été funeste à plusieurs d'entr'eus. Cela est évident et, en réalité, la plupart des grands joueurs d'échecs qui jouent avec les rois, font métier de jeux de hasard, ils sont gens ■ sans scrupules, faisant choses défendues ; ils guettent toujours les secrets des princes et des grands que souvent ils divulguent après les avoir surpris.
Les rois passionnés pour le jeu des échecs , lorsqu'ils jouent avec ces joueurs de métier et qu'ils gagnent, c'est que ceux-ci, naturellement, par esprit de courtisannerie, se lussent gagner, tout en se moquant en eux-mêmes des rois
(1) Les premiers khalifes.
et les rois qui peuvent être g^xgnants De sont, en MX, qoe perdants. Les princes, salisfeita de leur victoire imaginaire, laissent alors échapper des paroles cpi'ils ne devr^ent pas proférer, ils sont enivrés de ces succès, comme s'ils étaient pris de vin , la grande joie feisant le même effet que la grande colère et il convient, cependant, à tout prince et â tout homme sage de veiller sur ses paroles. Le joueur d'échecs de profession peut alors surprendre des secrets qu'il a confiés â l'un de ses camarades, lequel va le divulguer auprès des autres joueurs et un malheur est vite arrivé. Que le Très-Haut nous préserve des traîtres !
Je dois dire que ce ne sont point les joueurs d'échecs qui sont les pins coupables et que la foute est aux princes qui font d'eux leurs favoris, malgré que leur société soit une honte et un déshonneur pour leur rang élevé. Que l'oo se souvienue de ce qui advint au sultan £1 Halek £1 Maosoor LadjiD (que Dieu ait son âme), .à cause du jeu .des échecs, en présence de Ëbn El Assal (que Dieu ait en sa miséricorde). La peur terrible qu'il ressentit lui a suffi; elte a été, pour lui, une bonne leçon : la fréquentation des lieux où l'on joue aux échecs et où il a couru grand danger de perdre la vie le lui ont prouvé.
Mohammed Ebn Mangati dit : < Il est prescrit aux princes, lorsqu'ils arrivent à l'étape, d'entcmrer leur personne de leurs hommes de confiance, d'avoir auprès d'eux le meilleur de leurs coursiers, celui qui a le plus de fond, et lorsqu'ilssonl en route, le cheval doittoujours être auprèsd'eux. »
Un soldat qui discutait avec moi sur les chevaux de race m'a soutenu que la première qualité à exiger dans un bon cheval c'était la beauté des formes, et je M ai répondu, non, avant tout, c'est la rapidité de la course; je lui ai prouvé mon opinioirpar des arguments tirés de la logique et de la théologie, et il fiait par avouer que j'avais raison et m'assum qu'il ferait son profit de mes avis. U me semble vous voir, lecteurs, me demander quels sont ces arguments victorieux tirés de la religion et de la logique et moi je vous
T,Googlc
r^odrai que religieiâeiDent oa rapporte d'après Wdbab Ben Membë (compagnon du prophète), que Diea soit satisrait de lui t (tradition qui remonte au prophète), que le Très- Haut, que son Bom soit béai, a créé les chevaux arabes avec le vent du Sod et qu'il leur a dit : « Je vous fais pour sai- » sir le butin et pour la fuite, je placerai swr vos dos des ■ ftommes qui chanteront mes louantes, qui me remercieront » et qui diront Alléluia, et vous, vous cfianterez mes louan- » ges, vous me remercierez et vous direz A lleliMa avec &ux. ■ Cette tradition est une preuve manifeste que la rapidité de la course passe avant la beauté, mais, si un cheval réunit les deux quaUtés, il est partit.
Le cheval rapide peut sauver son cavalier de grands périls, le faire échappa à la poursuite d'un ennemi, c'est loi qiH ^t atteindre le but et lui donne d'aifb«s profits, tels que la poursuite du gibier, surtout lorsqu'il a une longue haleine. Ce qui f^t la supériorité d'uo coursier, c'est d'avoir une rapidité égale au c(raimencement et à la fia de la course et de coDBerver la même vigueur; cette qualité esl assez rare. II y a des chevaux qui oat beaucoup d'ardeur daas leur premier élan, mais qui, à la fin de la course, sont mous. Ces chevaux ont un emploi spécial et nous en avons déjà parié. D'autres chevaux, au contraire, sont froids au départ, mais, plus ils courent et s'échauffent, plus ils ont de l'ardeur; cette qualité est bonne, mais elle présente quelques inconvénients, car le cavalier peut être poursuivi par un ennemi monté sur un cheval ardent, mais moins bon et il peut être atteint avant que son cheval n'ait acquis sa vitesse. Ces observations me sont personnelles, elles sont inédites et cependant elles sont fondées sur l'expérience.
Quant à l'argument tiré de la logique, je dirai que souvent un cheval vile n'a pas toujours pour lui l'apparence et qu'il est estimé à bas prix; mais, s'il subit l'épreuve des courses et qu'il soit vainqueur sa valeur augmente d'une manière extraordinaire et il devient très recherché. Les rois, les princes et les hommes de cheval ont toujours été prodigues
d'argent pour obtenir ces chevaax qui souvent peuvent sauver leurs cavaliers d'une mort imminente.
On amena une fois un clieval sous- le t'agne du sultan El Malek El Naçer Mohamed Ben Kalaou, qui, à le voir, ne valait guère plus de trois cents dirham d'argent; il était bai et il fut admis aux courses oïl il avait à lutter avec les meilleurs chevaux des écuries royales et il fut le premier et devança tous les autres chevaux. Ce cheval appartenait à un bédouin, le sullao l'acheta et en faisait grand cas. De pareils faits sont fréquents et il n'y a que les ignorants et les cavaliers du commun, qui ne méritent point les fiefs qu'ils obtiennent, qui peuvent soutenir le contraire; parmi ces derniers, il 7 a des hommes qui ne savent même point bander un arc, niraonter âchevalen s'élançant de terre, et le devoir d'un prince est de faire attention k ne pas employer de pareils individus qui sont un déshonneur pour la royauté. La plupart de ces hommes, sans valeur aucune, touchent près de 10,000 dirham en numéraire, comme revenus de leurs fiefs, et des hommes, d'un mérite réel, n'ont souvent pas leur suffisance .' On pourrait me répondre que c'est leur destin et qu'il ne faut pas discuter sur ce qui est écrit sur le livre de la destinée, mais ce n'est pas là une raison valable, ce sont des paroles vaines, car Dieu a dit : « Nous leur donnonsmns compter foivr aggraver leur crime. » — Cette parole a une autre signification que celle qu'on lui donne et il n'y a que l'homme dépourvu de science qui puisse l'appliquer à ce cas, car tous ceux qui reçoivent ce qu'ils ne méritent point commettent un péché.
T,Goo(^lc
Manière de se servir des armes de chasse
Instruction pour lancer une flèche, un javelot, pour frapper avec les armes blanches, tes armes i jet et description des meilleures armes pour ces différents usages.
Mohammed El Mangali, que Dieu le couvre de sa protection, dit : 0 mes Seigneurs I Sachez que la force de pénétration de la flèche varie suivant que l'arc dont on se sert est Tait d'un bois dur ou flexible. L'arc souple est plus vite tendu et son tir plus rapide, et d'une plus grande justesse pour la chasse, sauf celle des botes féroces, sauf l'attaque contre ies forteresses et contre les hommes avec cuirasses. Tirer une Qèche avec uu arc souple, sur un homme portant cuirasse, eiige une grande habileté, une grande justesse (pour trouver ledtiMt de la cuirasse), et ce n'est point dans ce résumé que ces instructions peuvent trouver place, je les ai, du reste, données dans un ouvrage spécial que l'on peut consulter.
Monseigneur, si vous allez à la diasse, munissez-vous de plusieurs arcs, si vous le pouvez, car la chasse peut être longue, le gibier, abondant, et à force de lancer des flèches, votre arc finira toujours par perdre son élasticité, surtout en été, et vos flèches, l'arc étant privé de BOn ressort, auront moins de pénétration. Voici cependant une manière de remédier à cet inconvénient. Si vous vous trouvez avoir en main un arc ayant perdu son ressort, au moment où vous êtes à la poursuite d'un gibier, gazelle ou autre, efforcezvous de vous en rapprocher le plus possible. Toutefois vous ne tenterez cela que si vous avez un cheval frais, que vous venez de monter en vous conformant à mes conseils antérieurs, et alors vous lancerez ce cheval sur le gibier, et saisissant votre arc qui est reUcbé par l'usage, parce que par
négligence, oubli ou pour tout autre motif, excusable ou non, vous n'en avez pas d'autre à votre disposition, vous vous approchez le plus possible du gibier, vous tendez l'arc jusqu'à lui faire dépasser le fer de la flèche, vous vous rejetez en arrière sur votre selle, autant que peut le permettre votre troussequiu qui doit être bas, ainsi que je vous l'ai recommandé au commencement de cet ouvrage et vous tirez votre flèche, peut-être aurez vous alors un bon résultat et un heureux succès; mais si vous poursuivez votre gibier sur un cheval déjà fatigué, armé d'un arc qui a perdu sa force par suite de l'usage que vous en avez fait, étant placé à une assez grande distance du gibier, vous vous exposez â devenir le sujet de la risée des vrais amateurs de chasse. Gardez vous d'une pareille action, que Bleu vous eu préserve !
0 mon frère, lorsque vous vous apercevrez de la fatigue de votre cheval, ne le faites plus courir, religieusement cela est défendu, et vous ne seriez plus compté au nombre des cavaliers qui se connaissent en choses militaires. Mohamed El Mangali afCrme qu'il est prohibé d'excéder de fatigue un cheval, en le lançant à la course après un gibier durant les fortes chaleurs de l'été, car si dans cette saison, on répète trop souvent ces courses, le cheval est forcé, il devient fourbu et meurt, et si même il venait à ne point succomber, it ne pourrait revenir à son état primitif de santé, qu'après avoir mangé trois fois le vert. C'est un fait reconnu par les personnes compétentes, et perdre son bien, est d'après la religion, un péché. — Cette règle n'est pas faite pour les princes, ils peuvent agirdifféremment , leur situation est autre.
Le jet d'une flèche au moyen d'un arc fait en bois dur, exige comme condition de bien tendre l'arc à point, car si on ne le bande pas eulièrement, la flèche, même lancée par un arc souple, lui est supérieure en efficacité et en portée, son jet en est plus élégant et plus gracieux. Ce fait est reconnu des bons archers. Si l'arc, qu'il soit souple ou dur, n'est pas convenablement tendu, la flèche est toujours peu etficace et son tir sans valeur.
T,Goo(^lc
En général, les Montagnards ne tëodeèttras "âÙfflSimmeftt leur arc dur (presque toujours ils Se servftnl de' ces arcs}. Et les Européens, ne tendent point assez leur arc et ne savent point tirer les flèches à cheval, que le cheval soit au repos ou en action.
Mohammed El Mangali, dit : Je te pardonne, ô mon iVère, de ne point suffisamment" tendre ton arc. — Qull soit d'iln bois dur ou flexible, seulement dans les circonstances suivantes : Si le gibier est tout près, ai vous le voyez prenant son élan pour fuir, et si c'est une gazelle, tirez-la en viâânt aux pattes, car si vous l'atteignez, quand même votre arc ne seraitpoint bien tendu, vous l'arrêterez ou vous lui couperez un de ses membres. Si vous vous trouvez menacé, à la portée de la lance de votre ennemi, ou de tout autre arme, tlrez-Ini une flèche, votre arc bien ou mal tendu, et visez-le à'ia figure, quand même il porterait cnirasse, cela en le troublant l'obligera à vous négliger pour penser à lui.
Ces deux exemples doivent vous suffire pour vous indiquer votre conduite. Voici un autre exemple utile à citer pour servir de bon conseil à tout bon musulman qui fait usage des armes. Si par suite de négligence ou à cau.se de la rapidité de la course de votre cheval, vous n'avez pu tendre bien votre «rc, je vous permets alors, si votre arc est fait en bois dur, ^e ne le tendre qu'à moitié, mais si votre arc est îiiît en boisflexible,jenevous le permets plus, car alors votre flèdie serait sans force, elle pourrait manquer le point où l'onfloît tirer, et toos deviendriez un sujet de risée pour'les spectateurs. Ces moyens ne sont connus que par les habiles cavateirs intelligents.
En résumé, ajoute l'auteur, chaque archer sait mieux que qui que ce soit, quel est la sorte d'arc qui lui convient le plus, mais, toujours, il a besoin d'adresse.
L'arc fiiit en bois flexible a aussi des avantages iwrmi lesquels ont peut citer la facilité que l'on a de le tendre surtout lorsqu'on porte une cuirasse et que l'on Court à cheval. IloSIre llEivaBtage 4'étte bien &i rmio, son tir est prompt
1 la coBdition d'être habile à décocher les flèches et à tendre l'arc au momeot où cela est nécessaire Ces choses se sentent et as peuvent être bien comprises que par les personne déjà habiles à. lancer les flèches, et ces conseils ae s'adressent point aux turcs, généralement ignorants, mais aux plus intelligents d'entre eui, car les sages nous défendent de prodiguer les leçons et les bonnes maximes à ceux qui ne peuvent pas les comprendre.
Un autre avantage de l'arc souple, surtout s'il est bien proportionné aux forces de l'archer, c'est que celui-ci peut s'en servir même dans J'eau en cas de besoin sans le laisser mouiller. Ces observations ont été faites par E'ttabary (que Dieu lui soit clément) qui a également parlé de la manière de tendre son arc et des différentes façon de s'en servir et qui a, aussi, traité du tir par dessus les remparts, sur l'ennemi assiégeant de telle sorte que l'arcber soit a l'abri et sans que l'on puisse tirer sur lui. Cette sorte de Ur ne peut s'obtenir qu'avec des arcs faits en bois souple et dont le poids ne doit pas dépasser 20 à 25 livres.
Je me livrais, pendant ma jeunesse, aux exercices des armes et a présent, encore, il m'en est resté, grâce à Dieu, quelque peu d'usage, et, cependant je suis près de ma qua^ trc-vingt-quatriëme année, et mon âge est celui où commence la lutte contre la mort. Je demande, à Dieu, de m'accorder une bonne un par un effet de sa bonté et de sa générosité.
Tout cela nous écarte de notre sujet, et celui qui voudra se donner la peine de consulter mon ouvrage qui a pour tilre La Source d'eau pure pour abreuver les hommes de guerre, y verra des notes très-utiles et y trouvera divers renseignements justes et indispensables aux hommes de guerre.
La bonne manière de tirer de l'arc appartient aux Turcs, mais seulement aux habiles d'entre eux, car il possèdent cet art, et lorsque l'on voit l'arc entre les mains d'un turc, on croirait qu'il a été façonné et fait exprès pour lui. Il en est de même des lances entre hs mains des arabes qui savent si
T,Goo(^lc
Men les porter, quoique parmi enx eux beaucoup ne savent pas bien s'eo servir. Gloire à Dieu, qni a su donuer à chacun
Voilà ce que j'ai vu et éprouvé et si l'on veut tenter de se servir du jet de pierres contre un gibier, on ne doit le frapper qu'en lui lançant la pierre sur le haut du crâne, que ce eoit uu Ane sauvage, nne vache du désert ou une gazelle, à condition, surtout, de lever le bras autant que possible, car ainsi le coup sera porté avec plus de force. Il en est de même pour le jet des pierres du baut des remparts, mais il faut faire de telle sorte que les aisselles soient à l'abri et ue puissent être comme nue cible aux flèches, sans quoi il faut s'en dispenser.
Quant au jet de la massue, appelée Kouratby par les turcs, celui qui veut la bien lancer^ doit rejeter le corps en arriére bien serrer la selle avec les genoux, ei la jeter aussi fort que possible en visant le gibier aux pattes. On peut en ^pper la gazelle, à la tête, mais quant à l'&ne et A la vache du désert, un pareil coup ne les blesserait point et ne pourrait que les endolorir L'on oe doit s'en servir ainsi pour frapper que si le manche est long et fait d'une branche de palmier, sans quoi il ne faut point le faire.
Les armes du guerrier doivent être aussi parfaites que sa situation de fortune le lui permet, et les plus avantageuses et les plus pénétrantes que posssible contre les ennemis, sans quoi nous le réputons lâche, sans amour propre, et cela surtout s'il se sert de chevaux communs, pouvant feire autrement, et, dans ce cas, il n'a aucune excuse.
Suivant la parole de Dieu, nous devons préférer nos chevaux à nous-mêmes. Le proverbe dit : La fortune met à même de prouver l'expérience acquise.
It convient au guerrier expérimenté de se conformer aux préceptes contenus dans ces vers du poète de la tribu des Béni Amer, en ce qui concerne les soins à donner aux chevaux.
■ 0 Béni Amers, pourquoi dois-je voir vos chevaux prendre
- 3&.- ^v«^{jet f^^Dâati^.lâs ebevaux soumis à r«)^ralii«uNU sof^t Jee vm?) 'Coursiers.
« 0 Beui Amers, les chevaux sont pour vos existences nue garantie, quoique )e terme de la mort soit Gxé;
« Prodiguez pour vos ciievaux ce que vous prisez le plus, prenez soiu de leur santé, car les bons soins font les bons dievaux ;
« En les estimaut vous vous honorez vous-même et chaque ' homme dans l'estime àe sa tribu occupe le rang où il se place lui-même. »
Tout guerrier qui, pour les soins à donner à son cheval, se Ile à son valet, a perdu son cheval, et donne à son valet l'occasion de lui voler son fourrage, surtout dans notre temps où Ja âdélilédes valetS'est suspecte et où Us he s'entendent point aux soins à donner aux chevaux, les guerriers euxmêmes oublient leur noble métier. — La plupart des indigestion des chevaux sont causées par la négligence des valets qui Bouvent-lavent leurs mains graisseuses dans les seaux où boivent les chevaux et ceux-ci, à qui ces eaux grasses répugnent éprouvent des indigestions; il n'y a de force et de puissance qu'en Dieu unique!
Je dois, à présent parler du javelot et de la manière de s'en servir à la chasse. On doit choisir le javelot fait en bois de chêne. Il est meilleur quand son fer est tranchant sur les côtés, comme celui de la lance des guerriers et il faut savoir utiliser le tranchant du fer : le chasseur, de même que le guerrier peut y trouver avantage. Disons à l'appui que si le javelot mangue le gibier, le fer peut cependant le frapper aux pattes assez fortement pour que son tranchant le blesse et l'arrête immédiatement. Mais si dans le moment même, le gibier ne se ressent point de la blessure, et si le cavalier a la conviction de l'avoir atteint, il doit alors serrer la bride de son cheval et l'arrêter peu-à-peu, comme doit le faire tout bon cavalier et non comme le font les occidentaux et quelques arabes ignorants dont les chevaux ont des boiteriessoitdu pied droit, soit du pied gauche- et quelques fois
des ûëai preda' ensemble. Ces boiteries proviennent de ce que les occidentaux lancent lears chevaux, et les arabes ignorants le font également, et les font volter sans précantion soità droite, soit à gauche, et leurs chevaux deviennent par suite, boiteux.
ËQ arrêtant ton cheval, le gibier continuera i fhir, mais bientôt il s'arrêtera, sa blessure se refiroidit et s'endolorit, et alors tu peux l'approcber doucement et faire ce que Dieu l'inspirera ; frappes-le, alors à la tète comme tu le ferais pour une gazelle qui te dépasserait et que tu rejoindrais, en le frappant de la lance au flanc ou au défaut de l'épaule. Si tu frappes de ta lance un âne sauvage sur le cou, tu ne pourras le rejoindre qu'après qu'il sera épuisé par la perte de son sang et après un long temps. Les sages disent : Jamais tu ne verras un animal plus patient que l'àne pour supporter les blessures, et surtout que l'âne sauvage qui est le plus diB* de tous les animaux à la souffrance.
Voici comment on doit frapper le gibier avec le sabre : quand lu apercevras le gibier, dégaines ton sabre avant de lancer ton cheval au galop —si tu ne peux dégainer ton cheval étant lancé — et poursuis le gibier. Si c'est uoe gazelle, frappes-la à la tête, si tu le peux, mais cela n'est possible que si elle est fatiguée par une première poursuite, ou bien si elle est surprise, endormie ou blessée par un autre chasseur, ou bien si ton cheval est très vite â la course. Tu pourras tuer ta gazelle en la frappant sur le dos ou quelqu'autre part que ce soit. Pour l'âne sauvage, je ne connais qu'une bonne manière de le frapper, c'est de lui fendre le ventre avec le sabre damassé (le "kaljoury) qui est notre sabre et non avec le sabre arabe qui n'est pas terminé par une pointe â double tranchant faite pouréveotrer, et si tu peux lui porter un coup de pointe entre les a'ites, il est mort sans rémission et on le suit, il s'épuise par la perte de son sang comme nous l'avons dit plus haut et, alors, on s'en empare. Si on ne peut le frappet que sur le museau, il n'y a
point ûe mal i cela, car il ne pourra plus broata* et il mourra.
Mohammed Bl Mangali dit : Je n'ai vu poursuivre l'âne sauvage qu'avec ud cbeval doué d'une longue haleine et et d'une grande vitesse , les chasseurs , les hommes de guerre et tous les antres le savent. Si l'on peut frapper l'Ane sauvage avec le sabre, je veux dire par U un âne fiitigué, et que l'on a blessé une de ses jambes de devant ou de derrière , il est alors retardé dans sa fuite , et il est certainement pria ; mais pour pouvoir le faire il faut avoir une grande habileté, car si on venait & le manquer, on blesserait son cheval, surtout quand on a pour but un lièvre ou une gazelle encormie.
Mohammed Bl Mangali dit : au moment de frapper, il faut en même temps frapper et retirer la main, de crainte de blesser ton cheval. Fais de même pour les antilopes que les arabes appellent moutons des sabûs mats qui, en réalité, ne sont autre chose que des vaches sauvage, desquelles Ebu ICatiba a dit : On ne du point des autres vaches, moutOTis des sables ;\em vitesse est moins grandeque celle des Anes, elles se tiennent dans les déserts, à l'écart, et aiment les lieux où il y a des sables.
Mohammed Bl Mangali dit : Si tu as pa approcher d'uue vache ou d'un âne sauvage, et que tu aies un sabre, frappesles au jarret et tu t'en empareras rapidement s'il plaît à Dieu.
Quant au jet, ce mot ne s'applique qu'au jet de pierres, et il est nécessaire d'avoir des pierres dans plusieurs endroits, soit en ville, soit à la campagne. Les avoir dans des maisons fortifiées, c'est une excellente précaution, et dans l'année 749 (1400 J.-C.) j'ai été attaqué par des voleurs et je les ai lapidé avec des pierres que j'avais en provision pour un cas semblable—dans une telle circonstance ces pierres sont préférables aux flèches, surtout si l'assaillant s'approche du pied desmurs — et il s'est trouvé que j'atteignais plusieurs voleurs, et que tons s'enfuirent. Cela est arrivé par l'aide de Dieu et non par ma force, car il n'y a de force et de puissance qu'en Dieu seul,
et celui qui d^nande le secours de Dieu est victorieui et celui qui implore un secours autre que celui de Dieu, est abaissé.
Nous devons maiateDant parier de la chasse aux fauves, et, en premier lieu des cbiens, mâles ou femelles, qui sont indispensables pour la faire, de leur éducation, des soins à donner aux jeunes cbiens, et de la manière de les attacher à leurs maîtres