‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 113 sur 168 · L'HOMME AU MASQUB DE FER · texte numérisé non relu

L'HOMME AU MASQUB DE FER

vrot. Le second mâréçhiai de La Feuillade, son gendre, m'a dit qu'à la mort de son b«BU-père il le conjura à genoux de lui apprendre ce que c'était que cet homme , qn*on ne connut jamais qiîe sous le nom de Vhomme au masque (fe fer, Chamîllart lui répondit que c'était le secret de l'État, et qu'il avait fait serment de ne le révéler jamais. Enfin il reste encore beaucoup de mes contemporains qui déposent de la vérité de ce que j'avance, et je ne connais point de fait ni plus extraordinaire ni mieux constaté. ^

Louis XIV cependant partageait son temps entre les plaisirs qui étaient de son âge et les affaires qui étaient de son devoir. Il tenait conseil tous les jours, et travaillait ensuite secrètement avec Colbert. Ce travail secret fut l'origine de la catastrophe du célèbre Fôuquet, dans laquelle furent enveloppés le secrétaire d'État Guénégaud, Pellisson, Gourville et tant d'autres. La chute de ce ministre, à qui on avait bien moins de reproches à faire qu'au cardinal Mazarin, fit voir qu'il n'ap* partient pas à tout le monde de faire les mêmes fautes. Sa perte était déjà résolue * quand le roi accepta la fête magnifique que ce ministre lui donna dans sa maison de Vaux. Ce palais et les jardins lui avaient coûté dix-huit millions, qui en valent aujourd'hui environ trente-cinq '. Il avait bâti le palais deux fois, et acheté trois hameaux, dont le terrain fut enfermé dans ces jardins immenses, plantés en partie par Le Nostre, et regardés alors comme les plus beaux de TEurope. Les eaux

1 . « Ses Yoleries m'étaient connnes, dit Loais XIV loi-même dans ses Mémoires (u I,p. 33) ', mais je savais qu'il avait de l'esprit et une grande counaissance du dedans de l'Etat : ce qui me faisait imaginer que. pourvu qu'il aTouàt ses fautes passées et quMl me promtt de se corriger, il pouvait me rendre do grands services. Cependant, pour prendre aveclui mes sûretés, ja lui donnai dans les finances Colbert pour opntrôleur, sous le titre d'intenoanL hommec " ' ' ' ** " '" ' savais quMi Mais Pouçu lui donnait,

de sa dépense qu'il grossissait, et de ses revenus qu'il diminuait, he roi montrait tous les soirs ces états à Coibert, qui lui en faisait remarquer les faussetés. Le roi insistait le lendemain avec Fouquet, sans pourtant vouloir lui paraître trop instruit; et Fouquet insolent persistait dans le mensonge. Cette épreuve, plusieurs fois reitérée, détermina enfin le roi k perm Fouquet. C'est de Pellisson que je tiens ces particularités. »

2. « Les comptes qui le prouvent étaient à Vaux, aujourd'hui Villars, en 1718, et doivent y être encore. M. le duc de Villars, fils du maréchal, confirme ce faiu U est moins smgulier qu'on ne pense. Vous voyest, dans les Mémoires de Pabbé de Choisy, que le marquis de Louvois lui disui, en Ini liarlant de Meudon : « Je suis sur le quatorzième million* • (Note de Veltaire.)

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jaillissantes de Vaux, qui parurent depuis au-dessous du médiocre après celles de Versailles, de l^rly et de Saint-Cloudj étaient alors des prodiges. Mais, quelque belle que soit cette maison, cette dépense de dix-liuit millions, dont les comptes existent encore, prouve qu'il avait été servi avec aussi peu d'économie qu'il servait le roi. Il est vrai qu'il s'en fallait beaucoup que Saint-Germain et Fontainebleau , les seules maisons de plaisance habitées par le roi, approchassent de la beauté de Vaux. Louis XIV le sentit, et en fut irrité] On voit partout, dans cette maison, les armes et la devise de Fouquet. C'est un écureuil avec ces paroles : Quo non ascmdam? Où ne monterai-je point? Le roi se les fit expliquer. L'ambition de cette devise ne servit pas à apaiser le monarque. Les courtisans remarquèrent que l'écureuil était peint partout poursuivi par une couleuvre, qui était les armes de Colbert. La fête fut au-dessus de celles que le cardinal Mazarin avait données, non-seulement pour la magnificence, mais pour le goût. On y représenta pour la première fois les Fâcheux de Molière. Pellisson avait fait le prologue, qu'on admira. Les plaisirs publics cachent ou préparent si souvent à la cour des désastres particuliers, que, sans la reine mère; le surintendant et Pellisson auraient été arrêtés dans Vaux le jour de la fêle. Ce qui augmentait le ressentiment du roi, c'est que M"« de La Vallière, pour qui le prince commençait à sentir une vraie passion, avait été un des objets des goûts passagers du surintendant , qui ne ménageait rien pour les satisfaire. Il avait offert à M"* de La Vallière deux cent mille livres; et cette offre avait été reçue avec indignation, avant qu'elle eût aucun dessein sur le cœur du roi. Le surintendant, s*étant aperçu depuis quel puissant rival il avait, voulut être le confident de celle dont il n'avait pu être le possesseur, et cela même irritait encore.

Le roi, qui, dans un premier mouvement d'indignation, avait été tenté de faire arrêter le surintendant au milieu de la fête qu'il en recevait, usa ensuite d'une dissimulation peu nécessaire. On eût dit que ce monarque, déjà tout-puissant, eût craint le parti que Fouquet s'était fait.

Il était procureur général du parlement, et cette charge lui donnait le privilège d'être jugé par les chambres assemblées ; mais, après que tant de princes, de maréchaux et de ducs avaient été jugés par des commissaires, on eût pu traiter comme eux un magistrat, puisqu'on voulait se servir de ces

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