PRÉSENTS ET PENSIONS AUX GENS DE LETTRES
encore fait que des satires, et l'on sait que ses satires attaquaient les mêmes savants que le ministre avait consultés. Xe roi le distingua, quelques années après, sans consulter personne.
Les présents faits dans les pays étrangers furent si considérables, que Viviani fit bâtir à Florence une maison des libéralités de Louis XIY. Il mit eu lettres d'or sur le frontispice : JEdes a Deo datx : allusion au surnom de DieurDonné, dont la voix publique avait nommé ce prince à sa naissance.
On se figure aisément Teffet qu'eut dans l'Europe cette magnificence extraordinaire; et, si Ton considère tout ce que le roi fit bientôt après de mémorable , les esprits les plus sévères et les plus difficiles doivent souffrir les éloges inunodérés qu'on lui prodigua. Les Français ne furent pas les seuls qui le louèrent. On prononça douze panégyriques de Louis XIY, en diverses villes d'Italie : hommage qui n'était rendu ni par la crainte ni par l'espérance, et que le marquis Zampieri envoya au roi.
Il continua toujours à répandre ses bienfaits sur les lettres et sur les arts. Des gratifications particulières d'environ quatre mille louis à Racine, la fortune de Despréaux, celle de Quinault, surtout celle de Lulli et de tous les artistes qui lui consacrèrent leurs travaux , en sont des preuves. Il donna même mille louis à Benserade , pour faire graver les tailles-douces de ses Métamorphoses d^ Ovide en rondeaux : libéralité mal appliquée, qui prouve seulement la générosité du souverain. Il récompensait dans Benserade le petit mérite qu'il avait dans ses ballets.
Plusieurs écrivains ont attribué uniquement à Golbert cette protection donnée aux arts, et cette magnificence de Louis XIY ; mais il n'eut d'autre mérite eh cela que de seconder la magnasommes qu'il a^ait destinées, dont voici la liste avec la note : an sieur Pierre Corneille, premier poète dramatique du monde, 2000 livres; au «leur Desmarets, le plus fertile auteur, et doué de la plus belle imagination qui fut jamais, 1200; au sieur Molière, excellent poète comique, 1000 ; au sieur abbé Cotin, poète et orateur français, 1200; au sieur Douvrier, savant es lettres humaines, 3000; au sieur Ogier, consommé dans la théologie et les bene84ettre8, isoo; au sieur Fléchier, poète français et latin, 800; au sieur Racine, poète français, 800; au sieui Chapelain, le plus grand poète français qui ait iamais été et du plus solide jugemenî. , 3000.» Il faut remarquer que Fléchier n'avait encore prononcé aucune do ses oraisons funèbres , et que Kacine n'était connu que par son ode sur la Nfmphê de la Setne : quant à Douvrier, le mieux rente avec Chapelain, c'est loi qui avait imaginé pour Louis XIV Temblème du soleil avec la devise Nec pluribus impar.
nimité et lo goût de son maître. Ce ministre, qui avait un trèsgrand génie pour les finances,, le commerce, la navigation, la police générale, n'avait pas dans Tesprit ce goût et cette élévation du roi ; il s'y prêtait avec zèle, et était loin de lui inspirer ce que la nature donne.
On ne voit pas, après cela, sur quel fondement quelques écrivains ont reproché l'avarice à ce monarque. Un prince qui a des domaines absolument séparés des revenus de TÉtat peut être avare comme un particulier ; mais un roi de France, qui n'est réellement que le dispensateur de l'argent de ses sujets \ ne peut guère être atteint de ce vice. L'attention et la volonté de récompenser peuvent lui manquer; mais c'est ce qu'on ne peut reprocher à Louis XIV.
Dans le temps même qu'il commençait à encourager les talents par tant de bienfaits, l'usage que le comte de Bussy fit des siens fut rigoureusement puni. On le mit à la Bastille en \ 665. Les Amours des Gaules furent le prétexte de sa prison. La véritable cause était cette chanson où le roi était trop compromis*, et dont alors on renouvela le souvenir pour perdre Bussy, à qui on l'imputait :
Que Déodatus est heureux De baiser ce bec amoureux , Qui d'une oreille à Tautrc val Alléluia.
Ses ouvrages n'étaient pas assez bons pour compenser le mal qu'ils lui firent. Il parlait purement sa langue ; il avait du
I. Voltaire ne fait qu'exprimer ici quoiques-aiies des idées de Louis XtV : « lies rois , dit-il , dans ses Mémoires ( 1. 11 , p. 121 ), sont seigneurs absolus et ont naturellement la disposition pleine et hbre de tous lea Biens qui son; possédés aussi bieu par les gens d'Eglise que par les séculiers, pour en user en tout temps, comme de sages économes, c'esl-à-diré suivant le l)esoio
général de leur I^.tat.... Tout ce qui se trouve dans l'étendue de leurs États, e quelque nature qu'il soit, leur appartient au même litre^ les deniers qui sont dans leur cassette, ceux qui demeurent entre les mains de leurs trésoriers, et ceux qu'ils laissent dans le commerce de leurs peuples. » Il est ▼rai qu^aux yeux de Louis XIV, la royauté, qui a des droits si étendus, a des devoirs plus rigoureux encore; il ajoute un peu plus loin (page 153) . M Nos sujets sont nos véritables richesses. Si Dieu me fait la grâce d'exécuter tout ce que j'ai dans l'esprit, je tâcherai de porter la félicité ^le mon règne jusqu'à faire en sorte, non pas à la vérité qu'il n'y ait plus personne ni pauvre ni riche (car la fortune, l'industrie et l'esprit laisseront éternellement cette distinction entre les hommes), mais au moins qu'on ne voie plus dans tout le royaume ni indigence ni mendicité, je veux dire personne, quelque misérable qu'elle puisse être, qui ne soit assurée de sa lubsistance ou par son travail ou par un secours ordinaire et réglé. » On le voit, c^est presaue la fameuse parole de Henri IV sur la poule au pot. î. Ainsi aue M"« de La Vallière.
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mérite, mais plus d*amour-propre encore, et il ne se servit guère de ce mérite que pour se faire des ennemis. Louis XIV aurait agi généreusement s*il lui avait pardonné; il vengea son injure personnelle en paraissant céder au cri public. Cependant le comte de Bussy fut relâché au bout de dixhuit mois; mais il fut privé de ses charges, et resta dans la disgrâce tout le reste de sa vie , protestant en vain à Louis XIV une tendresse que ni le roi ni personne ne croyait sincère.
Suite des particularités et anecdotes.
A la gloire, aux plaisirs, à la grandeur, à la galanterie, qui occupaient les premières années de ce gouvernement, Louis XIV voulut joindre les douceurs de Famitié ; mais il est difficile à un roi de faire des choix heureux. De deux hommes auxquels il marqua le plus de confiance , Tun te trahit indignement, l'autre abusa de sa faveur. Le premier était le marquis de Vardes, confident du goût du roi pour M"** de La Vallière. On sait que des intrigues de cour le firent chercher à perdre M"* de La Vallière, qui par sa place devait avoir des jalouses , et qui par son caractère ne devait point avoir d'ennemis. On sait qu'il osa , de concert avec le comte de Guiche et la comtesse dé Soissons, écrire à la reine régnante une lettre contrefaite, au nom du roi d'Espagne, son père. Cette lettre apprenait à la reine ce qu'elle devait ignorer, et ce qui ne pouvait que troubler la paix de la maison royale. Il ajouta à cette perfidie la méchanceté de faire tomber les soupçons sur les plus honnêtes gens de la cour, le duc et ki duchesse de Navailles. (4665.) Ces deux personnes innocentes furent sacrifiées au ressentiment du monarque trompé. L'atrocité de la conduite de Vardes fut trop tard connue; et Vardes, tout criminel qu'il était, ne fut guère plus puni que les inno< cents qu'il avait accusés, et qui furent obligés de se défaire de leurs charges et de quitter la cour.
L'autre favori était le comte depuis duc de Lauzun , tantôt rival du roi dans ses amours passagers , tantôt son confident.
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et si connu depuis par ce mariage qu'il voulut contracter trop publiquement avec Mademoiselle, et qu'il fit ensuite secrètement , malgré sa parole donnée à son maître.
Le roi, trompé dans ses choix , dit qu'il avait cherché des amis, et qu'il n'avait trouvé que des intrigants. Cette connaissance malheureuse des hommes, qu'on acquiert trop tard, lui faisait dire aussi : « Toutes les fois que je donne une place vacante, je fais cent mécontents et un ingrat. »
Ni les plaisirs, ni les embellissements des maisons royales et de Paris, ni les soins de la police du royaume ne disconti • nuèrent pendant la guerre de 4667.
Le roi dansa dans les ballets jusqu'en 4670. Il avait alors trente-deux ans. On joua devant lui à Saint-Germain la tragédie de Britannicus; il fut frappé de ces vers .
Pour toute ambition, pour vertu singulière, 11 exceUe à conduire un char dans la carrière, A disputer des prix indignes de ses mains, A se donner lui-même en spectacle aux Romains.
Dès lors il ne dansa plus en public , et le poète réforma le monarque. Son union avec M"* la duchesse de Lit Vallière subsistait toujours, malgré les infidélités fréquentes qu'il lui faisait. Ces infidélités lui coûtaient peu de soins. Il ne trouvait guère de femmes qui lui résistassent , et revenait toujours à celle qui, par la douceur et par la bonté de son caractère, par un amour vrai et même par les chaînes de l'habitude, l'avait subjugué sans art; mais, dès l'an 4669, elle s'aperçut que M""* de Montespan prenait de l'ascendant : elle combattit avec sa douceur ordinaire ; elle supporta le chagrin d'être témoin longtemps du triomphe de sa rivale, et sans presque se plaindre; elle se crut encore heureuse, dans sa douleur, d'être considérée du roi qu'elle aimait toujours, et de le voir sans en être aimée.
Enfin, en 4675, elle embrassaia ressource des âmes tendres, auxquelles il faut des sentiments vife et profonds qui les subjuguent. Elle crut que Dieu seul pouvait succéder dans son cœur à son amant. Sa conversion fut aussi célèbre que sa tendresse. Elle se fit carmélite à Paris, et persévéra. Se couvrir d'un cilice, marcher pieds nus, jeûner rigoureusement, chanter la nuit au chœur dans une langue inconnue, tout cela ne rebuta point la délicatesse d'une femme accoutumée à tant de