SUITE D£S ANECDOTES
gloire, de mollesse et de plaisirs *. Bile vécut dans ces atisté rites depuis 4675 jusqu'en 4740, sous le nom seul de sœur Louise de la Miséricoràe. Un roi qui punirait ainsi une femme coupable serait un tyran ; et c'est ainsi que tant de femmes se sont punies d'avoir aimé. Il n'y a presque point d'exemple de politiques qui aient pris ce parti rigoureux. Les crimes de ia politique sembleraient cependant exiger plus d'expiations que les faiblesses de l'amour; mais ceux qui gouvernent lésâmes n'ont guère d'empire que sur les faibles.
On sait que, quand on annonça à sœur Louise de la Miséricorde la mort du duc de Yermandois, qu'elle avait eu du roi, elle dit : « Je dois pleurer sa naissance encore plus que sa mort. » Il lui resta une fille, qui fut de tous les enfants du roi la plus ressemblante à son père, et qui épousa le prince Âr* mand de Gonti, neveu du grand Gondé.
Cependant la marquise de Montespan jouissait de sa faveur avec autant d'éclat et d'empire que M?* de La Yallière avait eu de modestie.
Tandis que M""* de La Vallière et M*"* de Montespan se disputaient encore la première place dans le cœur du roi, toute la cour était occupée d'intrigues d'amour. Louvois môme était sensible. Parmi plusieurs maltresses qu'eut ce ministre, dont le caractère dur semblait si peu fait pour l'amour, il y eut une M"" Dufresnoy, femme d'un de ses commis, pour laquelle il eut depuis le crédit de faire ériger une charge chez la reine. On la fit dame du lit* : elle eut les grandes entrées. Le roi, en favorisant ainsi jusqu'aux goûts de ses ministres, voulait justifier les siens.
C'est un grand exemple du pouvoir des préjugés et de la coutume, qu'il fût permis à toutes les femmes mariées d'avoir des amants, et qu'il ne le fût pas à la petite-fille de Henri IV d'avoir un mari. Mademoiselle, après avoir refusé tant de souverains, après avoir eu Tespérance d'épouser Louis XIV,
1. M"* de Séyigoé, dans une lettre du 6 janvier 1680 , raconte à sa fiUe nne visite qu'elle fit aux Grandes Carmélites, et où elle revit H"* de La Vallière : « Quel ange m'apparut à la fin ! Ce fut à mes ^eux tous les charmes ^|ue nous avons vas autrefois. Ja ne la trouvai ni bouffie ni jaune; elle est moins maigre et plus contente ; eUe a ses mêmes yenx et ses mêmes regards « rauRtérité. la mauvaise nourriture et le peu de soirimeil ne les lui ont 0) creusas ni battus ; cet habit si étrange n'6te rien à la bonne mine ni au bon air ; pour la modestie, eUe n'est pas plus grande que quand eUe donnait eu monde une princesse de Gonti. » S. La damé du Jt7 présidait au lever et au coucher do la reine«
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voulut faire à quarante-quatre ans la fortune d'un gentilhomme. Elle obtint la permission d'épouser Péguilin, du nom de Caumont, comte de Lauzun, le dernier qui fut capitaine d'une des deux compagnies des cent gentilshommes au bec-decorbin ', qui ne subsistent plus, et le premier pour qui le roi avait créé la charge de colonel-général des dragons. 11 y avait cent exemples de princesses qui avaient épousé des gentilshommes : les empereurs romains donnaient leurs filles à des sénateurs ; les filles des souverains de TAsie, plus puissants et plus despotiques qu*un roi de France, n'épousent jamais que des esclaves de leurs pères.
Mademoiselle donnait tous ses biens, estimés vingt millions, au comte de Lauzun, quatre duchés, la souveraineté de Dombes, le comté d'Eu, le palais d'Orléans qu'on nomme le Luxembourg. (\ 670] Elle ne se réservait rien, abandonnée tout entière à l'idée flatteuse de faire à ce qu'elle aimait une plus grande fortune qu'aucun roi n'en a fait à aucun sujet. Le contrat était dressé : Lauzun fut un jour duc de Montpensier. Il ne manquait plus que la signature. Tout était prêt, lorsque le roi, assailli par les représentations des princes, des ministres, des ennemis d'un homme trop heureux, retira sa parole et défendit cette alliance. 11 avait écrit aux cours étrangères pour annoncer le mariage ; il écrivit la rupture. On le blâma de l'avoir permis; on le blâma de l'avoir défendu. Il pleura de rendre Mademoiselle malheureuse; mais ce même prince, qui s'était attendri en lui manquant de parole, fit enfermer Lauzun, en novembre 4671 , au château de Pignerol, pour avoir épousé en secret la princesse qu'il lui avait permis, quelques mois auparavant, d'épouser en public. Il fut enfermé dix années entières. Il y a plus d'un royaume où un monarque n'a pas cette puissance : ceux qui l'ont sont plus ehéris quand ils n'en font pas d'usage. Le citoyen qui n'offense point les lois de l'État doit-il être puni si sévèrement par celui qui représente l'État? N'y a-t-il pas une très-grande différence entre déplaire à son souverain et trahir son souverain? Un roi doit-il traiter un homme plus durement que la loi ne le traiterait?
1. Les gentilshommes au bec-de-corbin étaient une compagnie préposée à la garde du roi; ils étaient armés d'une sorte de hallebarde ou de pertai- Mitie dont le fer ressemblait à un bec de corbeau , et doot ils oe se servaient que dans les grandes cérémonies.